La CGT : un État dans l’État ?

Manif fonction publique 22 mars 2018 by Jeanne Menjoulet (CC BY-ND 2.0) — Jeanne Menjoulet, CC-BY

Forte de son considérable pouvoir, consciente de la passivité de la population, la CGT en vient une fois de plus à menacer le gouvernement, piétinant allégrement son autorité.

Par Claude Robert.

Contre toute attente, mi-décembre, une majorité de Français soutenait les manifestants lors du blocage des transports.

L’un des sondages a même fait état de 62 % d’avis en faveur des grévistes, alors que ces derniers bénéficient pourtant de conditions de retraites clairement exceptionnelles en comparaison du reste de la population.

Qu’on en juge :

  • 3705 euros de retraite moyenne pour la RATP
  • 3505 euros pour EDF/GDF (ancienne appellation)
  • 2636 euros pour la SNCF,
  • 2206 euros pour les fonctionnaires de l’État
  • 1904 euros pour les hôpitaux
  • 1496 euros pour la moyenne des Français !

On peut certes en déduire qu’une bonne partie de la population est peu informée, voire carrément manipulée sur le plan idéologique. Mais il ne faut pas sous-estimer pour autant le (mauvais) génie du syndicalisme à la française !

Celui-ci n’a-t-il pas réussi l’incroyable exploit de se faire défendre par les propres victimes de ses débordements corporatistes ?

Obtenir l’assentiment de plus de la moitié de la population malgré des blocages particulièrement insanes au beau milieu des fêtes de fin d’année constitue en effet une écrasante victoire symbolique.

Une victoire qui, ne l’oublions jamais, se joue contre l’intérêt général. Une victoire qui s’est construite au mépris de la morale la plus élémentaire. Un scandaleux pied de nez aux notions de liberté individuelle et de « service public ».

Car faut-il le rappeler, un fonctionnaire, civil servant en anglais, est avant tout au service du public, en retour d’une rémunération que celui-ci lui alloue via des impôts dont on sait tous combien ils sont confiscatoires dans l’Hexagone.

À la pointe de ce syndicalisme d’un autre âge, mais particulièrement aguerri et passé maître en manipulation, se trouve la CGT, bastion d’extrême gauche dont le pouvoir de nuisance est tout simplement devenu l’un des handicaps majeurs de notre pays.

La CGT, combien de divisions ?

Seulement 11 % des Français sont syndiqués, mais la situation est très variable du fait d’un taux de cotisants respectivement de 20 % dans le public et de 9 % dans le privé !

Ce qui permet de résumer ainsi, et qui est tout simplement renversant :

plus la situation des salariés est précaire, moins le taux de syndicalisation est fort

La CGT a été créée en 1895 et a régné seule jusqu’en 1919, date de l’arrivée de la CFDT.

À la différence de cette dernière, la CGT incarne encore aujourd’hui le syndicalisme de combat de ses débuts :

La Confédération générale du Travail (CGT) […] a favorisé le syndicalisme de lutte et a marqué au fer blanc l’identité syndicale française. Les occupations d’usines pendant les évènements du Front populaire de 1936, la libération en 1945 et l’instauration d’un système de protection sociale très favorable, les évènements de mai 1968 et les lois Auroux de 1982 en sont quelques illustrations.

Si l’on en croit leurs propres sources, avec ses 664 350 cotisants (2016), la CGT conserverait encore la tête devant les 623 802 de la CFDT (2017). Elle ne représente ainsi que 2,34 % de la population active hexagonale, parmi laquelle, sans surprise, une surpondération d’agents de l’État !

D’ailleurs, au-delà de sa très faible représentativité numérique globale, la sociologie des adhérents de la CGT est une véritable insulte à la démocratie !

La CGT, un syndicalisme taillé sur mesure

En effet, ces 2,34 % de la population active ne sont même pas représentatifs de la population des travailleurs.

En 2013 (dernière statistique disponible), seulement 58,4 % de ses adhérents exercent dans le privé alors qu’ils sont environ 80 % dans la société active. Surtout, ces 58,4 % se retrouvent gérés par des fédérations qui relèvent à 54 % du public, parmi lesquelles les « puissantes organisations des services publics, cheminots et santé ».

On comprend très vite pourquoi la mission de ce syndicat reste ontologiquement corporatiste. Ce qui ne l’empêche pas de revendiquer une légitimité au-dessus de tout soupçon.

Et d’en profiter pour imposer son diktat sur l’ensemble du pays…

La CGT, un Léviathan qui menace l’État

Forte de son considérable pouvoir, consciente de la passivité si ce n’est de l’assentiment de la population, la CGT en vient une fois de plus à menacer le gouvernement.

Elle s’adresse naturellement à lui d’égal à égal, faisant fi des processus démocratiques, piétinant allégrement son autorité.

Fin décembre Thierry Defresne, délégué syndical de la fédération de la chimie a déclaré :

Ce gouvernement n’entend rien, il faut mettre davantage de pression

Et de poursuivre :

Nous verrons ensuite, au vu de la mobilisation à la rentrée du lundi 6 janvier à la SNCF et à la RATP, au vu aussi du caractère massif ou non des manifestations de la journée interprofessionnelle du 9 janvier, s’il faut aller au-delà et mettre les installations à l’arrêt […]. Il s’agit cette fois de faire en sorte qu’aucune expédition de produit ne sorte du 7 au 10 janvier tous ensemble.

Ainsi, le programme des réjouissances est claironné à l’avance. Il sera comme d’habitude respecté, au grand dam de la liberté individuelle des Français.

Depuis ce mardi 7 janvier déjà, la liberté de circuler en train, en métro ou en voiture est de nouveau bafouée. Un préavis de grève est déposé pour ce jeudi 9 janvier, et une journée de manifestation générale est encore prévue ce samedi 11 janvier.

Une fois de plus, le pays est pris en otage.

La CGT, ou la contestation de l’État de droit

Qu’est-ce que « l’État de droit » ? C’est une notion qui « est solidement ancrée dans l’histoire des concepts politico-juridiques : c’est ontologiquement la forme juridique du libéralisme politique. C’est un mode de limitation du pouvoir (qui vise à éviter l’arbitraire), là où la démocratie est un mode d’organisation du pouvoir (qui gouverne) »

Il est clair qu’en décrétant quand ça lui chante l’occupation des dépôts de carburant et la confiscation de tout ou partie des transports publics, la CGT se trouve en opposition frontale avec l’État de droit.

En envahissant une partie du territoire et en bloquant à sa guise la circulation des biens et des personnes, elle se comporte exactement comme une organisation terroriste (à la seule différence qu’elle casse mais ne tue pas) ou comme une force armée étrangère qui tente de paralyser notre pays.

Un tel chaos est d’autant plus irréel qu’il se produit régulièrement, selon le bon vouloir de cette centrale syndicale, sous l’œil complaisant de la sphère médiatique, le tout sur fond d’impuissance publique avérée.

Tandis que le gouvernement a été démocratiquement élu et que chaque Français est tenu de respecter le droit, les troupes de la CGT envahissent notre quotidien devant un État tout aussi incapable d’expliquer la nécessité d’une réforme que de montrer l’exemple de la solidarité en réalisant lui-même les efforts nécessaires, que de faire preuve de capacité d’écoute et, plus grave encore, que d’imposer le respect des règles de la démocratie.

Ainsi, parce qu’il n’a plus les moyens de faire autrement, l’État a abandonné une partie de son pouvoir à la CGT, qui en profite en toute impunité.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.