Rentrée très politique de Macron à Marseille

À 8 mois de la présidentielle, Emmanuel Macron endosse à la fois le rôle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.

Par Frédéric Mas.

La visite d’Emmanuel Macron à Marseille serait-elle une démonstration de force pour tenter de reconquérir un électorat populaire perdu depuis longtemps ?

L’agenda du président de la République, en déplacement à Marseille pour trois jours, donne une idée de ses priorités politiques. Emmanuel Macron a d’abord rencontré les élus à l’Hôtel de Ville, où il a été accueilli par le maire Benoît Payan.

Il a ensuite visité un « quartier populaire », la Cité Brassens, où une fusillade avait éclaté quelques jours plus tôt puis il s’est adressé aux policiers du commissariat du 14e arrondissement de la Cité phocéenne.

Marseille contre la macronie

Marseille, c’est l’anti-thèse de la macronie. Située au cœur d’une région qui se défie culturellement et politiquement du centralisme parisien, elle est aussi le bastion du professeur Raoult, qui, au cours de la crise sanitaire, a joué de l’inimitié entre Paris et Marseille pour critiquer les politiques sanitaires du gouvernement.

Géographie et défiance vaccinale se rejoignent ici, comme l’a montré une étude de la fondation Jean Jaurès. Les auteurs de l’étude rappellent :

En avril 2020, 74 % des habitants de PACA pensaient que le traitement à base de chloroquine était efficace contre la Covid-19, un score nettement supérieur à la moyenne nationale 59 %.

Marseille est aussi le symbole politique de la faillite du gouvernement à endiguer une violence quotidienne qui a explosé en 2020. Face à une délinquance locale liée au trafic de drogue, le gouvernement a choisi la réponse répressive par la voix de son ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Emmanuel Macron a encore enfoncé le clou à Marseille, déclarant les consommateurs de drogue complices des trafiquants.

En résumé, il a pris le risque de commencer sa campagne en terrain culturellement hostile.

La Cité Brassens a été nettoyée de fond en comble pour l’accueillir. Afin d’assurer le spectacle, les équipes de nettoyage se sont affairées avant l’arrivée présidentielle, suscitant les critiques sur les réseaux sociaux.

Devant les policiers, le ton d’Emmanuel Macron s’est fait plus sécuritaire. Il a assuré l’arrivée de 200 policiers de plus dans la ville l’année prochaine, le renouvellement de 220 véhicules et surtout l’apport de 150 millions d’euros supplémentaires :

Il n’y a aucun endroit à Marseille et dans les quartiers Nord où la police ne rentre pas. On va continuer à vous donner les moyens d’agir, de pilonner et de vous donner les moyens de lutter contre le trafic de drogue. On ne lâchera rien.

L’enjeu politique

À huit mois de la présidentielle, Emmanuel Macron endosse à la fois le rôle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Il se déplace en personne dans un quartier réputé délaissé par la République, promet la justice et des moyens pour la répression du trafic de drogues.

Certains remarqueront que cette attention particulière pour la dégradation du régalien, constaté tout le long du mandat d’Emmanuel Macron, arrive bien tard.

D’autres, comme en témoigne le scepticisme des élus locaux, que la promesse de moyens et de renforcement d’effectifs ne changera pas la situation, parce qu’elle se trompe de cible en matière de drogue.

Plutôt que d’envisager la légalisation qui aurait pour effet de dégonfler les cartels mafieux et de désengorger prisons et tribunaux, le président de la République a préféré adopter la voie de la répression.

Le ministre de l’Intérieur avait d’ailleurs affirmé quelques semaines plus tôt, contre toute évidence, que certains pays qui avaient expérimenté la légalisation en étaient revenus. À quelques mois de la présidentielle, c’est donc son électorat de droite qu’Emmanuel a choisi de choyer à Marseille.

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