SNCF : c’est le moment de changer de modèle. Qu’est-ce qui coince ?

Pourquoi Jean-Pierre Farandou ne réinventerait-il pas la SNCF, en s’inspirant de l’exemple du Japon, de l’Italie, du Royaume-Uni ?

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SNCF : c’est le moment de changer de modèle. Qu’est-ce qui coince ?

Publié le 24 juin 2022
- A +

Par Alain Mathieu.

Jean-Pierre Farandou, le pdg de la SNCF a déclaré : « C’est le moment de réinventer le modèle TGV. »

La situation de la SNCF n’est pas brillante : des grèves à répétition, 14 milliards d’euros par an de subventions payées par les contribuables, une dette gigantesque, dont 63 % repris par les contribuables (soit 2200 euros pour chaque contribuable à l’impôt sur le revenu), des retards fréquents, des TER remplis à 25 %, etc.

Pourquoi Jean-Pierre Farandou ne réinventerait-il pas la SNCF, en s’inspirant de l’exemple du Japon, de l’Italie, du Royaume-Uni ?

Partant d’une situation pire que celle de la SNCF, la privatisation des chemins de fer japonais en 1987 a été un succès. La vente à des sociétés privées a rapporté des milliards à l’État japonais.

Ces sociétés ont une productivité (nombre de voyageurs-km par employé) double de celle de la SNCF. Leur trafic a augmenté. La seule ligne Tokyo-Osaka transporte cinq fois plus de voyageurs que tous les TGV français. La ponctualité et la sécurité sont exemplaires. Et il n’y a eu que 1050 licenciements dus à la privatisation.

 

Le TGV privé en Italie

L’Italie a autorisé en 2008 un TGV privé, l’Italo, concurrent de la société publique Trenitalia. L’Italo est en bénéfice, ses ventes par employé étant 4,3 fois celles de Voyages SNCF, gestionnaire des TGV français. Ses tarifs sur Rome-Milan sont inférieurs de 45 % à ceux de Paris-Lyon, et la fréquence y est plus du double.

Cette concurrence a stimulé FS, la SNCF italienne, dont les effectifs ont baissé de 40 %, sans la moindre grève. Et à la sortie des gares, les Italiens trouvent des bus très modernes, remplaçant des petites lignes ferroviaires déficitaires.

À l’opposé des affirmations des syndicats français, la privatisation des chemins de fer britanniques est un grand succès, après les changements décidés en 2002 par Tony Blair. La fréquentation a augmenté de 62 % alors que les effectifs baissaient de 60 %. Et les accidents mortels y sont inférieurs de 32 % à ceux de la SNCF.

Alors que des sociétés françaises comme Transdev ou Kéolis (filiale de la SNCF) transportent des Anglais et des Allemands, la SNCF refuse d’ouvrir son marché à la concurrence.

Des TGV étrangers devaient en principe rouler en 2021. Mais en avril 2020, la société allemande Flixtrain, qui avait prévu d’ouvrir six liaisons, y a renoncé, découragée par les péages annoncés.

 

Ouverture à la concurrence en régions

Les TER doivent être ouverts à la concurrence en 2023.

Mais la région PACA, qui a lancé un appel d’offres qui intéressait dix concurrents (dont une filiale de la SNCF et une de la RATP !), ne peut pas leur fournir les informations nécessaires par ligne, la SNCF invoquant le secret commercial.

La région Hauts-de-France est devant le même refus de la SNCF. Les petites lignes sont maintenues, car les cars Macron n’ont pas le droit de dépasser 100 km. Et les lignes de banlieue parisienne ne seront pas ouvertes à la concurrence avant 2039 !

Le service minimum promis en 2007 (trois heures le matin et trois heures le soir) n’a pas été réalisé. L’alignement du régime de retraite sur celui du privé est en suspens.

Pourquoi ?

Parce que le véritable pdg de la SNCF n’est pas monsieur Farandou, mais la CGT.
À coups de grèves répétées, elle défend les privilèges des cheminots : retraites élevées prises à partir de 52 ou 57 ans pour les personnels roulants, avantages sociaux exorbitants, transports quasi-gratuits pour toute la famille, salaires élevés croissant de 3 % par an, garantie de l’emploi à vie, 100 000 logements, durée du travail réduite (par exemple 117 jours de repos par an pour les roulants), etc.

Farandou devrait fixer à la SNCF deux objectifs :

  1. pas plus de grèves que les concurrents.
  2. Ne plus faire appel aux contribuables.

 

Les pays voisins comme le Royaume-Uni et l’Allemagne ont réglementé leur droit de grève : motif professionnel, vote à bulletin secret, service minimum.

Tant que monsieur Farandou n’aura pas demandé au gouvernement de réglementer ainsi le droit de grève, puis de privatiser la SNCF, celle-ci ne sera pas réinventée. Les contribuables continueront à payer pour le maintien des privilèges des cheminots.

 

Un article publié initialement le 29 septembre 2020.

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  • Avec un stalinien à la manœuvre de la CGT cheminot, la France sera le dernier pays à reformer son ferroviaire. Après sa ruine.
    Tous ensemble, tous ensemble, ouais ouais !!!

    • Moi, les dingues de la seuneuceufeu , j’les soigne, j’m’en va leur faire une ordonnance, et une sévère, j’vais leur montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins d’la France qu’on va les r’trouver, éparpillés par petits bouts, façon puzzle… Moi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse, j’ventile.

  • On devrait depuis longtemps avoir compris que la raison d’exister de la SNCF n’est pas le transport de voyageurs ( ni de marchandises), mais de donner des boulots pas trop fatigants et bien rémunérés, y compris à la retraite et au-delà, à toute une bande de planqués fonctionnarisés, qui, la plupart du temps, essaient de fonctionner le moins possible tout en gardant leur rémunération. Le paradis sur terre quoi!

    • Vous avez mille fois raison!

      Mais c’est le cas de toute bureaucratie.
      Elles évoluent toujours sans responsabilité, protégées par la violence de l’état.

      C’est le syndrome de l’armée sud-américaine.

      Ce qui est surprenant c’est que la situation calamiteuse de cette bureaucratie surprenne encore quelqu’un.

  • Qu’est ce qui coince?
    La CGT et sa déclinaison SUD à qui on a laisser croire par faiblesse depuis toujours qu’ils pouvaient s’approprier l’outil de travail au gré de ses revendications.

  • Ça fait longtemps que la première réforme à faire en France c’est celle des syndicats. Il faut abroger les ordonnances de 45 et laisser les salariés cotiser (avec des avantages fiscaux) pour des syndicats libres et ces cotisations seront leur seule source de revenus, plus aucun prélèvement sur l’argent qu’il doit servir à soigner ou à payer les retraites des Français.
    En ce qui concerne la SNCF, il y a plus de 20 ans j’avais préconisé qu’on la donne à tous les cheminots, libre à eux d’en faire une entreprise rentable qui paiera leurs salaires, leurs retraites et leurs avantages… Et si ils font faillite une entreprise privée pourra les racheter

    • Ok, mais pourquoi « avec des avantages fiscaux »? Supprimer des avantages en en créant un autre à l’autre bout de la chaîne? Allons donc! Se syndiquer doit être un acte volontaire, individuel, sans incitation étatique d’aucune sorte, et dans l’acceptation que tout service se paye. A partir du moment où une incitation fiscale, quelle qu’elle soit, est décidée, alors la porte est ouverte à toutes les interprétations, tous les petits arrangements, et autres privilèges dont bénéficient justement les syndicats en France.
      Et l’impôt, à ce titre, se devrait d’être parfaitement égalitaire, proportionnel et non progressif, une flat tax sans niche, sans exception, sans préférence.
      Les réductions d’impôt sur les dons ne sont que des subventions déguisées.

      • Le problème avec les impôts en France, c’est qu’il y a toujours une arrière pensée constructiviste. Alors que l’on met la charrue avant les boeufs.
        La collectivité a des missions qui doivent être financées. La plupart des missions régaliennes peuvent être payantes, sauf l’armée et un impôt sur le foncier est le moins intrusif. L’impôt sur le revenu est récent et a été considéré a l’époque comme une violation de la vie privée.

  • Triste et bien pathétique tout ça !!! Tout a été dit !!
    Malheureusement, dans ce pays où geindre sous le rythme des syndicats gauchistes, est une constance, je ne crois pas à un « redressement » de la SNCF.
    Les mélanchos-islamo-gauchistes ont encore de belles journées devant eux, face à des dirigeants peureux, et lâches.

    • non, tout n’a pas été dit. J’attends le responsable politique dire tout haut ce qui est écrit ici, et que nous partageons en grande majorité. Effectivement, le seul moyen est de laisser vivre les syndicats des cotisations de leurs adhérents, les obliger réellement à publier leurs comptes certifiés par expert comptable, de même que les comités d’entreprise

      • Ce qui intéresse les responsables politiques c’est surtout d’entretenir des bons contacts avec la direction de la SNCF histoire d’y avoir des postes possibles pour soi ou son réseau sans parler des voyages gratuits pour les administrateurs et autres. Et quand ils sont aux manettes, ils veulent surtout la paix sociale qui n’a pour eux pas de prix. Ils n’ont donc aucune raison de dire quoi que ce soit et encore moins de vouloir changer quoi que ce soi.

  • On n’a pas besoin de chercher midi à quatorze heure, on veut une sncf déficitaire comme on veut plomber l’edf on veut une France faible en Europe, c’est une empecheuse de tourner en rond… Ha si elle abandonnait son nucléaire militaire et ces envies de vendre des arme…. On pourrait lui permettre de vivre.

  • Tous les milliards injectés ne sont pas des investissements. Ils servent juste à boucher els trous et permettre que justement rien ne change. Il faudra en réinjecter autant dans quelques années. le fret ferroviaire continuera à s’étioler, les milliards ne servant qu’à préserver des emplois syndiqués devenus inutiles.

    La seule mesure pouvant avoir des effets est bien entendu l’interdiction des avions courts courriers car ce qui fait le plus peur à la SNCF, c’est la concurrence qui met en lumière son inefficacité démentielle. Couplé avec la chasse aux automobilistes sous couvert d’écologisme, le bastion de la CGT a de beaux jours devant lui.

  • L’auteur évoque à raison deux des solutions au problème – réforme du droit de grève et privatisation – mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait aussi réformer le code du travail, fondre le régime des retraites SNCF dans celui du régime général, empêcher la compagnie ferroviaire d’être dirigée par des énarques ou des corps d’Etat après sa privatisation. Il faut aussi *complètement* séparer le réseau de l’exploitation des trains.

    Il faut réformer le code du travail parce que réformer le droit de grève ne couvre que 20% du problème de la sclérose de l’emploi à la SNCF. Il faut fondre le régime des retraites SNCF dans celui du régime général parce qu’une grande partie des 14 milliards de subventions annuelles de l’Etat vient de là (et c’est une solution partielle car le régime général est lui-même une abomination marxiste en faillite…) Il faut couper le cordon ombilical entre la haute fonction publique (énarque et grands corps) après la privatisation car ces gens sont incapables de tenir un budget (et cette remarque concerne de très nombreux groupes « privés » du CAC40). Il faut aussi *complètement* séparer le réseau de l’exploitation des trains de façon à ce que ceux qui possèdent le réseau aient une forte incitation à ce que leurs clients – toutes les (futures) compagnies ferroviaires (de passagers et de fret) exploitent leurs ressources de façon sécurisée et en valorisant au mieux les ressources : je vais prendre un exemple tout bête qui est celui de la valorisation du patrimoine foncier : le réseau SNCF, c’est un cas *unique* de petites bandes de terre qui relient toutes les villes. Si la SNCF était intelligente, elle aurait été le premier opérateur de fibre optique dans le pays car elle avait *déjà* les milliers de pilonnes pour installer un simple câble de plus et malgré son énorme avantage comparatif les quelques expériences se sont soldées par des désastres commerciaux. (Il faudrait que je retrouve un rapport qu’un petit groupe d’économistes avaient écrit sur ce sujet il y a un quart de siècle.)

    • bref, vendre la SNCF à la découpe…

    • En attendant la réforme du droit de grève et l’éventuelle vente à la découpe, ne serait-il pas économique de s’immuniser contre les ruineux méfaits syndicaux en entretenant une réserve rapidement mobilisable de briseurs de grèves remplaçants compétents?

  • Des contrôleurs SNCF auraient tus leur positivité au Covid pour ne pas être en arrêt maladie et perdre du salaire ,quand ils sont en grève cela ne les gêne pas de perdre du salaire ou alors ils ne perdent rien finalement même en grève?

    • J’ai bien connu la grande grève de 1995 (tout le mois de Décembre).
      Les jours de grève ont été intégralement payés par la SNCF,
      sous forme de jours de congés fictifs.
      Cette mesure a peut-être fait jurisprudence.

  • La SNCF est l’un des cancers qui rongent la France. Voyageur régulier, avant le coronavirus, entre Paris et Strasbourg, j’ai toujours évité de prendre les TGV français car l’ICE allemand est nettement plus confortable. De plus, les sanitaires sont toujours propres, le personnel souriant et poli , le bonheur quoi ! Par contre cela ne vaut pas le luxe de l’Italo italien qui, en plus, est moins cher que le TGV français.
    Bref, la CGT fera avec la SNCF ce qu’elle a réussi avec le port de Dieppe , c’est-à-dire, que Dieppe n’a presque plus de trafic maritime.
    Les bolcheviques ont réussi à s’implanter en France, terre d’accueil incomparable pour tous les fainéants profiteurs comme la CGT.

    • Qui se souvient aussi de la SNCM à Marseille, coulée par la cgt ?
      Un scandale de plus que le gouvernement avait géré haut la main !

  • BRAVO Alain . Tres bon article . Sur les réformes ont te diras que les Français ne sont pas des Suisses, des Allemands , des Japonais ou des Britanniques…..A qui se compare donc le Francais? Peut etre au Coréen du Nord?

    -2
  • l’exemple type du parasitisme.
    Rien qu’en coupant toutes les subventions, on verrait des résultats (qui paierait les cheminots si plus de trésorerie ?).

  • on privatise tout ça et ça se règlera tout seul, soit la mort de la SNCF soit sa survie.

  • Casser la SNCF! Certes mais à condition d’avoir une solution de secours ou de repli. Donc, en premier imposer à la SNCF l’ouverture du réseau et de l’exploitation à la concurrence. Et après …

  • [25 décembre 2021]
    « la SNCF invoquant le secret commercial »
    Non mais je rêve!
    Un monopole public en déficit abyssal a des petits secrets à opposer à tous ces contribuables contraints de se saigner aux quatre veines pour le renflouer encore et toujours?

  • Le transport de voyageurs par le rail n’est plus un service public :
    – La SNCF a abandonné les transports locaux pour se consacrer aux trajets TGV entre métropoles, plus rentables
    – Malgré cette politique « privée » elle est déficitaire
    – Le réseau est en mauvais état
    – Les retards sont fréquents, alors qu’au Japon les trains arrivent pile à l’heure…
    – Les directions successives n’ont pas réussi à établir un statut moins laxiste pour les salariés
    – Résultat, ce sont nos impôts qui compensent ces erreurs coûteuses
    Une fois de plus, un service public qui ne fonctionne pas en France. Le mauvais rapport qualité / prix justifie une privatisation globale : les profits d’une société privée seront finalement moins coûteux que la gabegie publique…

  • Les commentaires sont fermés.

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