Pourquoi les prix des cars Macron flambent-ils ?

Les prix élevés des cars Macron reflètent la rareté exceptionnelle de l’offre des moyens de transport sur le territoire français, rareté occasionnée par la grève de la composante publique de l’offre totale habituellement disponible.

Par Guillaume Moukala Same.

Les prix des cars privés, aussi connus sous l’appellation « cars Macron », ont explosé depuis le début de la grève. Une étude d’UFC-Que Choisir a comparé les prix des tickets avant la grève avec ceux qui sont actuellement en vigueur, révélant que ceux-ci avaient subi une augmentation d’en moyenne 129 % — Blablabus (+ 116 %) et Flixbus (+ 141 %). La Palme d’Or revient au trajet Paris – Lyon proposé par Flixbus pour un prix moyen qui a augmenté de 888 % — passant de 4,99 euros à 78,99 euros.

Cette information n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

Marx à la rescousse

Le journal L’Humanité a sauté sur l’occasion en dénonçant l’avidité de ceux qu’ils nomment les « profiteurs de grève ». Selon leur analyse livrée dans un article publié le 16 décembre, « en position de force, certaines entreprises de transport alternatif n’hésitent pas à faire flamber les tarifs pendant la période. »

 

Ainsi regrettent-ils que « l’État vienne en aide aux entreprises pénalisées par la grèves mais laisse en revanche prospérer celles qui en tirent profit. »

Nous laisserons de côté le caractère comique de leur déclaration — n’est-ce pas la SNCF qui est en position de force dans l’histoire quand elle est protégée de la concurrence par un monopole d’État ? — pour nous concentrer sur l’aspect purement économique.

Que font les pouvoirs publics ? Les consommateurs ne sont-ils pas déjà assez dans l’embarras qu’il faut en plus leur imposer des prix anormalement élevés ?

Nous allons voir que la réponse est simple, basique — à condition d’ouvrir un autre manuel d’économie que celui de Karl Marx.

L’importance du prix

Comme le releva Ludwig von Mises, « la recherche concernant les prix monétaires des biens et services a constitué le point de départ historique des réflexions qui ont conduit à l’élaboration de la théorie économique1 ». Et pourtant, certains sont restés bloqués à la pré-histoire économique, lorsque ce phénomène que nous appelons « prix » était encore très mal compris.

Pour reprendre la formule des économistes Tyler Cowen et Alex Tabarrok, le prix est

un signal enveloppé dans une incitation.

Il signale aux acteurs la rareté relative du bien ou service en question et les incite à agir en conséquence — c’est-à-dire à économiser si le bien ou service est rare, ou au contraire à consommer s’il est présent en abondance.

Ainsi, lorsqu’un bien a été produit en quantité trop importante, la diminution du prix permet d’inciter les consommateurs à en demander davantage et ainsi d’éviter que des ressources soient gaspillées.

Lorsqu’au contraire l’offre proposée est rare relativement à la quantité demandé, la hausse des prix incite les acteurs à économiser et / ou à se tourner vers d’autres alternatives, évitant ainsi les pénuries.

C’est via ce processus d’ajustement que le prix de marché permet d’équilibrer l’offre et la demande d’un bien ou service.

La responsabilité de la SNCF

Maintenant, revenons à notre situation particulière et tentons de l’analyser à la lumière de cette théorie. Il devient clair que la grève de la compagnie ferroviaire nationale (la SNCF) a conduit à une chute de l’offre sur le marché des transports nationaux et, si nous considérons le marché des cars Macron, à un choc de demande. Il ne peut en résulter qu’une hausse des prix, la demande étant devenue brutalement supérieure à l’offre.

C’est donc bien la SNCF qui est à l’origine de la hausse des prix des cars Macron.

Cette situation n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel. C’est typiquement ce qu’il se passe lorsque l’offre ou la demande d’un marché a été dramatiquement et subitement affectée par un facteur externe. Après un ouragan, par exemple, les prix des commodités flambent car une partie des stocks a été détruite ou parce que l’état des routes empêche de se faire ravitailler. Dans de telles situations, l’ajustement des prix est essentielle afin d’éviter des pénuries.

Bien sûr, les compagnies telles que Flixbus ou Blablabus ne sont pas motivées par l’amour de leur prochain mais par le profit. Toutefois, et c’est là que la splendeur de la main invisible fait son apparition, ce comportement égoïste se trouve être bénéfique à la société dans son ensemble car il permet la meilleure allocation des ressources possible.

En effet, sans cette augmentation des prix, il n’y aurait tout simplement aucun moyen d’allouer les tickets à ceux qui les valorisent le plus. Ils seraient alloués aléatoirement mais pas nécessairement à ceux qui le désirent le plus : une personne qui valorise peu le ticket — car elle ne tient pas absolument à réaliser le trajet ou parce qu’elle dispose d’autres d’alternatives — s’en serait pourtant procuré un — car le coût est minime — et une autre personne qui pourtant valorise énormément ce même ticket — car elle tient énormément à réaliser ce trajet et ne dispose d’aucune autre alternative — s’en serait vue privée — car elle n’a pas été assez rapide par exemple2.

Le système des prix permet ainsi de s’assurer que les ressources disponibles sont allouées à ceux qui les valorisent le plus et ainsi d’éviter leur gaspillage.

Nous comprenons alors pourquoi l’intervention des pouvoirs publics, loin de régler le problème, ne ferait que l’aggraver.

Pour conclure, les prix élevés des cars Macron reflètent la rareté exceptionnelle de l’offre des moyens de transport sur le territoire français, rareté occasionnée par la grève de la composante publique de l’offre totale habituellement disponible. On peut effectivement dire merci Macron car sans sa réforme les Français seraient tout simplement privés d’alternative. Par contre pour ce qui est du service public, on peut au pire l’excuser, au mieux demander sa privatisation.

  1. Von Mises, L. (Originally published in 1933). Epistemological problems of economics. Ludwig von Mises Institute, 2003.
  2. Notons qu’en situation de pénurie le temps essentiel. Comme il n’y en a pas assez pour tout le monde, la règle est celle du premier servi. On pourrait croire qu’il ne suffit qu’à se lever plus tôt que les autres mais tout le monde souhaite se lever plus tôt que tout le monde et, comme de toute manière il n’y en a pas assez pour tout le monde, cela conduit à des queues à perte de vue.
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