La science est sans doute la solution, mais son imaginaire est en crise

Les jeunes se désintéressent de la science. Pourtant, comme le rappelle Alain Aspect, elle est une alliée extraordinaire pour résoudre les problèmes actuels.

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La science est sans doute la solution, mais son imaginaire est en crise

Publié le 7 octobre 2022
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Alain Aspect, couronné ce mardi Prix Nobel de physique 2022, est en colère.

Il est atterré par l’extension du complotisme dans la population, y compris parmi la communauté scientifique. Interrogé sur France Inter, le physicien a exprimé son inquiétude et il a souligné en s’adressant aux jeunes :

« La science n’est pas l’ennemie des problèmes actuels […] La science est la solution. Lancez-vous dans la science avec l’objectif de résoudre ces problèmes qui vous intéressent.  »

 

« La science est la solution »

Pour lui, il est clair que la France ne manque pas de talents, mais de moyens attribués à la recherche.

La Société mathématique de France a publié ce 4 octobre un rapport sur la réforme du lycée général, plus précisément sur le nombre d’élèves scientifiques en terminale depuis la réforme. Le rapport est axé sur une comparaison entre élèves filles et garçons, mais même sans prendre en compte cette distinction, le résultat de l’étude est sans appel : les jeunes se désintéressent de la science.

En effet, de 2019 à 2021, le nombre d’élèves scientifiques suivant 6 heures de maths ou plus a chuté de 37 % pour les garçons et de 61 % pour les filles. La formation intensive en mathématiques a diminué de 1 % pour les garçons et de 25 % pour les filles.

 

Quels sont les coupables ?

L’effondrement de l’Éducation nationale joue bien entendu son rôle dans le désintérêt des jeunes pour la science. Emmanuel Macron veut transformer l’école mais patauge pour mettre en place des réformes réellement efficaces et pas seulement des solutions de surface.

Pourtant, il existe des solutions.

Nelly Guet le rappelle régulièrement dans nos colonnes :

« Il faut avoir le courage de s’attaquer au cœur de cible, la volonté de faire de l’innovation un principe organisationnel et non une fioriture. […] Il faut déclencher une transformation structurelle ascendante des programmes formels d’enseignement primaire et secondaire, notamment en sciences, grâce au développement de compétences en matière d’innovation, impliquant directement les entreprises dans le programme scientifique officiel. »

Au déclin de l’Éducation nationale vient s’ajouter l’extension du complotisme via les réseaux sociaux. Les exemples sont nombreux, qu’il s’agisse de la crise sanitaire, du réchauffement climatique, de la guerre en Ukraine. Chaque sujet d’actualité est susceptible de faire l’objet de théories du complot plus ou moins loufoques.

Le catastrophisme ambiant présente l’activité scientifique sous un jour particulièrement anxiogène. Nous avons connu l’alarmisme sanitaire, l’alarmisme climatique, l’alarmisme des pénuries… Tous les jours dans les médias, nous est vendue une vision particulièrement négative, morose et pessimiste de la vie et des problèmes que la recherche se propose de résoudre.

Susciter la peur permet de promouvoir aisément un programme idéologique. Selon le psychologue Tom Stafford, les humains ont évolué vers la tendance à réagir rapidement aux menaces potentielles. Installer une culture de la peur conduit à ne pas prendre en compte les arguments rationnels et scientifiques.

À elle seule la crise sanitaire a eu un impact important sur la perception de la science pour les individus. Ainsi, au nom de la science et de la raison, on nous a vendu les masques, les confinements, les restrictions, les interdictions et les sanctions. En instrumentalisant le discours scientifique, on a enfermé les gens chez eux, on a mis des entreprises en faillite, on a créé une crise économique. On nous a finalement vendu un projet carcéral généralisé au lieu du paradis promis par le progrès et l’innovation technologique.

 

Il faut cesser d’instrumentaliser la science

La science n’enthousiasme plus les foules et la jeunesse, les acteurs de la vie de demain s’y intéressent de moins en moins. Nous connaissons aujourd’hui une crise de l’imaginaire scientifique, qui met à mal la compréhension des réels bénéfices de la science et des progrès indéniables de l’humanité. Les progrès technologiques et l’innovation permettent aujourd’hui des avancées parfois incroyables il y a quelques années, dans tous les domaines qui nous entourent.

Qu’il s’agisse de la recherche en santé, de la technologie que vous tenez entre vos mains et que vous utilisez quotidiennent, de l’impact de l’innovation dans le domaine du marché et de l’économie, ou encore des solutions pouvant être apportés par la technologie pour le climat, la science est la solution, comme l’a souligné très justement Alain Aspect.

Pour résoudre cette crise de l’imaginaire scientifique, il faut tout mettre en œuvre pour éviter l’instrumentalisation de la science par l’État dans le but d’accroître son pouvoir sur la société. Il faut rendre son rôle et son importance à la science, attirer la jeunesse vers ce secteur à travers l’éducation, et ne pas se laisser tenter par la voie de l’idéologie politique. La science et l’innovation sont la clé d’une société épanouie et croissante, elles doivent être au service du progrès humain et de la prospérité, pas du contrôle social et de la planification politique.

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  •  » des solutions pouvant être apportés par la technologie pour le climat » : science qui s’égare. Quand on vient à traiter de complotiste un autre scientifique, c’est qu’on a pas d’autre argument.

  • Non, la science n’a pas besoin de plus de moyens. Elle a besoin de défis et de champions. Les moyens et les postes, ça ne fait que des chercheurs fonctionnaires. Les sujets de recherche que seuls quinze scientifiques dans le monde sont capables de comprendre, et dont l’éventuelle industrialisation attendra un siècle ou deux, ça la discrédite plus que ça ne la sert. Un champion sportif doit dépasser ses adversaires et amis devant le chronomètre ou la toise et non par la note des juges, un champion scientifique doit impressionner les foules par ce qui découle de ses découvertes et non par les prix décernés par de prestigieuses académies pour des travaux ésotériques. Si les gamins se précipitent dans les écoles de foot, il ne devrait pas être différent de les faire se précipiter sur les cours de maths plutôt que ceux de maniérisme durable.

    • Le problème, c’est que personne ne peut dire que « le sujet de recherche que seuls quinze dans le monde scient capables de comprendre » ne sera pas justement à la base de la révolution qui éclatera dans 10 ans – ce qui explique au passage qu’un certain nombre de prix Nobel en science sont attribués parfois plusieurs dizaines d’années après la découverte.

      • En soi, ça n’est pas un problème. Le problème est que le sujet de recherche qui donne en quelques années une application que tout le monde ou presque pourra comprendre sera financé par l’industrie énergétique, pharmaceutique, chimique ou autre, et sera donc condamnable de par son lien avec la finance internationale ou son impact environnemental et bon à faire huer aux enfants. On leur expliquera combien il est louable au contraire de faire de la recherche politiquement correcte et incompréhensible et de se plaindre qu’elle ne reçoive pas assez de moyens publics. Et après, on s’étonnera qu’ils n’en soient pas séduits et préfèrent les « sciences » de la communication et de l’esbroufe…
        Je n’ai absolument rien contre les septuagénaires, mais comment voulez-vous qu’un austère retraité ancien directeur de labo ou d’institut soit un modèle attirant pour les jeunes ? Les nobels, les seuls dont les médias parlent un peu, n’ont rien de commun avec les passionnés trentenaires calculateurs ou expérimentateurs d’or qui pourraient être leurs idoles. De plus, là aussi, ce sont d’abord le politiquement correct et la vanité qui sont récompensés. Prix Nobel de physique…
        2022 : L’intrication quantique, qui pourra peut-être s’appliquer un jour dans les ordinateurs quantiques dont le concept est à la mode depuis au moins 30 ans.
        2021 : La modélisation du réchauffement climatique.
        2020 : Les trous noirs et la conscience quantique.
        2019 : Une exoplanète.
        2018 : La chirurgie laser, enfin reconnue 20 ans après…
        Un jeune ne peut pas être attiré par ça !

    • On ne peut pas s’attendre à ce que la science soit populaire. En fait, par essence, la science est impopulaire, car bien souvent une nouvelle théorie qui s’avèrera juste sera d’abord rejetée par tous. C’est devant la preuve que la majorité s’inclinera. Ce n’est pas le processus de popularité qui règne, mais au contraire la majorité qui doit s’incliner devant les faits.
      De plus, science demande rigueur patience et réflexion. Cela n’est pas accessible à la plupart (ou voulu). Quand on regarde dans le passé, la science était financée par des mécènes, pas le petit peuple.
      Enfin, quand les gens pianotent sur leur portable, regardent les vidéos internet, téléphonent, ils se fichent complètement des codes correcteurs d’erreurs, de la théorie de Maxwell, des courbes elliptiques, de la mécanique céleste. La foule, donc, ne sera pas impressionnée car elle s’en fiche.
      Je ne m’avancerai pas sur le financement de la recherche, mais je suis sûr qu’elle ne doit pas être dictée par la popularité. On voit déjà les dégâts que cela a fait sur la recherche sur les OGM.

  • Dommage que le sujet soit traité par l’angle idéologique : c’est la faute de l’Etat ou ou d’une idéologie ou du politique ! A mon humble avis il y a une confusion entre symptômes (l’Etat pourrait être suiveur voire parfois amplificateur et non véritablement organisateur) et causes réelles. Et ces causes sont assez complexe à démêler parce que multifactorielles dont par exemple la science elle-même : l’étude des bienfaits et aussi des méfaits maintenant d’un phénomène ou d’une technologie sur le vivant, un écosystème ou la/une société. Assez logiquement et parallèlement la perception sociale évolue.

  • Ah, bien sûr, le complotisme, voilà l’ennemi qui empêche les étudiants de se déverser en masse dans la mathématique !
    Mais ne pourrait-on pas revoir le système « éducation nationale » qui pousse surtout à devenir « un bon citoyen » qui obéit à l’état-nounou ?
    Mais non, je suis complotiste… tout est dit : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

  • La science ne concerne pas que les mathématiques et la recherche dans les universités. Elle concerne aussi des personnes manuelles intelligentes qui foisonnent d’idées mais que peut-être on met de côté parce qu’elles n’ont pas les diplômes requis pour être aidées.

    • Dans la sphère publique, peut-être. Mais dans le monde privé, qui subsiste encore, si quelqu’un « a de l’idée », on se moque pas mal qu’il soit cantonnier ou ingénieur de grande école, on essaie de lui fournir un cadre où ses idées trouveront à se valoriser.

    • Vous avez raison, la « diplômite » en France écrase les autodidactes, et les inventeurs géniaux.

      • Le diplôme servirait à quelque chose d’autre qu’à une carrière de fonctionnaire ? Le monde a bien changé !

  • Et si tout « simplement », c’était la démarche scientifique qu’il fallait mettre en avant ? Certes l’enseignement des matières scientifiques favorisent cet état d’esprit, mais certains philosophes (les vrais, ils sont rares, pas des personnes qui devraient être appelées « essayiste » ) arrivent aux mêmes conclusions après un raisonnement rigoureux (hors sujets techniques trop pointus). Nos sociétés de communications ne conservent plus que des raisonnements basés sur des corrélations, or une corrélation n’est pas une explication….. Si la corrélation est basée sur « analyse psy », il y faut se méfier et encore plus si une idéologie se cache …. C’est la démarche de l’explication rationnelle qui doit être privilégiée avec de solides postulats de base toutefois, il est préférable d’avoir quelques connaissances de base scientifiques.

  • La recherche a moins besoin d’argent que de liberté. Que dis-je, la recherche a besoin de moins d’argent (public) et de plus de liberté individuelle.
    Chevènement nous en a donné la démonstration comme Super Ministre d’État de la Recherche sous Mitterrand, à la tête d’un énorme budget, de toutes les contraintes bureaucratiques qui vont avec, de la fonctionnarisation intégrale des chercheurs, de la multiplication des comités en tous genres qui décident très démocratiquement des thèmes prioritaires (en général avec un métro de retard) et de ceux qu’il faut abandonner (et qui en général ont eu un bel avenir ailleurs).
    On en est encore là.

  • Avatar
    Ragnar D. Anskool
    7 octobre 2022 at 17 h 19 min

    Faudrait commencer par définir le complotisme, je pense que notre Nobel fait surtout référence aux alarmistes notamment ceux du discours officiel, et des idéologues politiquement corrects et des colpotistes.

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