La folle surenchère des politiques

Facepalm (Crédits : Alex Proimos, licence CC-BY 2.0). Image publiée initialement sur Flickr.

À l’approche de l’élection présidentielle, on bat des records de surenchère du côté des candidats. Au-delà de toute raison. Une démesure plus que préoccupante.

Par Johan Rivalland.

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Voilà maintenant longtemps que les politiques ne sont plus crédibles, mais cela s’est encore aggravé depuis la crise liée au covid. Nous pouvons même dire qu’il s’est créé une sorte de rupture avec la situation antérieure où l’on se contentait encore de simples promesses.

Une rupture préoccupante

En effet, Emmanuel Macron a ouvert la boîte de Pandore en n’attendant même plus l’après-élection ou réélection pour, non plus se contenter de promettre, mais sortir de manière inconsidérée et irresponsable le carnet de chèques à tout-va, comme si l’argent coulait à flots et sortait de nulle part.

Il a ainsi inversé l’habitude antérieure qui consistait à promettre (selon le précepte désormais bien connu du « les promesses n’engagent que ceux qui les croient »), pour donner tout de suite (à crédit, bien sûr) et très « généreusement ». Une inversion choquante et éminemment dangereuse qui crée un précédent.

Naguère, Yves Roucaute dénonçait ceux que l’on appelait alors les démagogues. Loin d’être un phénomène nouveau, il montrait qu’il s’agit d’une attitude qui existe depuis l’Antiquité, retraçant à travers son essai les grands épisodes les plus connus en la matière.

En dignes successeurs de ces démagogues, mais pour tenir compte aussi des largesses déloyales de celui qui est au pouvoir et distribue ainsi allègrement l’argent qui ne lui appartient pas et n’existe même pas encore, une Anne Hidalgo promet un ahurissant doublement du salaire des enseignants, un Arnaud Montebourg propose quant à lui une augmentation immédiate de 10 % du Smic, sans tenir compte des effets pervers que cela peut induire, tandis qu’un Mélenchon, une Marine Le Pen ou d’autres encore promettent eux aussi leur lot de mesures plus délirantes les unes que les autres et qui brillent par leur irréalisme ou leur démagogie, la question écologique n’étant pas la moindre des sources d’opportunisme en la matière.

À vrai dire, je ne souhaite même pas établir ici une liste de ces incongruités, tant elles sont nombreuses et ne m’intéressent pas. Car comme beaucoup, je n’écoute plus sérieusement les politiques depuis longtemps et je me désintéresse de leur surenchère exaspérante.

Et la droite n’est pas pour autant épargnée. Je ne dis pas que droite et gauche soient totalement identiques. Il arrive que les premiers fassent de temps en temps des propositions qui semblent en apparence un peu plus responsables que les seconds, histoire de faire bonne figure. Mais on sait depuis longtemps, et pour reprendre à peu de choses près le titre d’un ouvrage de Thierry Wolton, que la droite souffre d’un complexe de gauche. Il n’y a donc pas grand-chose à espérer de ce côté-là non plus.

On se prépare à des lendemains difficiles

Toute cette surenchère est très dangereuse car elle donne le sentiment qu’il n’y a plus de limites. Et cela prépare pour l’avenir une incompréhension totale de la part de ceux qui s’habituent aux largesses de l’État et ne pourront admettre que ce qui semblait si facile un temps ne le soit plus.

Le mouvement des Gilets jaunes pourrait alors apparaître comme une simple rigolade par rapport aux réactions qui pourraient se profiler dès lors qu’un gouvernement se montrerait un rien plus réservé sur les largesses à accorder à tel ou tel lobby, mouvement catégoriel, ou désormais plus large encore.

Les politiques ne devraient pas s’étonner, après cela, de la montée en puissance soudaine d’un candidat qui s’affiche comme différent et se présente justement en réaction à la médiocrité des politiques, à leur manque de courage et à leur incapacité à vouloir réellement réformer le pays ou tout au moins le prémunir contre les diverses menaces auxquelles il doit faire face. Les électeurs sont de moins en moins dupes et beaucoup d’entre eux rejettent les politiques traditionnels, qui ont trop abusé des mêmes subterfuges pour que l’on puisse encore leur faire confiance.

Ces politiques carriéristes ont scié, à eux tous, la branche sur laquelle ils étaient assis, entraînant des abstentions toujours croissantes et creusant un fossé de plus en plus grand avec le peuple des électeurs.

Qu’ils ne s’étonnent pas s’ils sont de moins en moins suivis ou écoutés. Ils ont atteint le point ultime de ce qu’Olivier Babeau décrivait comme étant l’horreur politique, et ils sont tout simplement, de manière de plus en plus évidente… en train de couler le pays.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.