La politique de relance aux États-Unis est injustifiée

IMG_7332 BY Matt Johnson(CC BY 2.0) — Matt Johnson, CC-BY

Il s’agit bien d’un problème de production et non d’un problème de demande. Ce n’est pas la politique de relance qui peut permettre le retour à la normale, mais la fin des contraintes de production.

Par Pascal Salin.

Comme beaucoup d’autres pays, les États-Unis ont connu une diminution de leurs activités économiques du fait de la crise sanitaire. Mais comme c’est le cas depuis bien longtemps, nombreux sont ceux qui estiment que c’est la politique économique qui est capable de résoudre ce problème et de relancer l’économie.

C’est ainsi que le nouveau président des États-Unis, Joe Biden, a proposé que l’État injecte pour cette raison 1900 milliards et même bien davantage dans l’économie américaine. Il a indiqué que cela aiderait au redémarrage de l’économie mondiale. Cette proposition a été récemment adoptée par le Congrès national des États-Unis. Il avait déjà recommandé ce type de politique avant d’être élu à la présidence.

Par ailleurs Donald Trump qui avait été initialement réticent à l’égard de ce type de politique avait finalement accepté fin décembre 2020, donc peu de temps avant la fin de sa présidence, une proposition faite par les membres du Congrès américain d’un plan de relance de 900 milliards de dollars.

La nécessité d’un plan de relance a été constamment considérée comme justifiée par les politiciens démocrates aux États-Unis, mais aussi par certains politiciens républicains. Dans la plupart des pays du monde la politique de relance peut être préconisée aussi bien par des politiciens de droite que de gauche.

En France, Emmanuel Macron a déclaré très récemment que cette politique américaine serait très efficace et qu’il était regrettable que des décisions équivalentes n’aient pas été prises pour l’Europe.

C’est ainsi qu’il a déclaré :

« On voit bien que les États-Unis vont retrouver à peu près mi-2021 le niveau absolu qui était le leur avant la crise et surtout vont très rapidement retrouver la trajectoire qui était la leur », alors que l’Union européenne ne retrouvera ce niveau « qu’au printemps-été 2022 ».

Cet accord au sujet de la politique de relance par des politiciens de toute orientation semble indiquer qu’ils sont favorables à une politique justifiée du point de vue du raisonnement économique. Malgré cela on devrait être convaincu, au contraire, que la politique de relance n’est pas justifiée et qu’elle peut même avoir des conséquences nuisibles.

La politique de relance est injustifiée

Bien entendu, la croyance dans le caractère positif de la politique de relance par augmentation des dépenses publiques parait justifiée parce qu’elle correspond à une théorie économique réputée, la théorie keynésienne.

Pour celle-ci la relance implique une augmentation de la demande globale et l’un des moyens essentiels pour l’obtenir consiste à accroître les dépenses publiques directement ou indirectement.

Dans le cas de la politique américaine il est prévu en particulier que l’État accordera 1400 dollars à un grand nombre de citoyens qui auront ainsi la possibilité d’augmenter la demande globale, non pas par des achats supplémentaires de l’État, mais par une augmentation indirecte des demandes de biens.

En réalité une analyse économique correcte doit conduire à penser que la production effectuée par les membres d’une société, par exemple d’un pays, ne résulte pas du montant des demandes, mais des décisions d’activités productives et plus particulièrement des incitations productives. En effet un producteur – qu’il s’agisse par exemple d’un salarié ou d’un entrepreneur – décide ses activités productives pour obtenir des biens qu’il désire, mais cela dépend de son appréciation de l’utilité de ses différentes activités, en particulier les activités de loisir.

S’il choisit de produire une certaine quantité de biens, optimale pour lui, il ne va pas augmenter sa production si la demande des biens qu’il produit augmente. Bien sûr on peut être tenté de considérer que l’augmentation de la demande pour les biens qu’il produit peut en augmenter le prix ce qui l’inciterait à produire plus.

Mais il faut bien voir que cette augmentation du prix d’un bien implique une diminution du prix d’autres biens, ce qui diminue l’incitation d’autres producteurs à produire des biens. En fait cela n’a pas de sens de parler d’une augmentation de la demande globale car il ne peut en fait y avoir qu’augmentation de la demande de certains biens aux dépens d’autres biens.

Une politique de relance aux effets nuisibles

Cela doit être considéré comme évident en ce qui concerne la prétendue politique de relance. L’État augmente ses achats de biens ou permet à certains citoyens d’en acheter davantage, mais il n’a pas pour autant produit plus de biens ; sa politique consiste simplement à substituer certains achats à d’autres achats.

En effet, n’étant pas producteur de biens, l’État doit financer sa politique de relance et il est clair par exemple dans le cas américain que l’on s’interroge sur les augmentations de fiscalité qui vont être décidées.

Le secrétaire au Trésor américain, Janet Yellen, a bien confirmé la nécessité d’augmenter les impôts et elle doit décider prochainement quels impôts doivent être augmentés ou créés.

Bien évidemment ces augmentations d’impôts vont diminuer les achats effectués par les citoyens, mais surtout elles risquent de porter atteinte aux incitations productives des producteurs. Ainsi, même si certaines productions augmentent du fait de la politique de relance, d’autres diminuront.

La politique de relance n’est pas une politique d’accroissement de la demande globale, mais une politique de changement structurel de la production et de la consommation.

Or, cette politique est forcément discrétionnaire et on ne peut pas mesurer la baisse d’utilité qu’elle provoque nécessairement pour beaucoup d’individus. Il n’y a aucune justification à un changement des structures de production et de consommation, d’autant plus que leur véritable nature est inconnue.

Vers une augmentation de la fiscalité

Certes il est parfois admis que cette politique de relance est d’autant mieux justifiée qu’elle est financée par des emprunts publics et non par des impôts (ce qui permet de faire des dépenses « quoi qu’il en coûte »).  Mais il faudra bien un jour que l’État rembourse ses emprunts et il augmentera alors probablement la fiscalité.

Par ailleurs, s’il emprunte cela implique une diminution de l’épargne disponible des citoyens pour d’autres utilisations. Or, l’épargne permet de financer les investissements et donc de faciliter la croissance économique.

Dans ce cas l’augmentation de la demande due à la politique de relance a pour contrepartie une diminution de la demande de biens d’investissement. Il s’agit de ce point de vue également d’un changement d’ordre structurel et non d’une augmentation de la demande globale.

Augmenter la demande n’a aucun sens

Par ailleurs il devrait être évident que les producteurs d’un pays ne souffrent pas d’une insuffisance de la demande globale. En effet ils ont à faire face non pas seulement à une demande nationale, mais à une demande internationale.

De ce point de vue on peut considérer que la demande a une dimension presque illimitée pour tout producteur et que cela ne sert à rien d’augmenter la demande de certains biens à l’intérieur d’un pays.

Nous venons de voir que les productions dans un pays étaient déterminées non pas par la demande, mais par les incitations productives. Or ceci parait particulièrement évident dans les conditions actuelles où la crise sanitaire empêche un certain nombre de producteurs – salariés ou entrepreneurs – de mener leurs activités productives habituelles et souhaitables.

Il s’agit bien d’un problème de production et non d’un problème de demande. Ce n’est pas la politique de relance qui peut permettre le retour à la normale, mais la fin des contraintes de production.

Un raisonnement erroné

Par ailleurs, comme nous l’avons rappelé précédemment, Joe Biden considère que la politique de relance aidera à redémarrer l’économie mondiale, comme bien d’autres personnes le pensent également.

Cette idée est très probablement due au raisonnement implicite suivant : on considère que l’augmentation du revenu national américain grâce à la politique de relance va augmenter la demande des Américains pour les biens étrangers ; ce qui implique d’ailleurs que l’augmentation de la demande globale américaine ne se traduirait pas uniquement par une augmentation de la production américaine.

Ceci signifie que des pays autres que les États-Unis vont pouvoir augmenter leurs exportations. Or, conformément à la théorie keynésienne, l’augmentation des exportations constitue elle aussi une augmentation de la demande globale.

Supposons donc qu’une augmentation du revenu national américain a pour conséquence une augmentation des exportations par des pays étrangers, contrairement à ce que nous considérons comme erroné, à savoir que la politique de relance américaine a un effet positif sur le revenu national américain.

Ce qui est logique consiste à considérer – à juste titre – que l’analyse faite précédemment pour démontrer que l’augmentation de la politique de relance n’a pas d’effet sur la production d’un pays doit être appliquée au cas où il y a augmentation des exportations.

Dans les deux cas il s’agit de critiquer l’idée keynésienne selon laquelle l’augmentation de la demande globale a pour conséquence une augmentation de la production. En fait on doit admettre que la notion même de demande globale est dénuée de sens et qu’il convient simplement de considérer les structures de production et de consommation ou d’investissement.

Par ailleurs lorsqu’on considère que l’augmentation des exportations dans un pays a un effet positif sur la production c’est parce qu’on suppose qu’il y a une variation positive du solde de la balance commerciale (c’est-à-dire que l’on suppose implicitement que le montant des importations n’est pas modifié).

Mais il est erroné de penser que les exportations et les importations d’un pays sont indépendantes les unes des autres. En effet une balance des paiements a nécessairement un solde nul car la valeur des exportations d’un pays est nécessairement égale à la valeur de ses importations.

Ainsi, un déficit commercial implique qu’il y a par ailleurs un excédent de la balance financière, à savoir des échanges d’actifs financiers, mais aussi de monnaie. Or si le taux d’épargne dans un pays est plus faible que le taux d’investissement désiré (ce qui est le cas des États-Unis) il en résulte que les résidents de ce pays vendent plus d’actifs financiers, c’est-à-dire des demandes de crédit, qu’ils n’en achètent.

Il y a donc un excédent de la balance financière et en contrepartie il y a nécessairement un déficit de la balance commerciale. Ceci est d’ailleurs parfaitement logique car le déficit commercial signifie que les résidents du pays obtiennent plus de ressources qu’ils n’en vendent, grâce au déficit commercial, ce qui permet d’augmenter les investissements.

Ceci signifie qu’il est illusoire de penser que l’on peut obtenir facilement une variation du solde de la balance commerciale et donc un prétendu effet sur le revenu national. Il est donc erroné de penser que la politique de relance américaine peut avoir un effet positif sur les activités productives du reste du monde.

Que l’État cesse de faire de la politique économique

De manière plus générale on devrait d’ailleurs admettre qu’il est illusoire de penser que l’une des activités essentielles d’un État consiste à faire de la politique économique.

On devrait au contraire soutenir l’idée que cela n’est pas justifié et peut même être nuisible. Il conviendrait que l’État ait uniquement ce qu’on appelle des activités régaliennes. Bien évidemment cette idée n’est pas admise par les politiciens de droite ou de gauche ni par leurs électeurs, signifiant évidemment que la politique de droite n’est pas beaucoup plus libérale que la politique de gauche.

Il serait évidemment souhaitable que des candidats aux élections soient libéraux. Le libéralisme est justifié par son fondement éthique (le respect des droits légitimes des individus) et par son efficacité pratique. Il est regrettable qu’il ne soit pas mieux compris dans la plupart des pays du monde.

 

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