Les Hauts-de-France ont-ils besoin des éoliennes de Dunkerque ?

Eoliennes en Picardie-cliché Jean Weber by INRA DIST (CC BY 2.0) — Jean Weber by INRA DIST, CC-BY

La presse s’enthousiasme sur le choix d’EDF pour le projet de champ d’éoliennes de Dunkerque. Qu’en est-il vraiment ?

Par Michel Negynas.

La presse s’enthousiasme sur le choix d’EDF pour le projet de champ d’éoliennes de Dunkerque et le prix de vente évoqué du MWh, à moins de 50 euros (on parle de 44 euros…)

Il est pour l’instant assez difficile d’avoir une idée claire de la chose, et EDF n’est pas bavarde, contrairement au ministre de la Transition écologique.

Celui-ci déclare « un projet de près de 600 MW, 45 éoliennes, capables d’alimenter 500 000 foyers en électricité avec 2,3 TWh par an… des éoliennes de 12 MW… »

Ailleurs, on suppose plutôt 75 éoliennes de 8 MW, ce qui serait plus conforme aux 600 MW…

Mais le prix du MWh proposé, moins de 50 euros/MWh, et un taux de charge calculé de l’ordre de 44 % (d’après les chiffres du ministre) ferait pencher pour des éoliennes géantes, (220 mètres en bout de pale) capables d’attraper des vents en altitude. Les meilleurs taux de charge actuels sont de l’ordre de 47 % pour des parcs récents et très bien ventés.

Du point de vue tarif, seule une installation fait presque aussi bien en Europe pour l’instant. Et la seule éolienne de 12 MW jamais construite est un prototype en essai à terre dans le port de Rotterdam. On espère, pour notre portefeuille, qu’EDF a bien jaugé les risques. En tout cas, il semble que les concurrents écartés jugent le projet assez osé.

Quant à alimenter 500 000 foyers, ou même, selon certains, 40 % du Nord avec 600 MW, il faudra se serrer la ceinture surtout les jours sans vent. Cela fait 600W par foyer en moyenne sur l’année. Et à Dunkerque, il y a une des plus grosses usines d’aluminium d’Europe.

On ne connaît pas non plus le montant de l’investissement. Mais RTE a fuité : c’est lui (donc nous) qui paiera l’équipement de raccordement, un énorme machin de plusieurs étages, en mer lui aussi, pour diminuer les coûts. La chose est évaluée à 250 millions d’euros, et représente 15 à 20 % de l’investissement total. Cela nous mène entre 1,2 et 1,6 milliards d’euros pour le total.

On peut aussi s’interroger sur le sérieux des coûts et des prix annoncés dans cette industrie : les prix négociés en 2012 s’élevaient à 200 euros/MWh, et renégociés il y a un an 140 euros/MWh. Même les semi-conducteurs ne vont pas aussi vite avec leur loi de Moore !

En fait, ce prix ne peut être comparé à un prix « normal », puisque la probabilité d’obtenir le « produit » à un moment donné, quand on en a besoin, est très inférieure à un. Si le « coût » est de l’ordre de 50 euros, le « prix » de vente, lui, devrait inclure un rabais pour la prise de risque inhérente au fait que la délivrance du produit est incertaine. Si vous jouez à la loterie, avec votre billet vous achetez des objets sans savoir si vous les aurez, mais le prix du billet est très inférieur au prix des objets.

Nous ignorons, en outre si dans le prix de 50 euros est inclue la nécessité d’acheter des « capacités garanties » aux centrales nucléaires voisines.

Mais de toute façon, on ne va pas ergoter : tout cela est complètement inutile. À Gravelines, 5400 MW sont déjà installés, déjà anciens mais qui peuvent bien durer encore 20 ans ou plus. Cette centrale est la plus grosse d’Europe. Son eau chaude est récupérée pour de nombreux usages locaux. Les réacteurs datent de 1980 à 1985, et EDF a dépensé 1 milliard d’euros pour aller jusqu’à 2040/2045. Les éoliennes pourraient-elles alors remplacer au moins un des réacteurs à cette date ? En 2045, les éoliennes auront 20 ans : d’après l’ADEME, c’est la fin de vie pour elles aussi.  Pas de chance.

Et à Grande Synthe, il y a une centrale à gaz de 600 MW, très écologique, car alimentée en gaz de récupération de la sidérurgie…

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