Demandez le programme : 5 années perdues

Comment sommes-nous arrivésà une telle situation, avec autant d’offres politiques médiocres ou désolantes, dangereuses, autoritaires et anti libérales ?

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Demandez le programme : 5 années perdues

Publié le 12 avril 2022
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On dit qu’en démocratie, les peuples ont les politiciens qu’ils méritent. Devant les désolantes options qui ont été les nôtres dans ce premier tour de l’élection présidentielle, il est temps de s’interroger sur ce que nous sommes devenus.

Sur les 12 candidats, 9 sont incompatibles avec la démocratie libérale, le commerce international et l’économie de marché.

Au moins trois militants trotskystes – Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon – ont obtenu sans souci les signatures de 500 de nos élus qui leur ont permis d’être dans la course malgré leur autoritarisme proclamé et leur haine du capitalisme. Ajoutons à cela un communiste – et l’on peut légitimement se demander pourquoi, en France, il en existe encore – Fabien Roussel, qui nous promettait, en autres mesures baroques, le triplement de l’impôt sur la fortune et la nationalisation des banques.

À ces quatre utopistes, il faut ajouter deux réfractaires aux échanges, Yannick Jadot, qui fut altermondialiste et nous promettait un « ISF climatique » et « une écologie du plaisir », et Jean Lassale, qui prône, sans le dire, l’autarcie en réclamant « une France souveraine » dont les bases « ont été sapées par l’Europe ».

Si l’un des ces six candidats parvenait au second tour, notre avenir devenait une calamité.

Une offre politique totalement antilibérale

Il pourrait l’être aussi avec Marine Le Pen si elle l’emporte au second tour. Elle s’installe à la tête d’un bloc de trois personnes – elle-même, Zemmour et Dupont-Aignan – dont les opinions et les programmes sont eux aussi incompatibles avec la démocratie libérale. Populisme, xénophobie, clientélisme et autarcie font leur bonheur. Marine Le Pen évoque « le peuple méprisé et insulté », Éric Zemmour veut « sauver la France », Nicolas Dupont-Aignan promet de « nous libérer des influences extérieures » et de « rétablir nos frontières ».

À ces neuf candidats problématiques, ajoutons deux désastres.

Le premier est l’effacement de la gauche de gouvernement avec Anne Hidalgo, candidate du parti socialiste, qui ne réunit que 1,7 % des voix. J’ai tendance à penser que c’est bien mérité. La sociale-démocratie française aurait du rompre depuis longtemps avec le marxisme – comme l’a fait la sociale-démocratie allemande à Bad Godesberg en 1959 -, et elle serait restée en position de gouverner la France aujourd’hui.

Le deuxième, c’est l’effondrement de la droite de gouvernement avec 4,79 % des voix pour Valérie Pécresse, candidate des LR. Là aussi, la sanction est méritée. La droite française s’est fossilisée dans le culte de de Gaulle, oubliant que nous sommes depuis plus de vingt ans dans le XXIe siècle. Elle est restée depuis les origines de notre Vème République aussi étatiste et anti libérale que la gauche.

Nous voici donc face à un choix peu engageant.

D’un côté, Marine Le Pen qui prétend avoir changé, mais son entourage et son programme promettent l’autoritarisme – « remettre la France en ordre » et « arrêter la submersion migratoire », le clientélisme – « rendre leur argent aux Français », des « meilleures retraites », un « chèque formation pour les jeunes et pas d’impôts sur le revenu pour les moins de trente ans »,  l’étatisme avec son « patriotisme économique » et « la défense de nos intérêts nationaux » qui sonnent comme un appel à l’autarcie.

De l’autre côté, Emmanuel Macron a su profiter des délitements de la gauche et de la droite pour tuer l’une et l’autre et faire une piteuse synthèse de leurs pires inclinations : usage abusif des dépenses publiques, mépris pour la dette, peu de considération pour les pauvres sauf s’ils descendent dans la rue, étatisme comme solution à tous les problèmes.

L’archipélisation de la France

Comment sommes-nous arrivés dans une telle situation, avec autant d’offres politiques médiocres ou désolantes, dangereuses, autoritaires et anti libérales ? Peut-être faut-il en chercher les causes dans la thèse de Jérôme Fourquet, L’Archipel français, paru en 2019, qui décrivait une France éclatée socialement et électoralement, sans les boussoles traditionnelles qu’étaient jadis le catholicisme pour la droite et le communisme pour la gauche. Mais je crois aussi que cet archipel a d’autres causes.

J’en vois quatre.

La première est l’abandon de l’excellence éducative et le peu de connaissances des Français en matière de politique et d’économie.

La deuxième est la persistance d’une opposition syndicale dominée par un organisme communiste, la CGT, qui prônait déjà en 1906 avec la charte d’Amiens un syndicalisme révolutionnaire, basé sur la lutte des classes, la grève générale et l’anti-capitalisme. Le logiciel de la CGT reste aujourd’hui le même. Largement subventionné, il ne représente plus que les employés du service public et entrave toute tentative de réformes, même si elles ont été votées par la représentation nationale.

La troisième raison réside dans notre Constitution, trop déséquilibrée en faveur de l’exécutif aux dépens du législatif. Nous n’avons pas l’équilibre des pouvoirs cher à Montesquieu, et l’indépendance de notre justice laisse à désirer.

La quatrième, enfin, se trouve dans le conformisme de notre classe politique, sa médiocrité, son incapacité à régler des problèmes évidents, comme une bureaucratie surdimensionnée et rétrograde, l’accumulation des lois et des règlements, la hausse des dépenses publiques et des impôts qui étouffent le secteur privé pour continuer à nourrir un secteur public qu’il faudrait mettre à la diète.

Qui pourrait inverser cette désolante tradition ?

Emmanuel Macron a aggravé les dépenses publiques et la dette, il a instauré un impôt sur la fortune immobilière, il n’a pas réussi son hold up étatique sur les caisses de retraites indépendantes, il a restreint nos libertés sous le couvert du terrorisme, puis du covid, ses initiatives diplomatiques ont été inopérantes, son arrogance a choqué les Français.

Le Pen va nous enfermer dans le petit pré carré de notre pays qui risque de devenir un État policier en autarcie et en colère dans notre grande Europe. Cette dernière n’est pas aimée par la candidate qui veut produire français. Elle découvrira vite, et nous aussi avec elle, hélas, qu’il s’agit d’une chimère. Elle pourrait aussi s’inspirer de ses amis Orban et Salvini pour mettre en place un régime illibéral.

Encore l’avenir habituel de cinq années perdues.

Voir les commentaires (17)

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Créer un compte Tous les commentaires (17)
  • « Qui pourrait inverser cette désolante tradition ? »
    L’UE ou le FMI, comme je l’ai écrit dans l’autre article du jour sur ce sujet. A nous de choisir.

    • Deux monstres bureaucratiques voulant s’occuper de tous? Vous le croyez vraiment ou c’est du second degré?

  • Au total, ça fera au moins dix ans de perdus pour la France.
    Et je ne compte pas la décennie précédente avec le tandem Sarko / Hollande.
    Surtout que le roi n’est pas prêt de bouger du trône, maintenant qu’il a consolidé patiemment sa place et qu’il s’est entouré de fidèles lieutenants à tous les niveaux.
    Il n’y a qu’à regarder les principales institutions censées encadrer l’exécutif et protéger les citoyens. Que ce soit la CNIL, le Conseil d’Etat ou le CSA, ils sont tous dirigés par le même type de profil : parcours Sciences Po + ENA, carrière entière dans la fonction publique, et nommé par le président pendant ce quinquennat.
    Le Conseil Constitutionnel, c’est différent : Fabius a fait Sciences Po + ENA, et sa carrière entière dans la fonction publique, mais il a été nommé par Hollande (quand Macron était déjà ministre).
    Et si vous regardez ailleurs, c’est un peu la même tendance : à la tête des ARS, c’est quasiment la même chose (ce qui a bien facilité la politique de l’angoisse de Véran). Même dans les préfectures, le mouvement a été semblable : même le préfet de mon département a aussi le parcours un Sciences Po + ENA / carrière entière dans la fonction publique / nomination par Macron.
    Avec le PS et LR proches du décès après le premier tour, avec les médias à sa botte (merci les copains milliardaires Niel, Draghi & Co), avec désormais des débiteurs à la tête de chaque institution pouvant freiner l’exercice du pouvoir, le second quinquennat va être beaucoup plus facile pour lui, et il risque d’avoir quasiment tous les pouvoirs.

  • Vous avez raison, je trouve que la situation est dramatique.

    • Ben on verra ; ou il mettra Mélenchon dans son gouvernement , ou si les Francais ne sont pas comme les Russes on votera une chambre contre Macron

  • « Sur les 12 candidats, 9 sont incompatibles avec la démocratie libérale, le commerce international et l’économie de marché. »

    Autrement dit, vous pensez encore vraiment que les candidats compatibles avec la démocratie libérale, le commerce international et l’économie de marché seraient Hildago, Pécresse et Macron?

    Les 5 ans de macronismes étaient donc compatibles avec la démocratie libérale?

    On a vécu les pires restrictions des libertés depuis Pétain, un pillage du pays via le cabinet Mc Kinsey qui a fait des copains de Macron des milliardaires (et Macron en profitera certainement à sa fin de mandat), une explosion de la dette, une répression féroce contre les gilets jaunes, une guerre absurde contre la Russie, avec pour résultat des pénuries et un appauvrissement annoncé que l’Etat social le plus cher au monde ne pourra pas éviter.

    Mais bon, Pétain était peut-être aussi selon vous compatible avec la démocratie libérale?

    Voilà le problème de ce pays:

    il y a un individu élu qui détruit liberté sur liberté, il y en a un autre qui marque « liberté » en grand sur son programme et défend beaucoup de mesures clairement libérales (contre les mesures covid, pour l’école à la maison, pour la réduction de l’Etat, etc.), mais les intellectuels qualifient le premier de libéral et le deuxième d’extrémiste, et les Français suivent: 28% pour le premier, 2% pour le second…

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    • Entièrement d’accord avec vous, l’auteur de cet article fait preuve de beaucoup d’indulgence envers Pécresse et Macron.
      Macron voulait emmerder les non vaccinés, Pécresse voulait les enfermer. Je ne vois pas en quoi c’est libéral.
      Macron a subventionné des pans entiers de notre économie, de nombreux entreprises ont gagné plus pendant les confinements qu’en temps normal.
      Certains Français ont touché 3 ou 4 chèques inflation sous le regard désinvolte du gouvernement.

      • En fait, EM et VP sont libéraux au sens américain du terme, ils sont alignés sur les démocrates US.

        Les démocrates US sont devenus socialistes-progressistes. Ce n’est plus du toute du libéralisme classique (d’où la création des libertarians), ce n’est pas non plus du marxisme-léninisme à la JLM, mais les objectifs sont les mêmes: obtenir une mondialisation totalement contrôlée par une élite, mais en restant dans le capitalisme, car celui-ci évite que les gens tombent dans la misère et ne se révoltent.

  • 5 années de perdues ?
    Ca dépend pour qui.
    Pour des libéraux, c’est clair. Mais pour les autres, tous les autres ?
    Si la majorité du pays avait voulu autre chose que des étatistes, elle pouvait l’obtenir : elle avait deux candidats libéraux (enfin un vrai et un faux). Ils n’ont pas passé la barre des 500 signatures.
    Mais ce n’est pas ce que veulent les gens. Les gens veulent que l’Etat les protège de l’islam conquérant et du déclassement social. D’où le succès de Macron et de Le Pen et de Mélenchon dans une moindre mesure.
    Du point de vue de cette attente, les gens n’ont pas l’impression d’avoir trop perdu leur temps.

  • De tout temps la France a été étatiste, pourquoi cela changerait aujourd’hui?
    Et l’Europe itou, il suffit de voir les avalanches de directives dans tous les domaines.
    Si vous êtes libéral, dites-vous que l’Europe ne vous aidera pas telle qu’elle existe aujourd’hui et qu’elle doit aussi être profondément réformée

    • @ Lampion

      La France a pourtant eu un courant libéral prononcé, on peut citer La Fayette, De Tocqueville, ou Bastiat. Et ce courant a eu une bonne influence jusqu’au XXième siècle et permis à la France de devenir une nation parmi les plus prospère au monde, jusqu’à l’élection de Mitterand. A partir de là, la France est passée de la lumière à l’obscurité.

      En Europe, il y a encore des pays sensibles au libéralisme: Pays-Bas, Danemark, Suède, ou Finlande.

  • Concernant l’ « extrême » droite : reprise fidèle de tous les clichés « progressistes »

  • J’ajouterais une 5ème raison et non des moindres, une presse entièrement aux ordres soit du pouvoir, soit des copains du pouvoir.
    Il ne peut y avoir de démocratie sans une presse libre et compétente, ce qui n’est plus le cas depuis longtemps.

    • @ Jean-Paul

      Si ce n’était que la presse… L’école, la justice, et tous les contrepouvoirs sont aujourd’hui à la solde du président. Au moins, si MLP est élue, ceux-ci cracheront sur elle et l’entraveront pendant tout son mandat, comme ce fut le cas avec Trump aux USA, et on retrouvera un peu de pluralité.

  • Je trouve d’ailleurs étonnant qu’on puisse accuser certains candidats de s’opposer au monstre européen lorsqu’on voit le poids de plus important qu’il prend dans les décisions de chaque état. L’UE va bientôt remplacer en totalité les états, sous une forme de plus en plus autocratique lorsqu’on voit ce que se permet « Sa Majesté » Ursula Van Der Leyen depuis le début du covid et de la guerre en Ukraine, et les personnes qui souhaitent en sortir seraient taxés d’illiberaux ? Même si la majorité des candidats qui défendent une sortie de L’UE ont un point de vue teipbetatiste pour moi, je vois au contraire que le retour vers une forme de libéralisme se fera par une sortie de L’UE. Faute de quoi nous sombrerons définitivement dans le capitalisme de connivence que l’on peut voir aujourd’hui au sein des institutions européennes (dont la CEDH investie par l’open Society de Soros)

  • Sur les 12 candidats, 12 sont incompatibles avec la démocratie libérale 🙁
    J’ai corrigé votre typo 😉

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