Bruno Le Maire promet des bons de carburant

Bruno Le Maire Fortune Global Forum 2019 BY FORTUNE Global Forum (CC BY-NC-ND 2.0) — FORTUNE Global Forum, CC-BY

Pour estomper les conséquences de choix politiques désastreux, le gouvernement a recours au contrôle des prix, à l’argent « gratuit » et aux distributions de chèques. Dernier en date, le bon d’essence.

Par Simone Wapler.

Après les bons de réparation de vélo, les chèques de rentrée scolaire, les innombrables aides à l’isolement, aux panneaux solaires, le chèque énergie pour le gaz ou l’électricité, voici le bon d’essence.

Invité sur la Radio RTL le 6 octobre, notre sémillant ministre de l’Économie a lancé sa nouvelle brillante idée :

Sur le diesel et l’essence, si l’envolée se poursuit il faudra réagir […] On l’a fait sur le gaz et l’électricité, donc s’il faut le faire sur le carburant, nous sommes prêts à le faire.

Concernant le gaz et l’électricité, pour lesquels les hausses de prix sont fulgurantes, c’est la solution du « bouclier tarifaire » qui a été retenue. Ce terme pompeux désigne en pratique un blocage des prix.

Cette solution est connue pour échouer depuis l’empereur Dioclétien (301 de notre ère). Mais si la nuisance des mesures démagogiques dissuadait les politiciens, depuis le temps, cela se saurait. Pour mémoire, l’édit de Maximum promulgué par l’empereur romain prévoyait la peine de mort pour les contrevenants qui s’obstineraient à hausser leurs prix. Visiblement, ce n’était pas assez dissuasif puisque l’hyperinflation tua finalement le denier d’argent romain.

Mais Bruno Le Maire ne s’arrête pas à ces détails.

Pour compléter le blocage des prix du gaz et de l’électricité (et peut-être éviter un nouveau déferlement automnal de gilets fluorescents), un chèque énergie de 100 euros serait à l’étude.

Concernant les carburants, pour lesquels le marché de la distribution est moins bien contrôlé par l’État, le blocage des prix ne serait finalement pas retenu mais plutôt le chèque…

Sauf récemment pour Anne Hidalgo, il n’est pas question de réduire les taxes faramineuses auxquelles sont soumises ces différentes formes d’énergie. Pourtant, la fiscalité absorbe plus de 60 % du prix des carburants, 37 % du prix du kWh et 27 % sur le gaz. Plus les prix augmentent, plus l’État accroît ses recettes fiscales puisque ses taxes sont proportionnelles.

Le mythe du contrôle des prix

Le simple fait de vouloir contrôler les prix est révélateur du fait que les politiciens ne maîtrisent plus rien.

Les énergies fossiles ont désormais mauvaise presse et les politiciens soucieux de séduire l’électorat vert clament haut et fort qu’il faut « décarboner » l’économie, ne plus brûler d’énergie fossile, lutter contre les gaz à effet de serre. Les gouvernements poussent donc à grands renforts de subventions n’importe quelles autres alternatives dont le bénéfice et l’efficacité ne sont pas prouvés. La dernière lubie à la mode – depuis que les éoliennes ont moins le vent en poupe – est l’hydrogène.

Dans le cas de la transition énergétique, nous nous trouvons dans une situation décrite par Hayek dans La route de la servitude (chapitre Planisme et démocratie) :

« L’accord sur le principe du planisme ne s’accompagne pas d’un accord sur le but du plan. Les gens ont décidé d’un commun accord qu’un planisme centralisé était nécessaire sans se mettre d’accord sur le but du plan. C’est comme s’ils avaient décidé de partir en voyage sans se mettre d’accord sur l’endroit où ils vont aller. Le résultat fera qu’ils feront tous un voyage que la plupart d’entre eux n’ont pas envie de faire. »

Vous avez envie de « sauver la planète » ou que la France gagne son « indépendance énergétique » mais vous n’avez pas envie de voir doubler votre budget gaz, électricité, carburant, de vous déplacer en vélo quand il pleut et que vous avez 20 km à couvrir, de dépenser de l’argent dans des travaux d’isolation, de changer de chaudière, etc.

Les autorités et les médias subventionnés se garde bien de relayer et d’analyser l’échec lamentable de l’EnergieWende ou « tournant énergétique » des Allemands.

La mise au ban des énergies fossiles étant un mouvement mondial, de nombreuses compagnies pétrolières ont coupé dans leurs coûts d’exploration pour anticiper un ralentissement de la demande. Cette dernière restant forte, il est normal que le marché s’ajuste au profit des producteurs.

À moins que le monde entier ne bascule dans le planisme, le contrôle des prix ne débouchera sur rien. Même si l’économie mondiale y succombait, à terme, l’effondrement serait garanti. Distordre les prix ne peut que conduire les entrepreneurs et les consommateurs à prendre de mauvaises décisions et à gaspiller des ressources.

L’hypocrisie des bons d’achat financés par de l’argent gratuit

Les finances publiques françaises sont dans un état de délabrement avancé. Le projet de loi de finance 2021 consacre une quarante-huitième année consécutive de déficit.

La dette, matérialisée par le cumul de ces déficits, était autrefois douloureuse lorsque le marché pratiquait les taux d’intérêt qu’il estimait adaptés. C’est ce qui avait provoqué le « tournant de la rigueur » de 1983 après trois années délirantes de mise en œuvre d’un programme socialo-communiste.

Depuis l’avènement de la monnaie unique et la politique de création monétaire de la Banque centrale européenne, les taux d’intérêt ne délivrent plus aucun signal de prix de l’argent qui est devenu « gratuit ». Bien sûr ce n’est qu’une illusion.

 

N’oublions jamais cette vérité fondamentale : l’État n’a aucune autre source d’argent que l’argent que les gens gagnent eux-mêmes. Si l’État veut dépenser plus, il ne peut le faire qu’en empruntant votre épargne ou en vous taxant davantage. Il n’y a pas d’argent public, il n’y a que l’argent des contribuables.

Lorsque les taux d’intérêt remonteront et que la dette publique dépassera notre capacité d’emprunt, notre épargne sera engloutie dans ce prévisible naufrage financier.

En attendant, prenez les largesses de Bruno Le Maire pour ce qu’elles sont : le vol organisé des contribuables.

Il se produit ce que j’avais prévu dans mon livre La rage de l’impôt : une facture de gaz à effet de serre à couper le souffle va nous être régulièrement présentée.

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