Quoi qu’il en coûte, mais après ? Comment sortir de la crise covid

Emmanuel Macron BY EU2017EE (CC BY 2.0) — EU2017EE, CC-BY

Toutes les sirènes keynésiennes chantent à l’unisson. Nous aussi, faisons fi de toutes les règles, utilisons l’argent gratuit, atomisons déficits et dettes, et augmentons les impôts.

Par Philippe Alezard.

Le 20 mai 2021, le Premier ministre français est tout en joie en prenant le micro du chef de train et en annonçant l’innovation de ce XXIe siècle : la reprise du train de nuit Paris-Nice.

Des wagons connectés en 5G, propulsés dans un champ électromagnétique créé par les moteurs à induction de la nouvelle ligne hyperloop ? Que nenni, on remet en service le bon vieux corail arrêté il y a trois ans faute de rentabilité. Ce n’est pas grave, l’État va subventionner chaque billet à hauteur de cent euros.

Pendant ce temps, une partie de l’opposition est en pleine Bidenmania. « Sleepy Joe », dont on aurait pu penser qu’il venait pour gérer les affaires courantes, se révèle être parfaitement réveillé et pour le moins dynamique. 6000 milliards de dollars de dépense publique en 100 jours.

Cette somme vient s’ajouter aux 3000 milliards déjà injectés par la précédente administration Trump. Toutes les sirènes keynésiennes chantent à l’unisson.

Nous aussi, faisons fi de toutes les règles, utilisons l’argent gratuit, atomisons déficits et dettes, et augmentons les impôts.

Mélancoliques du marxisme

Les mélancoliques du marxisme et du léninisme, ceux-là même qui soutiennent ceux qui appellent à marcher sur l’Élysée, crient aux factieux chaque jour dès lors que des manifestants osent défiler sans le drapeau rouge.

Les nouveaux maires écologiques voient dans la 5G un réseau permettant de regarder des films pornographiques dans les ascenseurs, considèrent les voiliers polluants et scandent que les rêves d’Icare et de Saint-Exupéry ne doivent plus bercer les âmes endormies des enfants. Les nostalgiques du Général errent sur les débris de leur ancien parti, tiraillés entre un centre qui n’existe plus et un extrême de plus en plus puissant.

De son côté, le commissaire au plan  — eh oui, car nous sommes revenus au temps de la planification — voit des problèmes où il n’y en a pas, avec son cantonnement de la dette Covid, oubliant au passage de considérer les vrais enjeux.

Comment, a minima, stabiliser l’endettement ? Quels objectifs à long terme en matière de finances publiques ? Quid en cas de hausse non contrôlée de l’inflation et des taux d’intérêt ?

Bref, à un an des élections présidentielles, la classe politique française est à l’évidence obnubilée par la sortie de crise, les projections stratégiques et fondamentales de l’économie française du XXIe siècle. On sent bien que sa préoccupation prioritaire est l’avenir de nos enfants, l’innovation, la croissance.

Quoi qu’il en coûte, la compétitivité n’est pas au rendrez-vous

Depuis deux décennies, la compétitivité de la France ne cesse de se détériorer dans toutes ses composantes. Avec 2250 milliards d’euros de PIB, le pays se classe deuxième derrière l’Allemagne. Mais en richesse créée par habitant, c’est une autre histoire. La France est très loin derrière le Luxembourg, l’Irlande, la Belgique, les Pays-Bas, l’Autriche, l’Allemagne. Avec son dixième rang en PIB/habitant, elle se classe juste sur la moyenne de la zone euro.

En valeurs et volumes, la part des exportations de biens et services français au sein de la zone euro est passée de 17,9 % en 2000 à 13,6 % en 2020. Selon Rexecode, la part de l’industrie manufacturière, qui représente les trois quarts des exportations, est passée de 17,9 % à 14,3 % de 2000 à 2020.

Les graphes ci-dessous, rapportés à une base 100 en 2000, permettent de mettre en exergue les pertes de part de marché de la France, décrites ci-dessus, face à l’Allemagne, mais également face à l’Italie et l’Espagne.

Rexecode , La compétitivité française en 2020 (mars 2021) www.rexecode.fr/ Indicateurs-et-Graphiques/Competitivite-l-observatoire/Bilan-de-la-competitivite-francaise — Rexecode,

Le mal endémique de la non compétitivité française a été diagnostiqué depuis longtemps. Le modèle social français repose principalement sur les salaires (cotisations salariales), impactant fortement le coût de l’unité produite dans des secteurs de plus en plus exposés à la concurrence internationale.

La fiscalité et en premier lieu les impôts de production viennent grever les capacités d’investissement, obérant l’innovation et la montée en gamme.

Quoi qu’il en coûte, la réussite scolaire n’est pas non plus au rendez-vous

Autre point de notre manque de compétitivité, la lente et progressive agonie de notre système scolaire. La France recule systématiquement dans les classements PISA. Les enquêtes TIMSS, qui évaluent les performances des élèves de CM1, quatrième et Terminale en mathématique et sciences sont édifiantes.

Elles décrivent une chute importante du niveau de mathématique en terminale S et de très graves difficultés en primaire où la France est bonne dernière du classement des 48 pays participants.

Si l’on ajoute à cela que notre système éducatif ne réduit en rien les inégalités et laisse à l’abandon chaque année environ 150 000 NEET (not in education, employement or training), sans emploi, ne suivant ni étude ni formation, cela fait beaucoup de handicaps pour se projeter dans la vie économique, sociale et culturelle de demain, qui sera numérique. La tranche 15-24 ans représente 23,6 % des chômeurs en France.

Comment créer l’innovation, la technologie, le progrès, la croissance du XXIe siècle, comment évoluer dans un environnement numérique toujours plus complexe sans les bases scientifiques ?

Le révélateur de la crise du covid

Certes, la crise du covid a été un accélérateur d’innovation, mais a de plus mis en évidence les défaillances de l’État sur ses fonctions de base et sur sa suradministration omnipotente.

La priorité n’est pas de dépenser encore plus. En matière d’infrastructures publiques, écoles, hôpitaux, chemin de fer, routes, on peut convenir qu’un certain nombre de points pourraient être améliorés mais la situation en France est sans commune mesure avec celle des États-Unis.

Il faut repenser et redéfinir l’action publique. Travailler sur la performance et l’efficacité de ce secteur ne doit pas être un tabou mais une obligation si l’on ne veut pas dans un avenir très proche décrocher par rapport à nos voisins et néanmoins compétiteurs au quotidien.

L’investissement public devra être fléché, après audit des missions de la fonction publique, vers les compétences au sens large, la formation, l’apprentissage, l’éducation, la recherche afin de faire rebondir notre croissance potentielle, les gains de productivité étant le premier déterminant du niveau de vie d’une population.

Côté entreprise, l’investissement de toute la masse d’épargne disponible devra se tourner vers les entreprises d’avenir. Il faut cesser ce biais à l’aide des entreprises zombies.

D’autres actions immédiates, au moins à titre temporaire, peuvent être adoptées pour dynamiser la reprise. L’allègement dans les rigidités du travail, les autorisations de travail le dimanche, l’assouplissement des horaires d’ouvertures des commerces, sont des mesures propres à la croissance, sans le moindre coût pour la collectivité.

Sortir du quoi qu’il en coûte

À n’en pas douter, le chemin de la sortie du « quoi qu’il en coûte » sera parsemé d’un certain nombre d’écueils. Les incertitudes sur la gestion de l’interruption des différents soutiens aux ménages, aux entreprises, les recettes fiscales, les risques sur les nombreux prêts garantis par l’État, l’évolution de la pandémie, sont autant de facteurs qui risquent de peser sur les dépenses.

Selon le FMI, la France va devoir emprunter sur les marchés financiers environ 25 % de son PIB.

Avant la crise sanitaire, la France était le premier émetteur de dette en Europe. En 2020 le total des émissions a atteint le montant de 344 milliards d’euros, dont 136 milliards pour faire rouler sa dette.

La finance était peut-être l’ennemie d’un candidat à la présidentielle devenu président, mais depuis de nombreuses années elle est plutôt un ami permettant à l’État français de financer tous ses excès.

La dynamique de l’endettement en France va devenir problématique à plus d’un titre. Pour stabiliser la dette, il faut stabiliser les déficits publics. Augmenter la pression fiscale semble totalement inenvisageable. À l’avenir il faudra que la dépense publique augmente moins vite que le PIB.

« Quoi qu’il en coûte » : le poids de l’endettement

Au troisième trimestre 2020 l’endettement des entreprises non financières atteignait le poids exorbitant de 169 % du PIB, un record du monde. Tous secteurs confondus, public plus privé, la France est le cinquième émetteur de dette au monde, sa part représentant 5 % des émissions mondiales. Cette dette est la deuxième la plus acquise dans le monde, représentant 8 % des engagements des positions extérieures dans le monde, alors que la France représente 3 % du PIB mondial.

Évidemment, cette année 2020 aura impacté les budgets de tous les États. Néanmoins, si l’on neutralise les dépenses exceptionnelles liées à la crise sanitaire, on s’aperçoit que la trajectoire du déficit et par conséquent de la dette, traduit une hausse permanente et structurelle.

La Cour des comptes souligne que cette dynamique dans l’évolution des dépenses est susceptible de se prolonger bien au-delà de 2020. Le FMI tire lui aussi la sonnette d’alarme dans ses projections de dettes à horizon 2025 avec une France à 120 % de dette/PIB versus 60 % pour l’Allemagne.

Or, 2021 et 2022 sont des années électorales importantes en Allemagne et en France. Nous savons que les années électorales françaises sont propices aux promesses dépensières. L’antagonisme entre les pays du sud de l’Europe, dont l’endettement se situe entre 120 et 200 % du PIB, contre les pays du nord dont la moyenne d’endettement se situe en dessous de 60 %, risque d’alimenter de vifs débats au sein du parlement européen sur les règles à fixer pour continuer à utiliser la même monnaie.

N’oublions pas que l’objectif de Joe Biden est de mettre l’économie sous tension afin de faire revenir l’inflation et notamment l’inflation salariale, les politiques monétaires accommodantes des banques centrales ayant échoué. Si la boucle prix/salaires et la vitesse de circulation de la monnaie venaient à s’enclencher, s’ajoutant aux hausses exceptionnelles de toutes les matières premières, alimentaires ou non, l’inflation actuelle, que tout le monde qualifie de temporaire, pourrait bien s’inscrire dans la durée.

Quand et comment définir que le temporaire cesse de l’être et qu’il devient structurel, une fois les capacités de production revenues à la normale ? La chute du dollar sera également un paramètre à surveiller, -14 % sur un an, ainsi que son corollaire, l’impact sur les matières premières liées à l’énergie.

La relance Biden pourrait se transformer en un énorme piège pour l’Europe et la France en particulier en nous faisant payer le prix de l’inflation. Ce choc obligataire serait destructeur pour nos finances publiques, entraînant un risque d’insolvabilité très important pour nos entreprises et une volatilité considérable sur les marchés financiers.

 

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