Rentrée très politique de Macron à Marseille

À 8 mois de la présidentielle, Emmanuel Macron endosse à la fois le rôle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Rentrée très politique de Macron à Marseille

Publié le 2 septembre 2021
- A +

Par Frédéric Mas.

La visite d’Emmanuel Macron à Marseille serait-elle une démonstration de force pour tenter de reconquérir un électorat populaire perdu depuis longtemps ?

L’agenda du président de la République, en déplacement à Marseille pour trois jours, donne une idée de ses priorités politiques. Emmanuel Macron a d’abord rencontré les élus à l’Hôtel de Ville, où il a été accueilli par le maire Benoît Payan.

Il a ensuite visité un « quartier populaire », la Cité Brassens, où une fusillade avait éclaté quelques jours plus tôt puis il s’est adressé aux policiers du commissariat du 14e arrondissement de la Cité phocéenne.

Marseille contre la macronie

Marseille, c’est l’anti-thèse de la macronie. Située au cœur d’une région qui se défie culturellement et politiquement du centralisme parisien, elle est aussi le bastion du professeur Raoult, qui, au cours de la crise sanitaire, a joué de l’inimitié entre Paris et Marseille pour critiquer les politiques sanitaires du gouvernement.

Géographie et défiance vaccinale se rejoignent ici, comme l’a montré une étude de la fondation Jean Jaurès. Les auteurs de l’étude rappellent :

En avril 2020, 74 % des habitants de PACA pensaient que le traitement à base de chloroquine était efficace contre la Covid-19, un score nettement supérieur à la moyenne nationale 59 %.

Marseille est aussi le symbole politique de la faillite du gouvernement à endiguer une violence quotidienne qui a explosé en 2020. Face à une délinquance locale liée au trafic de drogue, le gouvernement a choisi la réponse répressive par la voix de son ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Emmanuel Macron a encore enfoncé le clou à Marseille, déclarant les consommateurs de drogue complices des trafiquants.

En résumé, il a pris le risque de commencer sa campagne en terrain culturellement hostile.

La Cité Brassens a été nettoyée de fond en comble pour l’accueillir. Afin d’assurer le spectacle, les équipes de nettoyage se sont affairées avant l’arrivée présidentielle, suscitant les critiques sur les réseaux sociaux.

Devant les policiers, le ton d’Emmanuel Macron s’est fait plus sécuritaire. Il a assuré l’arrivée de 200 policiers de plus dans la ville l’année prochaine, le renouvellement de 220 véhicules et surtout l’apport de 150 millions d’euros supplémentaires :

Il n’y a aucun endroit à Marseille et dans les quartiers Nord où la police ne rentre pas. On va continuer à vous donner les moyens d’agir, de pilonner et de vous donner les moyens de lutter contre le trafic de drogue. On ne lâchera rien.

L’enjeu politique

À huit mois de la présidentielle, Emmanuel Macron endosse à la fois le rôle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Il se déplace en personne dans un quartier réputé délaissé par la République, promet la justice et des moyens pour la répression du trafic de drogues.

Certains remarqueront que cette attention particulière pour la dégradation du régalien, constaté tout le long du mandat d’Emmanuel Macron, arrive bien tard.

D’autres, comme en témoigne le scepticisme des élus locaux, que la promesse de moyens et de renforcement d’effectifs ne changera pas la situation, parce qu’elle se trompe de cible en matière de drogue.

Plutôt que d’envisager la légalisation qui aurait pour effet de dégonfler les cartels mafieux et de désengorger prisons et tribunaux, le président de la République a préféré adopter la voie de la répression.

Le ministre de l’Intérieur avait d’ailleurs affirmé quelques semaines plus tôt, contre toute évidence, que certains pays qui avaient expérimenté la légalisation en étaient revenus. À quelques mois de la présidentielle, c’est donc son électorat de droite qu’Emmanuel a choisi de choyer à Marseille.

Voir les commentaires (11)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (11)
  • On va, comme d’habitude, déverser de l’argent public qui comme chacun le sait, coule à flot quoi qu’il en coûte. Le fameux ruissellement devrait, comme à chaque fois, atteindre les poches des parasites et autres profiteurs du système des subventions étatiques, les effets d’annonce « régaliens » n’étant que de purs paravents…

    • Pour une annonce d’augmentation de budget du régalien (même si le but n’a aucun sens comme la lutte contre la drogue via la répression), ce sont des tombereaux d’argent public des autres qui vont dans le social. Le quoi qu’il en coûte nous coûtera très cher (pour ceux qui resteront en tout cas)

      • L’augmentation du budget du régalien, c’est de la blague : 8 procureurs pour toute la PACA, budget de la justice = 0,4% du budget de l’état. Les nominations de « renforts » annoncées compenseront juste les départs. Il manque 40 000 place de prison. Pour Marseille rouvrir le camp des Lilles est une solution provisoire. Tant que l’état persistera à traiter la délinquance par du social au lieu de faire de la répression dure (prison effective, travaux forcé, placement des mineurs en centre fermé) rien ne changera. Faire construire des prisons par les délinquants auraient des vertus pédagogiques et allègeraient les impôts.

    • comme le soulignait si justement Margaret THATCHER: « Il n’y a pas d’argent public, mais l’argent du contribuable »…

  • Vous avez du courage mr mas de pondre un article sur le voyage électoral de notre roi qui n’est pas Louis xvi, ni Henri iv, y a pas un roi dans notre histoire haïssant son peuple ? Peut être tous après tout.

  • « le président de la République a préféré adopter la voie de la répression. » Non, ça fait plus de 40 ans qu’on ne réprime plus les délinquants en France. La répression est réservée à d’autres catégories de population (gilets jaunes, anti-pma, et maintenant consommateurs de drogue, beaucoup moins dangereux à affronter que les dealers).

  • En fait, on a une fois de plus l’illustration de la seule compétence de Macron: dire à son interlocuteur du moment ce qu’il a envie d’entendre. Pour le reste, c’est à pleurer…

  • Vous pensez que l’électorat de droite est assez candide pour avaler les couleuvres de M. Macron à Marseille? De plus, il ne commence pas sa campagne, il la continue depuis son élection précédente !

  • Sérieusement, on n’est pas dans la répression. Tout au plusn dans les déclarations devant les caméras et les effets de manche.
    Une vrai répression de ces délits, consiterait à avoir, prévues dans la loi, des peines de prison réellement dissuasives. Par exemple, vu les gains potentiels du trafic de stupéfiant, il ne serait pas aberrants d’adapter les peines en prononçant des peines de 20 ou 30 ans réels.
    Une peine de 4-5 ans ne gêne pas un trafiquant actuellement. Il a même prévu ce passage en prison dans sa « carrière », le tout pour lui est pour lui d’avoir mis à temps, assez de gains, à l’abri, à l’étranger de préférence.
    La perspective, presque certaine, de passer une bonne partie de sa jeunesse derrière les barreaux, et dans des conditions bien plus strictes qu’actuellement, n’aura pas le même effet. Ces délinquants, sont des agents économiques très rationnels et ont fait le rapport entre les gains et le « coût » en contrepartie qui se mesure en années de prison.
    Pour en décourager le maximum, il est indispensable de changer ce rapport. Mais tant que ça ne changera pas, cette situation perduera.
    Contrepoints avait déjà publié un excellent article qui analysait le caractère très rationnel comme agent économique, des déliquants. reste seulement à l’appliquer concernant le trafic de stupéfiant.

  • Le pognon de dingue du plan Marseille finira dans la poche des politiques et des dealers qui sont très proches à Marseille, les seconds finançant les élections des premiers en échange de leur « compréhension »?

  • Les Calanques en Hélico avec le Bullot, c’est trés politique !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

L’investiture des candidats macronistes est conditionnée au rattachement en préfecture à la case politique « Ensemble ». Les futurs députés s’engagent également à siéger dans l’un des groupes de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale : MoDem (François Bayrou), Horizons (Édouard Philippe) ou Renaissance (ex-LREM).

La manœuvre vise à éviter la création de nouveaux groupes comme lors de la précédente mandature avec le lancement d’Écologie dém... Poursuivre la lecture

Les éditorialistes commencent à s’impatienter : Emmanuel Macron n’a toujours pas nommé son Premier ministre. Jean Castex est déjà dans les cartons, plusieurs personnalités ont déjà été approchées. Les rumeurs se font et se défont au gré de l’actualité, des fuites élyséennes et des fantasmes médiatico-journalistiques. Seulement en régime hyperprésidentiel, le nom du Premier ministre a-t-il vraiment de l’importance ? Si tout est piloté de l’Élysée, qu’il soit homme, femme, ex-socialiste ou ex-LR, l’importance n’est que d’ordre communicationnel.... Poursuivre la lecture

Décidément, Emmanuel Macron nous aura administré jusqu’au bout la preuve de son ultra-libéralisme le plus décomplexé ! De quoi frémir pour la suite. Figurez-vous que jeudi 12 mai dernier, soit exactement la veille de la fin officielle de son premier mandat, lui et son ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer ont obligé les candidats bacheliers de la spécialité Sciences économiques et sociales à plancher sur une épreuve ouvertement acquise aux thèses libérales ! Quelle ignoble propagande !

Scandaleux, pathétique, révoltant... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles