Retraites : Macron veut une réformette, pas une réforme

Emmanuel Macron, président de la République by Mutualité Française on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0) — Mutualité Française, CC-BY

Plutôt que d’engager une réflexion de fond sur le système de retraites par répartition, Emmanuel Macron n’avance que quelques ajustements à la marge d’un système dont la philosophie générale ne change pas.

Par Frédéric Mas.

Selon le journal Les Échos, Emmanuel Macron souhaiterait supprimer les régimes spéciaux de retraite et instaurer une pension minimum à 1000 euros avant la fin de son mandat.

À quelques mois de l’élection présidentielle, le président de la République et candidat à sa propre succession nous fait un best of de son mandat : Macron tour à tour social, sécuritaire et écolo à Marseille, a remis son costume de réformateur ce lundi pour parler des retraites. Pour beaucoup, c’est sur cette réforme mal engagée, qui suscite à la fois l’hostilité du conservatisme syndical et ne convainc pas les libéraux qui dénoncent sa timidité, que le président joue sa crédibilité de « progressiste ».

Des ajustements à la marge

Plutôt que d’engager une réflexion de fond sur le système de retraites par répartition, Emmanuel Macron n’avance que quelques ajustements à la marge d’un système dont la philosophie générale ne change pas. Le calendrier pressant le futur candidat, il n’est plus question de remettre l’ensemble du système de retraites sur le tapis, mais de promettre à la fois le changement et la sécurité, l’ersatz de réforme et la paix syndicale.

C’est pourtant le système de retraites par répartition qui plombe -du moins en partie- le coût du travail en France et entraîne le pays vers le déclassement. Comme le note un rapport récent de l’Institut économique Molinari :

Les dépenses de retraites représentent 15 % du PIB, contre 5 % en 1959. Les pensions ont progressé bien plus vite que les autres dépenses publiques. Elles expliquent 61 % de la progression des dépenses depuis 1959 et, indirectement, la montée du chômage, multiplié par 6, et l’incapacité de résorber les déficits publics.

Pour les experts de l’Institut Molinari, la solution réside dans la mise en place de capitalisations collectives : « [la capitalisation] permet de s’appuyer sur les performances des marchés financiers, qui bonifient les cotisations issues des prélèvements obligatoires. Avec une même quantité de prélèvements obligatoire identique, la capitalisation génère bien plus que les retraites par répartition. »

Risque de la disparition des régimes spéciaux

À l’appui de leur raisonnement, les auteurs du rapport peuvent citer les bonnes performances des régimes spéciaux du secteur public (ERAFP, banque de France, Sénat) qui fonctionnent discrètement selon ce principe. La réforme des régimes spéciaux portée par Macron pourrait donc être plus conservatrice qu’elle ne semble être : si elle finit par imposer l’alignement de toutes les caisses sur le régime général, elle risque fort de consolider la répartition au détriment de la capitalisation, pénalisant les bons gestionnaires au profit des mauvais.

Comme le rappelait Jacques Garello dans les colonnes de Contrepoints, choisir la capitalisation est aussi un choix de société, celui que Gary Becker décrivait ainsi :

C’est un retour au travail, plus de gens seront actifs et le seront plus longtemps. C’est un retour à l’épargne alors que la répartition dilapide l’argent gagné et la richesse nationale. C’est un retour à la responsabilité personnelle ; la répartition contient tous les germes de la collectivisation et aboutit à faire disparaître toute idée de progrès personnel.

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