Éolien off shore : personne n’en veut mais nous l’aurons quand même

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À Dunkerque, outre les riverains, la Ligue de protection des oiseaux et six partis politiques demandent un référendum : les malheureux ! L’écologisme idéologue se rit des référendums !

Par Michel Negynas.

Lorsqu’on fait remarquer aux aficionados de l’éolien qu’il faut 4 GW d’éolien pour remplacer un GW de nucléaire ou de gaz, et qu’en plus, on ne sait pas quand on les aura, la réponse est souvent : mais avec les éoliennes off shore, tout change…

Or on a déjà l’exemple de l’Allemagne. Elle en a installé près de 8 GW, avec des engins de près de 200 mètres de hauteur.

Au hasard, prenons la courbe des capacités éoliennes en Allemagne de la dernière semaine : l’offshore est en bleu… on voit bien qu’il varie exactement comme le on shore. Certes, le bilan global est un peu meilleur, soit environ 40 % au lieu de 25 %, mais il est tout aussi intermittent que le on shore. Il ne résout donc en rien le problème principal des énergies aléatoires : il leur faut en parallèle un réseau équivalent de centrales pilotables à la demande.

En outre, les coûts d’investissement sont énormes, surtout si on inclut les coûts de raccordement au réseau continental. Il est vrai que RTE en fait cadeau aux investisseurs, aux frais des consommateurs et des contribuables. À Dunkerque, il en coûte 250 millions d’euros pour raccorder 600 MW d’éoliennes.

Enfin, tous les possesseurs de bateau savent que la mer est un milieu d’une agressivité constante : bonjour les frais de maintenance !

Envers et contre tout

Le 22 mai, La Tribune titrait : « Feu vert à un nouveau parc éolien au sud de la Bretagne. »

Le gouvernement a donné son feu vert au projet d’implantation d’un parc éolien flottant au sud de la Bretagne, à l’ouest de Belle-île, selon une décision parue au Journal officiel. La zone retenue est située au sud de l’île de Groix et à l’ouest de Belle-île. Cette décision intervient alors que les projets éoliens dans la baie de Saint-Brieuc et au large de Dunkerque suscitent de fortes tensions.

Personne ne veut de ces engins en mer. Même le gouvernement Belge s’émeut pour le projet de Dunkerque :

Le gouvernement belge, préoccupé entre autres par l’impact visuel pour le tourisme et pour les routes maritimes du port d’Ostende, avait proposé de modifier l’implantation des éoliennes pour en faire un parc franco-belge, bien plus loin des côtes.

Ainsi, les Belges s’inquiètent pour la saison touristique de Knokke-le-Zoute, mais le cas de Belle-Ile ne semble pas ébranler Mme Pompili.

À Dunkerque, outre les riverains, la Ligue de protection des oiseaux et six partis politiques demandent un référendum : les malheureux ! Ils ont oublié l’affaire de l’aéroport de Notre Dame des Landes ! L’écologisme idéologue se rit des référendums !

C’est la même chose à Saint Brieuc, où il y a même des actions violentes de protestation.

Le projet de Belle-Ile

Ce projet fait partie d’un pilote de quatre fermes éoliennes flottantes en eau profonde : Faraman, Gruissan, Leucate, Groix-Belle-Ile. En effet, la France a un potentiel assez limité en on shore posé sur le fond marin : ses plateaux continentaux peu profonds sont assez étroits. L’éolien flottant pourrait résoudre le problème.

On pourrait se réjouir de voir s’éloigner ces engins de la côte. C’est oublier qu’on court aussi après le gigantisme : en Écosse, le projet Hywind comporte des éoliennes de 260 mètres de hauteur, de 80 à 120 mètres de structure immergée, avec des rotors de 154 mètres de diamètre. Même loin en mer, ça ne passera pas inaperçu. Et on ne peut quand même pas aller trop loin : pour ses 30 MW de capacité, Hywind nécessite 10 millions d’euros juste pour les câbles de raccordement !

Ces quatre projets sont destinés à préparer 2050, car selon RTE, il paraît que nous en aurons besoin à cette échéance pour atteindre 50 GW en offshore.

Selon une étude de Bearing Point, on recense aujourd’hui un potentiel de 240 GW en éolien flottant dans le monde. En France, selon l’association professionnelle France Énergie éolienne, on estime le potentiel à 6 GW ! Soit tout de même 1000 éoliennes de 6 MW grandes comme la Tour Eiffel, qui donneront au mieux l’énergie équivalent à moins de deux EPR…

On prend donc le risque de casser dès maintenant le tourisme sur nos plus belles façades maritimes pour, éventuellement, en 2050, produire l’équivalent de deux EPR… On prépare l’éolien pour 2050, dont les équipements durent 25 ans, alors qu’il n’a encore pas été pris de décision pour le nucléaire, dont les centrales durent 60 ans…

Et que représentent 50 GW d’off shore, cités comme objectif en 2050 par RTE ?  Même avec des tours Eiffel de 12 MW, le maximum envisagé, cela fait 4000 engins, 1000 km de côtes sur une file et 50 GW de réserve pilotable à terre pour les périodes d’anticyclones.

Et tout ça pourquoi ?

À l’occasion d’un point presse ce mardi 11 mai, Régis Boigegrain, directeur exécutif des affaires maritimes de RTE, le gestionnaire du réseau de transport électrique : «

L’éolien flottant en France va être nécessaire pour tenir nos objectifs de neutralité carbone.

En refusant le référendum aux Dunkerquois, la ministre avait déclaré :

L’éolien offshore est vital dans une logique de décarbonation, une énergie très compétitive, incontournable pour atteindre l’objectif de 40 % d’énergie renouvelable dans notre mix électrique en 2030.

Mme Pompili, Sciences Po Lille, et Régis Boisgegrain, école des Postes, ignorent que le nucléaire n’émet pas de CO2, et que KW et KWh ce n’est pas la même chose. Cela peut se comprendre de par leur formation.

Mais pourquoi diable sont-ils à ces postes de responsabilité, sur un sujet qui nécessite quand même un minimum de compréhension technique ?

 

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