« Vivement le libéralisme », de Jean-Marc Daniel

Les chroniques instructives de Jean-Marc Daniel dans Les Échos entre 2015 et 2022. Des analyses percutantes et efficaces face aux erreurs nombreuses et aux impostures.

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« Vivement le libéralisme », de Jean-Marc Daniel

Publié le 25 septembre 2022
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Écouter ou lire Jean-Marc Daniel est toujours un plaisir.

Sur un ton constamment paisible et empreint de clarté, non dénué de petites touches d’humour et de bonne humeur, il parvient à nous captiver et à nous expliquer avec un grand sens de la pédagogie de nombreux mécanismes et faits d’actualité touchant à l’économie.

Que l’on soit d’accord ou non avec lui, on l’écoute, on apprend, il suscite le respect de ses interlocuteurs, ce qui permet la tenue de débats de qualité.

 

Des analyses intemporelles

Lire des chroniques qui s’étalent sur plusieurs années est toujours délicat. Celles-ci peuvent être intéressantes en soi et nous rappeler quelques souvenirs d’événements passés d’actualité. Mais elles peuvent avoir un caractère en partie suranné. Ce n’est pas le cas ici.

Si j’écoute régulièrement Jean-Marc Daniel à la radio sur BFM Business (émissions Les Experts) et à la télévision à La librairie de l’éco (j’ai même assisté à l’une de ses premières représentations sur scène au Théâtre de poche à Montparnasse il y a quelques années), si j’ai lu également la plupart de ses ouvrages, je ne lis malheureusement pas Les Échos, et je ne connais donc pas ses chroniques. Ce livre est par conséquent le bienvenu, dans la mesure où les analyses qui y figurent demeurent tout à fait valables dans leur essence et donc leur caractère largement intemporel.

Le titre a naturellement de quoi interpeller et est bien en phase à la fois avec l’esprit qui anime Jean-Marc Daniel, mais aussi son petit côté provocateur très tranquille et courtois, le Vivement le libéralisme ! étant une sorte de réponse en forme de clin d’œil au livre de Thomas Piketty intitulé Vivement le socialisme !, chroniques quant à elles parues dans Le Monde.

C’est l’occasion de revenir sur les lois immuables de l’économie, les leçons oubliées de l’Histoire des faits et de la pensée économique, et sur les erreurs trop fréquentes que nos grands décideurs commettent en la matière.

 

Les grandes lois de l’économie

Pour qui est familiarisé avec les analyses de Jean-Marc Daniel, on retrouve ses analyses en termes de cycles économiques, dont le caractère naturel est trop peu connu des politiques, qui ont la fâcheuse tendance de les perturber par leurs interventions, causant très régulièrement des maux aux conséquences durables et contraires à leurs objectifs affichés. De même que la distinction primordiale entre ce qui relève du conjoncturel ou du structurel.

Entre postures et impostures, le poids du politique, et donc de l’étatisme – à rebours de la précision du diagnostic – entraînent des dégâts dommageables à l’économie et donc à la société. Entre ignorance des mécanismes fondamentaux de l’économie, puissance du déni, et regard trop tourné vers le court terme, ce sont les vertus de la concurrence et les lois fondamentales de l’économie qui sont mises à mal, entraînant une dégradation de notre bien-être et de nos perspectives d’avenir. On ne compte plus les rapports enterrés, les initiatives ou décisions malheureuses, les erreurs fondamentales d’analyse aux conséquences préoccupantes.

Mais Jean-Marc Daniel ne se contente pas de dénoncer les nombreux poncifs. Il propose à chaque fois des solutions très concrètes et pleines de bon sens, toujours appuyées sur sa parfaite connaissance des théories économiques.

Dénonçant les logorrhées et tartufferies souvent hypocrites, notamment lors des sommets sur l’environnement – auxquels il préconise de mettre un terme pour en revenir à la connaissance économique et aux vertus de l’innovation, seules jusqu’à présent à avoir démontré leur efficacité en matière de pollutions – il s’appuie parfois, pour renforcer son argumentation, sur des citations significatives, comme celle-ci de Frédéric Bastiat, au sujet de la mode de la déclamation contre l’abondance :

« On a beau déclamer contre l’abondance, la surabondance, le pléthore, l’encombrement, on a beau faire la théorie de la disette, lui donner l’appui des lois, proscrire les machines, gêner, entraver, contrarier les échanges, cela n’empêche personne, pas même les coryphées de ces systèmes, de travailler à réaliser l’abondance. Sur toute la surface du globe, on ne rencontrerait pas un seul homme dont la pratique ne proteste contre ces vaines théories. On ne rencontrerait pas un qui ne chercherait à tirer le meilleur parti possible des ses forces, à les ménager, à les économiser, à en augmenter le résultat par la coopération des forces naturelles ; on n’en trouverait pas un, même parmi ceux qui déclament le plus contre la liberté des transactions, qui ne se conduise sur ce principe (tout en voulant l’interdire aux autres) : vendre le plus cher et acheter au meilleur marché possible ; de telle sorte que la théorie de la disette qui prévaut dans les livres, dans les journaux, dans les conversations, dans les parlements, et, par là, dans les lois, est réfutée et démentie par la manière d’agir de toutes les individualités, sans aucune exception. »

 

Croissance et pouvoir d’achat

Il évoque aussi les combats d’arrière-garde contemporains dignes des luddites du début du XIXe siècle (Uber, Urssaf, …). Et les préoccupations en matière de pouvoir d’achat, qui est lié à la croissance économique potentielle. Cette dernière passe notamment par la baisse des taxations et la réduction des dépenses publiques, en s’attaquant en particulier aux rentes publiques (statuts, rigidités, protections), la concurrence étant le véritable pourvoyeur de richesse. En évitant de léguer à la génération suivante le coût de la dette créée par la politique du chéquier facile, comme ces deux dernières années.

Nombreux sont les sujets développés – toujours en quatre petites pages (la longueur d’une chronique), à chaque fois de manière passionnante et instructive – dont les dérives obèrent la croissance et les fruits que l’on peut en attendre : politique fiscale, protectionnisme, monopoles bureaucratisés, échec des relances keynésiennes (1975, 1981) dont on n’a pas retenu les leçons, budgets systématiquement déficitaires, endettement structurel, politique des banques centrales, etc.

C’est au cours de ces sept années de chroniques que l’on a vécu les soubresauts du covid, des politiques de relance qui, succédant à la nécessaire politique de soutien à l’économie lors des confinements, ont entraîné une dérive préoccupante des finances publiques menant en réalité à l’appauvrissement, par des politiques orientées vers la demande là où nous avons affaire à un problème d’offre. Quid de la productivité, ou de l’investissement, véritables moteurs de l’économie, du pouvoir d’achat et du bien-être à plus long terme ? La perte du bon sens et l’oubli (ou la méconnaissance) des leçons de l’Histoire, mènent au désastre.

C’est pourquoi, à travers ses chroniques, Jean-Marc Daniel fonde un plaidoyer en faveur d’une économie libérée, concurrentielle et désendettée. Ce sont les interventions nocives, le culte de la dépense publique, les erreurs des politiques, qui la plupart du temps mènent à l’impasse, à l’inflation, aux restrictions du pouvoir d’achat. Les rapports, à l’image du célèbre rapport Pébereau, sont trop souvent cités en référence sans tirer parti de leurs conclusions. Au lieu de cela, ce sont des leurres qui servent de référence. À l’instar de cette citation de Jean-Baptiste Say dans son Traité d’Economie politique en 1803, au sujet de l’efficacité de la dépense publique, qui dénonce bien des idées reçues en la matière :

« On a cru, dans presque tous les temps, que les valeurs payées par la société pour les services publics, lui revenaient sous d’autres formes, et l’on s’est imaginé le prouver lorsqu’on a dit : ce que le gouvernement ou ses agents reçoivent, ils le restituent en le dépensant. C’est une erreur, et une erreur dont les suites ont été déplorables, en ce qu’elles ont entraîné d’énormes dilapidations commises sans remords. La valeur fournie par le contribuable est livrée gratuitement. Le gouvernement s’en sert pour acheter un travail, des objets de consommation, des produits, en un mot, qui ont une valeur équivalente, et qu’on lui livre. Un achat n’est pas une restitution.

Robert Hamilton, dans son excellent écrit sur la Dette nationale d’Angleterre, fait sentir le ridicule de l’assertion que je combats, en la comparant à celle d’un voleur qui, après avoir dérobé la caisse d’un négociant, lui dirait : je vais employer tout cet argent à vous acheter des denrées de votre commerce. De quoi vous plaignez-vous ? N’aurez-vous pas tout votre argent ? Et de plus, n’est-ce pas un encouragement pour votre industrie ? »

 

Les leçons à tirer de l’histoire et de l’actualité

Trop souvent nos dirigeants perpétuent les mêmes erreurs. C’est pourquoi la connaissance à la fois des lois immuables de l’économie, mais aussi de l’histoire passée et récente, sont primordiales si l’on entend véritablement bien gouverner et mieux assurer le Bien commun et le bien-être du plus grand nombre.

La connaissance de l’histoire des rapports du Royaume-Uni avec ses différents partenaires et de sa défense des vertus du libre-échange aide ainsi à mieux comprendre les analyses sur le Brexit. La crise grecque et ses leçons sont un autre épisode majeur qui permet de mieux comprendre quelles sont les grandes erreurs que les pays européens doivent éviter de renouveler. Quant au non-respect des traités par la France, en particulier dans le domaine des finances publiques, qui suscite quelques tensions avec les pays dits frugaux, il n’est pas sans conséquences. Jean-Marc Daniel déplore notoirement l’attitude d’Emmanuel Macron visant à accorder davantage de souplesse budgétaire aux pays membres de l’Union (on sait que la France est un particulièrement mauvais élève en la matière), alors que les traités les plus récents signés par elle engagent à combattre les déficits structurels, laissant les stabilisateurs automatiques s’adapter à la seule conjoncture.

Les fameuses « dépenses d’avenir », supposées être de la « bonne dette » n’ont par exemple jamais fait preuve de leur efficacité, loin de là (il aime à répéter que « la construction d’un pont sur une route ne menant nulle part est comptabilisée en investissement », alors que « le salaire d’un chercheur dont les découvertes favorisent la croissance », qui le sont comme des dépenses de fonctionnement, préparent bien mieux l’avenir).

De plus, et de fait, le poids de l’État, ainsi que les défaillances du système éducatif, pèsent lourdement sur la productivité, et donc sur la situation du pays.

Quant à la question des politiques monétaire et budgétaire, et du niveau des taux d’intérêt, en lien avec ce que de nombreux économistes ont montré au cours des siècles passés, il estime que :

« Plutôt que de s’interroger sur le bilan des gagnants et des perdants des politiques économiques conduites depuis dix ans, il convient maintenant soit de s’interroger sur les raisons éventuelles ayant rendu obsolètes les résultats établis précédemment par la science économique, soit de corriger les politiques économiques pour faire en sorte que les taux d’intérêt rejoignent le niveau des taux de croissance potentielle. »

 

Éviter de répéter toujours les mêmes erreurs

Protectionnisme, démographie, monnaie, multiples sont les autres sujets abordés.

Errances du Japon dans ses politiques keynésiennes, de même que Joe Biden dans sa colossale politique de relance et de hausse des impôts des « riches » qui a tout pour grever l’avenir, protectionnisme historique des Républicains, rapports États-Unis/Chine, potentiel énorme de l’Afrique en pleine croissance (Éthiopie, Ghana…, mais pas Afrique du Sud, Nigéria, et autres États disposant de la manne pétrolière empêtrés dans leurs déficits et leur endettement), BRIC… Difficile de tout passer en revue ici. Chaque chronique nous apprend ou nous remémore nombre de faits ou leçons essentiels.

Adversaire de toujours des rentes (aujourd’hui d’origine étatique) et prompt à nous rappeler les principes de l’équivalence ricardienne, Jean-Marc Daniel dresse ainsi un panorama assez complet de l’économie contemporaine au regard des leçons de l’histoire et des théories économiques, n’hésitant pas à convoquer les grands auteurs et à nous remémorer des épisodes particulièrement instructifs du passé. L’avenir réside plutôt dans l’épargne, qu’il tente de réhabiliter, dans l’investissement, la productivité, la recherche, l’innovation. Or, ce sont toujours les politiques keynésiennes, les politiques de baisse des taux d’intérêt ou de recherche de l’inflation (qui inquiète à présent, alors même que lui et d’autres mettaient en garde contre cette idée depuis longtemps) qui ont dominé les années récentes, menant comme toujours aux crises que nous subissons.

 

Puisse cet ouvrage et les chroniques qui le constituent contribuer à éveiller un peu plus d’esprits aux leçons de la science économique et de l’histoire, que l’on cesse de reconduire perpétuellement les mêmes erreurs !

 

 

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  • Jean Marc Daniel est sans doute une des rares personnes en France qui maîtrise l’économie parce qu’il connaît parfaitement à la fois son histoire et les théories économiques décrites par les économistes. Et il n’a aucun à priori politique. En conséquence de quoi, sa vision de l’économie actuelle est mathématiquement (alors que c’est une science sociale) exacte.

  • « Trop souvent nos dirigeants perpétuent les mêmes erreurs. »
    On pourrait distinguer d’une part l’immense majorité de ces dirigeants économiquement incompétents qui se vautrent allègrement dans l’erreur instantanément confortable et d’autre part la minorité de dirigeants parfaitement conscients de l’erreur qu’ils préconisent par lâcheté pour ne pas heurter un électorat incapable de comprendre les conséquences néfastes à terme de ce qu’il réclame.
    Finalement, en médiocratie c’est plus la compétence du peuple que celle des dirigeants qui importe.

    • La médiocrité du peuple est dû à un manque de connaissance
      Avec une scolarité bien orienté vers une obéissance marxiste.
      Comment voulez qui il est un choix.
      Jamais au grand jamais jusqu’à l entrée au lycée vous n aurait un cours sur le libre marché ect…
      Et comme beaucoup d élèves à la sortie du collège rentre dans la vie active il reste sur un seule vision (marxiste)
      La médiocrité n est pas voulu mais est imposée.
      La lâcheté des dirigeants,n en n est que renforcé.
      Ils profitent de l ignorance du peuple pour assouvir leurs pouvoirs.

  • Il est certain que lire et écouterJean-Marc Daniel est très instructif. Merci pour votre article.

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