L’État reste omniprésent dans la santé

Chirurgie salle d'opérations (Crédits CG94 photos, licence Creative Commons)

L’État demeure trop présent dans le milieu de la santé. Ce secteur est sous le contrôle de hauts fonctionnaires suivant une logique bureaucratique.

Par Bernard Kron.

Certains médecins, en vous tâtant le pouls, ont une façon de vous prendre par la main qui semble tout de suite vous guider vers un monde meilleur. Paul Masson.

Les révolutions chirurgicales s’accélèrent depuis les greffes d’organes, les sutures automatiques à la fin des années 1960 et la chirurgie télévisée sans bistouri à la fin des années 1980. L’IA et le robot chirurgical annoncent peut-être des temps nouveaux. Pourtant le robot n’est en fait que le prolongement de la main du chirurgien. Il permet d’augmenter la précision dans des situations complexes et pourrait un jour remplacer le chirurgien à condition que l’IA permette de programmer le déroulé de l’intervention.

Ce ne serait pas un rêve, mais un cauchemar, comme je l’ai déclaré lors du dernier débat de l’Académie de chirurgie sur la robotisation de certaines interventions.

Le robot est un plus pour un certain nombre d’interventions complexes, car il permet d’opérer de son fauteuil. Pourtant rien ne peut encore remplacer la dextérité de la main.

L’IA restera longtemps une aide au diagnostic du médecin. Ni l’un ni l’autre ne pourront remplacer l’esprit humain et la qualité de sa formation tout au long de ses activités.

Le rôle de l’État et des tutelles dans la crise

Je me suis depuis longtemps posé la question en observant la détérioration de notre médecine humaniste au profit de la traçabilité des référentiels et du normatif : « Y a-t-il réellement un pilote dans l’avion ? »

En écrivant Blouses Blanches colère noire j’ai établi mon diagnostic compte tenu des décisions allant toutes dans le même sens : toujours plus d’administration, moins de temps pour les soins et moins de soignants.

Je pense donc que la direction est toute tracée.

Il s’agit de mettre toute la santé sous le contrôle de l’État, c’est à terme une étatisation de la médecine salariée et conventionnée. Il y aura toujours une médecine libre, mais elle serait alors réservée aux plus fortunés. Les listes d’attentes vont donc s’allonger et certains patients ne trouvent déjà plus actuellement de médecins référents.

Depuis les ordonnances Juppé de 1996, l’État a en effet pris le contrôle avec quatre lois santé qui paralysent les soins.

Après avoir augmenté de façon insupportable les cotisations et créé de nouveaux impôts il ne restait plus qu’à réduire le nombre de médecins au prétexte de diminuer les dépenses. Le scénario catastrophe est en place. Le moindre grain de sable va bloquer le système, et a fortiori une pandémie, qui va paralyser le pays et la santé.

L’État profond

Au nom du principe de précaution, les masques et les tests auraient dû être distribués à tous les soignants et les aéroports fermés. Tester les arrivées et isoler les passagers auraient permis de mieux contrôler l’épidémie, mais rien n’a été fait… À qui la faute ? L’incurie administrative et la multiplication des intervenants de la haute fonction publique ont paralysé tout le système de commandement.

Les hauts fonctionnaires sont issus de l’ENA, de l’École polytechnique, de l’École nationale de la magistrature, de l’École des hautes études en santé publique ou de l’Institut national des hautes études territoriales. Ces hauts fonctionnaires restent en place malgré les alternances politiques. Ils sont inamovibles ou promus à de plus hautes sphères s’ils dérangent. Ils constituent l’État profond. Ils ont souvent davantage de pouvoir que les membres des cabinets ministériels, car ils sont Les inamovibles de la République. Même s’ils le voulaient les ministres auraient du mal à contrecarrer leur vision.

En ces temps de pandémie, c’est une des raisons de la faillite de l’État qui a été incapable de prendre les bonnes décisions. Dans l’intérêt de leurs carrières beaucoup de médecins hospitaliers sont obligés de courber l’échine et d’accepter cette politique. Ce mal a contaminé toute la chaîne des sociétés savantes et des doyens comme en témoigne la fausse réforme des études de médecine avec le maintien du numerus clausus à la fin du deuxième cycle dans les spécialités mises au choix de l’Internat.

Les ministères s’appuient sur les agences sanitaires. Leur inefficacité a été totale avec le Covid-19 car il y a trop de rigidités et de contraintes !

Les agences et les instituts pour la santé

Les 1440 agences de l’État emploient près de 450 000 personnes et coûtent chaque année plus de 50 milliards d’euros. On ne sait pas combien coûtent celles de la santé ni combien de salariés elles occupent.

Ces agences sont un empilement bureaucratique d’acronymes barbares qui se multiplient comme les virus. Elles vont à l’inverse du but qui devrait être recherché, la sécurité. Elles n’ont pas de stratégie, analysent et publient de rapports sans que des décisions soient prises. Où est l’État stratège qui pilote à vue sans tactique et sans vision avec cette gouvernance ?

Les épidémies, l’affaire de l’amiante, du sang contaminé, de la dépakine, du médiator et de l’hormone de croissance ont remis en cause le centralisme étatique et les défaillances des dispositifs de santé publique. Ces scandales avaient donné lieu à de retentissantes décisions de justice condamnant les gestionnaires de la transfusion sanguine et l’État.

« Responsables, mais pas coupables ». Qu’en sera-t-il pour la Covid avec toutes les  erreurs commises et les procédures en cours au pénal ?

Quel candidat aura le courage et la clairvoyance pour s’attaquer à la nuisance administrative qui détruit la santé et ampute le pouvoir d’achat des Français ?

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