Valérie Pécresse : les problèmes de son modèle social

Si Valérie Pécresse veut changer de modèle social, qu’elle en revienne à un système d’assurance classique.
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Valérie Pécresse (Crédits : Marie-Lan Nguyen, licence CC BY 3.0), via Wikipédia.

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Valérie Pécresse : les problèmes de son modèle social

Publié le 18 décembre 2021
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Un article de l’Iref Europe
Si elle est élue en avril prochain, Valérie Pécresse annonce qu’elle fera en sorte que l’emploi paye davantage. Les nostalgiques de Sarkozy en 2007 s’y retrouveront. À cet effet elle envisage de baisser les cotisations vieillesse salariales de telle façon que les salaires nets du secteur privé jusqu’à 2,2 SMIC, soit près de 3000 euros net, augmentent d’environ 10 %.

Ça paraît simple en effet : on baisse les cotisations des salariés et leur salaire net augmente d’autant. Mais ça paraît aussi très coûteux. Environ 19 millions de salariés gagnent moins de 3000 euros net par mois. L’État prendrait en charge10 % de leur salaire, soit un coût démesuré proche de 50 milliards par an.

Mais au-delà du coût, le principe est critiquable

Hélas, le système français d’assurance sociale est déjà très largement étatisé. Il l’est dans sa gestion comme dans son financement, notamment depuis que François Fillon, qui n’avait pas encore fait sa mue libérale, a mis en place une prise en charge par l’État d’une partie significative des cotisations sociales patronales.

La Réduction générale des cotisations patronales sur les bas salaires, dite « Fillon », permet à l’employeur de diminuer le montant de ses cotisations patronales sur les salaires qui ne dépassent pas 2543,15 euros brut par mois. Cet allègement peut représenter jusqu’à un peu plus de 32 % du SMIC.

Au niveau d’un SMIC au 1er octobre 2021, de 10,48 euros bruts de l’heure (mensuel 1 589,47 euros sur une base de 151,67 h/mois), les charges patronales après la Réduction Fillon, en tenant compte d’une mutuelle maintenant obligatoire, s’élèvent à 4,50 % du salaire brut, soit 70 euros par mois. Les charges salariales sont actuellement de 22,5 % du brut.

La mesure de Mme Pécresse conduirait à les réduire à environ 14,5 % du brut, soit des charges totales salariales et patronales de 19 % du brut. Les charges d’assurance maladie, maternité, vieillesse normales représentent plus de 60 % du brut. Sur les salaires de plus de la moitié des Français, l’État prendrait donc en charge plus des deux tiers de leurs cotisations. Bientôt il pourrait payer leur salaire comme en… URSS !

La socialisation radicale du système français de protection sociale

Désormais le système français de protection sociale serait dominé par le modèle beveridgien.

Les systèmes de protection sociale peuvent être classés schématiquement en trois modèles :

  1. Un système assurantiel classique reposant sur des cotisations calculées pour chaque assuré en fonction de ses risques, comme pour l’assurance automobile par exemple.
  2. Un système bismarckien qui se place dans une logique assurantielle, mais redistributif puisqu’il fait payer les cotisations en pourcentage du salaire pour des prestations équivalentes pour tous. C’était le système retenu initialement par la France.
  3. Un système beveridgien (selon les idées de l’économiste britannique William Beveridge présentées en 1942 à son gouvernement) qui offre des prestations uniformes à tous financées par l’impôt et non par des cotisations.

Actuellement, la Sécurité sociale française se distingue par un système mixte empruntant des éléments aux deux modèles bismarckien et beveridgien. Mme Pécresse veut prendre exemple principalement sur le modèle d’assurance sociale anglais qui, comme chacun le sait, est très défectueux.

Il faudrait au contraire qu’elle fasse évoluer le modèle français vers un système assurantiel classique. Les salariés pourraient recevoir leur salaire complet, charges comprises, et ils seraient obligés de s’assurer eux-mêmes auprès de la compagnie ou mutuelle de leur choix comme ils savent très bien le faire pour leur voiture.

Et comme pour leur voiture, ils feraient jouer la concurrence et obtiendraient sans doute des prix d’assurance bien meilleurs que ceux de la Sécu. Ce n’est pas l’État qui redonnerait 10 % de leur salaire aux salariés, ce sont eux qui les obtiendraient dans une libre négociation de leurs assurances. Les salariés redeviendraient responsables d’eux-mêmes, de leur famille et de leur avenir. Ne serait-ce pas mieux ?

Certes, la transition ne serait sans doute pas si facile d’un système à l’autre, notamment pour les petits salaires qui font déjà l’objet d’importantes exonérations (Fillon). Mais ce serait possible en déchargeant les entreprises de nombreuses charges fiscales et réglementaires pour qu’elles aient les moyens de rehausser les salaires modestes.

Il serait désastreux que ce soit la droite qui adopte définitivement un modèle social beveridgien, c’est-à-dire étatiste, socialiste. Si Mme Pécresse veut changer de modèle social, qu’elle en revienne à un système d’assurance classique. Les salariés y gagneraient deux fois, en argent et en liberté retrouvée.

Crédits photo : Valérie Pécresse (Crédits : Marie-Lan Nguyen, licence CC BY 3.0)

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  • Merci pour cet article qui clarifie bien le financement de notre modèle social. La technocratie assoit son pouvoir en prélevant une part de plus en plus importante de nos revenus, cotisations ou impôts, pour les redistribuer selon ses critères de domination, étouffant ainsi la responsabilisation et la liberté de chacun. Nous allons vers une société d’enfants bercés par une nounou socialiste, dont on connaît la mauvaise gestion. Cette velléité de domination technocratique semblant partagée par les énarques de droite, vers qui se tourner pour retrouver une société libre constituée d’individus entreprenants et responsables ?

  • Le système suisse est assurantiel et il n’est pas du tout meilleur marché et les hausses sont toute aussi importantes. le problème est la bureaucrisation croissante de la santé et le recours croissant aux analyses en tout genre (dans le temps le toubib faisait confiance à son seul propre examen du malade). Cela doit se payer.
    Il faudrait surtout ne plus parler de cotisations patronales: tout devrait se trouver sur la fiche de paye afin que chacun se rende compte du vrai coût de la sécurité sociale.
    Quand au choix entre Bismarck et Beveridge, on peut effectivement se poser la question sur la raison que seuls les revenus du travail finance la sécurité sociale, un rentier y recourt aussi mais ne financerait rien?

    • Pour le système suisse, les frontaliers qui y sont affiliés, se sont battus contre le gvt Hollande qui voulait les ré-affilier de force dans le système français. Donc, les bénéfices semblent l’emporter sur les inconvénients.
      D’autre part, ce système fonctionne avec une franchise qui est à charge du patient et dont le montant est au choix du patient influant sur le montant de la cotisation. Il faut donc bien différencier les augmentations dues à la hausse du coût des soins de celles résultant du vieillissement du patient et/ou de la modification de ses choix de contrat.

      Dernier point « et le recours croissant aux analyses en tout genre(dans le temps le toubib faisait confiance à son seul propre examen du malade) », lol.
      Si le médecin ne fait confiance qu’à « son seul examen du malade » et se trompe, il a un procès sur le dos. N’oubliez pas que le médecin en France a une « obligation de moyen »! Donc s’il fait une erreur qui aurait pu être évitée par un examen complémentaire non prescrit, c’est pour sa pomme en cas de poursuites.
      La Sécu a beau jeu de râler sur des prescriptions soit-disant inutiles car faits pour permettre aux médecins de se couvrir, elle est la première à leur tomber dessus en cas d’erreur et à leur mettre de multiples contraintes réglementaires alourdissant leur job dans le but, bien souvent, de ne permettre qu’à la chaîne bureaucratique de se couvrir et de dire qu’elle avait tout prévu, sur le papier tout du moins. La crise du covid en est un bel exemple.

      • Dans le cas des frontaliers, il faut quand meme pas oublier qu il s agit de gens qui travaillent. Donc relativement jeunes et qui avant beneficiaient d une assurance privee peu chere car ils presentaient peu de risque
        En plus l assurance privee etait decorrellee de leur salaire 🙂

        Il ets evident que si vous avez 25 ans ou 70 l interet n est pas le meme : a 25 ans, vous avez interet a avoir un systeme privé et ne payer que pour vous. A 70 c est l inverse et un systeme a la francaise ou les actifs paient pour vous est preferable

  • Il faut se rendre à l’évidence : la privatisation totale est absolument inconcevable en France. Le système mixte actuel ne vaut pas un clou et coûte un bras. Un système Beveridgien pur (unique, uniforme et universel), uniquement centré sur les gros risques et financé par l’impôt serait bien plus efficace.

    Actuellement, la sécu ne couvre pas à 100% les gros risques (hospitalisation). C’est pour cela que le minimum à avoir est la mutuelle « hospitalisation » qui couvre le ticket modérateur. Par contre, elle couvre de la bobologie (lunettes, consultation généraliste, etc.), des « progressivités » (changements de sexe, PMA, etc.) et des curiosités diverses (cures thermales, etc.).

    Ce qu’il convient de faire est :
    – d’abandonner la notion même de « cotisations sociales » et créer une flat tax unique « sécurité sociale » qui remplacerait CSG/CRDS et toutes les cotisations salariales et patronales ;
    – assurer uniquement les « gros risques imprévisibles » ainsi que le chômage/retraite et a minima.

    En gros, l’État t’assure pour ton cancer et te file six mois de chômage ainsi que le minimum vieillesse. Les deux derniers pourraient même être remplacés par un impôt négatif (après suppression de la CAF et assimilés ; ça coûterait encore moins cher en frais de gestion). Pour le reste tu te démerdes.

    Le système actuel de protection sociale est une véritable usine à gaz qui nécessite des armées de fonctionnaires pour fonctionner. Alors que tout pourrait se régler avec une flat tax et un impôt négatif :
    – flat tax pour remplacer tout ce qui est : URSSAF, cotisations sociales, CSG, CRDS, etc. ;
    – impot négatif pour remplacer tout ce qui est : caisses de retraites, CAF, RSA, APL, minimum vieillesse, etc.

    On parle de dizaines de milliards d’euros d’économie par an en frais de fonctionnement !

  • C’est bien joli tout ça mais on a les salaires qu’on mérite. Le niveau de performance de pays doit se retrouver dans le niveau des salaires, cela dans les deux sens. Imaginer donc que le salaire net français doit se comparer avantageusement à ceux de l’europe avancée et laisser loin derrière celui des pays du Sud Europe est une hérésie. Avec une industrie à la peine comparée même à celle de l’Italie, une activité de services largement orientée à notre propre profit (la fameuse économie sociale et solidaire !), la France doit accepter le fait d’avoir des salaires faibles, il faudrait même une diminution drastique du Smic réel (c’est à dire du smic net + toutes les primes et avantages qui vont avec). Vous l’avez compris, il n’y a pas un seul gouvernement qui s’orientera vers ce chemin, ce sont les faits, la ruine et le désordre qui nous y contraindront.

  • La France est un pays de petits salaires mais où les couts salariaux sont massifs. Pendant ce temps là les syndicalistes se font refaire leurs bureaux pour 150 000 euros. Les politiques n’ont pas une très grande imagination. Les journalistes ne comprennent rien. Cherchons l’erreur.

  • Les promesses de Pecresse n engage que ceux qui la croit. ET il faut vraiment avoir la foi car elle s est plutot illustre jusqu a present pour des convictions ondoyantes (d ou le surnom de traitresse donnée par l entourage de Fillon apres son ralliement a Juppe a l epoque ou celui ci devait etre elu president sans probleme)

    Pecresse promet de baisser les cotisations mais n a jamais dit comment elle compte compenser cette baisse alors que le systeme est deja lourdement deficitaire ! Evidement elle pourrait baisser les prestations mais c est attaquer son coeur de cible electoral (elle fait actuellement plus de 30 % chez les vieux). Donc exit la baisse des pensions de retraite ou le non remboursement des soins (pour faire des economies significatives, c est pas le non remboursement d une boite d antibiotique a 5€ qui va faire l affaire).
    Certains me repondrons qu elle pourra s attaquer a la fraude, mais outre le fait que ca coute (il faut bien payer les controleurs) le rendement risque d etre faible (faire 1 millards economie, c est 0.1% des depenses de letat …)

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