Bordeaux : derrière l’écologie, l’économie socialiste

Photo by Juan Di Nella on Unsplash https://unsplash.com/photos/ulhxvMjzI_4

La mairie de Bordeaux risque de transformer les entreprises en des chercheuses de subventions, vivant aux crochets du contribuable.

Par Yves Ronsse.

Au lendemain de l’élection, en 2020, de maires issus de l’écologisme dans quelques grandes villes en France, j’avais écrit que ceux-ci avaient rapidement tombé le masque avec quelques sorties dont tout le monde se souvient, qui « contre le Tour de France » (Lyon), qui « contre les sapins de Noël » (Bordeaux), qui « contre les aéroclubs » (Poitiers)…

Ces sorties, dont ils ont essayé par la suite de minimiser la portée, avaient quand même entraîné une baisse de popularité de l’écologisme, les gens commençant enfin à comprendre que la défense de l’environnement n’est pas vraiment la préoccupation première de ce parti.

Malheureusement, une fois incrustés dans les structures administratives du pays, plus rien ne peut empêcher ces maires, en attendant la prochaine élection, de mettre en œuvre leur véritable agenda, souvent en catimini et en invoquant l’excuse climatique, aboutissant à détruire lentement mais sûrement l’économie française.

Pour ce faire, il faut simplement obliger les entreprises à remplacer les techniques efficaces et éprouvées par des techniques chères et superflues (en matière d’énergie notamment), et obliger les citoyens à changer de vie. Tous les moyens sont bons, depuis la carotte (subventions) jusqu’au bâton (réglementations).

Un très bel exemple apparait à travers l’interview récemment paru dans La Tribune  du maire de Bordeaux Pierre Hurmic, celui qui n’aimait pas les sapins de Noël.

Étant peu au fait de la politique locale à Bordeaux, je n’entrerai pas dans les détails  et je ne retiendrai que les grandes lignes et affirmations du maire qui sont essentielles pour comprendre l’avancée progressive vers le résultat recherché : transformer petit à petit une ville moderne et prospère en une vitrine de la décroissance écologiste vertueuse.

Ce que révèle l’interview du maire de Bordeaux

L’interview affiche dès le départ les intentions : « Le bilan carbone est désormais décisif pour les entreprises souhaitant venir à Bordeaux ».

Interrogé sur la notion « d’attractivité économique » qu’il avait voulu bannir de son vocabulaire pendant sa campagne, le maire admet qu’il s’y est converti, mais, dit-il, « … je veux revisiter ce terme et les critères utilisés pour le définir… ». Pour cela une méthode radicale :

« … Invest in Bordeaux, l’agence d’attractivité économique du territoire, doit subir une réorientation profonde. Nous avons donc choisi un nouveau président… l’agence sera plus sélective pour tenir compte des enjeux environnementaux. Nous voulons attirer des entreprises bas carbone… »

Une entreprise du secteur pétrolier ou du type d’Amazon n’est pas la bienvenue à Bordeaux.

« … Je ne veux pas qu’on attire des entreprises polluantes… Ce n’est pas à nous d’encourager ce type d’activités même si on ne pourra bien évidemment pas les interdire. »

[Encore heureux, pour le moment la loi ne le permet pas ; rappelons également que le CO2 n’est pas un polluant, nous le respirons tous sans aucun danger pour la santé. NDLR]

Le maire continue :

« … L’économie sociale et solidaire (ESS) est aussi un secteur que nous promouvons activement… le bilan carbone sera désormais un critère décisif pour les entreprises qui souhaitent s’installer à Bordeaux et nous allons également l’intégrer dans nos marchés publics… »

Interrogé sur le coût exorbitant du logement à Bordeaux et sur le risque de voir les plans de la mairie surenchérir encore des prix déjà inabordables pour les classes populaires et moyennes, le maire répond :

« … Aujourd’hui, on cherche à construire mieux… on va rattraper le retard hérité de la précédente majorité sur le logement social… contrairement à nos prédécesseurs, on essaye des choses, y compris des mesures un peu coercitives. C’est la logique de l’expérimentation de l’encadrement des loyers que nous mettrons en place en 2022… »

Recettes socialistes repeintes en vert

Il n’y a au fond rien de bien nouveau, si ce n’est des recettes socialistes qui n’ont jamais fonctionné, comme l’encadrement des loyers, repeintes en vert et habillées du jargon écologiste.

On va donc dissuader des entreprises qui prennent au sérieux leurs responsabilités de base, c’est-à-dire remplir le plus efficacement possible leur fonction première en optimisant leurs processus pour fournir la meilleure qualité au meilleur prix, pour faire mieux que la concurrence, notamment internationale. Et on va les remplacer par des chercheuses de primes et subventions, et des organisations baptisées « sociales et solidaires », mais vivant aux crochets du contribuable.

Comment les électeurs bordelais ne voient-ils pas qu’ils ont fait fausse route ? Espérons qu’ils puissent se ressaisir à la prochaine élection. Mais l’écologisme n’a-t-il pas réussi à envahir tout le paysage médiatique ?

Comme le dit le professeur Furfari dans cette interview sur RSE Magazine :

« … Il règne une certaine confusion dans l’esprit des gens en ce qui concerne les notions de pollution, d’environnement, d’écologie et d’écologisme. La pollution est avant tout une nuisance pour notre santé qu’il faut combattre avec détermination… C’est en jouant sur la confusion des termes pollution et écologisme que les écologistes ont entrainé à leur suite la majorité de la population, par ailleurs inconsciente de la direction où elle est progressivement poussée. … »

Dans son livre Écologisme, Assaut contre la société occidentale, le professeur Furfari défend l’idée qu’au-delà même d’une idéologie, l’écologisme est devenu une véritable religion.

Et effectivement, elle a ses dieux (la déesse Terre Gaia, ou Pachamama en Amérique du Sud), son clergé (les activistes écolos), ses dogmes (« le CO2 émis par les humains est responsable de toutes les catastrophes passées et à venir »), ses démons (le patriarcat blanc occidental), ses censures (mise à l’index de tout qui ose se montrer sceptique), ses saints et ses damnés (l’écolo Sandrine Rousseau disant qu’elle préfère les femmes jeteuses de sorts aux ingénieurs construisant des EPR).

Il faut noter que, contrairement à ce que beaucoup pensent, cette religion et ce  clergé font bon ménage avec les puissants (l’alliance du sabre et du goupillon). Peut-être le but ultime est-il la destruction du capitalisme (un objectif impossible à atteindre), mais en attendant, il existe une alliance avec cette forme particulière de capitalisme qui règne en France, le capitalisme de connivence.

Comment le reconnaitre ? Il y a un critère très simple : à partir du moment où une entreprise quelle qu’elle soit à plus à gagner par le lobbying pour se mettre bien avec les autorités politiques qu’à remplir le plus efficacement possible sa fonction première, il s’agit de capitalisme de connivence. Ce capitalisme ne mérite pas ce nom, il s’appuie en fait sur la captation des taxes des citoyens.

À partir de ses travaux sur la recherche de rente, l’économiste Gordon Tullock a remarqué un important paradoxe. Il le décrit comme étant le coût relativement bas des activités de lobbying comparativement aux gains astronomiques qu’elles entraînent.

Et c’est ce qui explique le mieux la désindustrialisation de l’économie française : celle-ci n’enregistre aujourd’hui de succès que là où subsiste encore une économie de marché soumise à la concurrence, en général internationale.

Les entreprises chercheuses de rentes et de subventions ont la vie belle grâce à l’écologisme. Voir notamment Éoliennes : du rêve aux réalités, le film.
Nul doute qu’elles se précipiteront à Bordeaux tant qu’il y aura de l’argent public à distribuer.

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.