Plus l’élection présidentielle approche, plus les scandales resurgissent

Nicolas Sarkozy by Jacques Paquier (creative commons) (CC BY 2.0)

Le monde politique est réellement un marécage vaseux qui grouille d’affaires de corruptions et d’abus de pouvoir en tout genre. Comment y remédier ?

Par Olivier Maurice.

La saison de l’élection présidentielle approche à grands pas et avec elle les grandes manœuvres diffamatoires qui pourraient bien devenir une habitude.

Les candidats potentiels semblent d’ailleurs être habitués aux divers scandales et autres révélations scabreuses qui font depuis quelques années régulièrement la Une des journaux.

On se souvient de la mère de toutes les affaires, celle qui avait définitivement ruiné les espoirs de Dominique Strauss-Kahn. On a encore en tête celle qui était survenue en pleine campagne électorale et qui avait propulsé François Fillon sur le banc des accusés ou celle qui avait envoyé Nicolas Sarkozy dans le bureau du juge d’instruction.

Mais on a un peu moins en tête les récentes plaintes pour harcèlement sexuel à l’encontre de François Asselineau, ou le souvenir plus ancien de l’affaire des HLM de la ville de Paris, celle des diamants de Bokassa ou les rocambolesques rumeurs qui avaient accablé la moralité de la famille Pompidou.

Affaires et scandales : que nous réserve la nouvelle saison ?

L’histoire nous dira, probablement rapidement, ce qu’il adviendra de l’affaire des emplois fictifs qui cible le Rassemblement National et il ne nous faudra sans doute pas attendre très longtemps pour voir cet embrouillamini, comme tous les précédents, commenté et médiatisé en long, en large et en travers.

Il n’est nullement question dans ces lignes d’ouvrir un énième procès en moralité ou d’étoffer un quelconque dossier en particulier. On ne peut cependant s’empêcher d’esquisser un sourire devant l’ironie répétée du spectacle que nous offre la vie politique.

Cela fait maintenant plus d’un an que la morale sanitaire règle la vie de Français. Un an que les politiciens de tout bord nous abreuvent de leçons de moraline et nous culpabilisent sur nos mauvais comportements.

Cela fait bien 30 ou 40 ans que la famille Le Pen, père et fille, nous abreuve de leçons de morale sur la dépravation de ceux qui président aux affaires du pays.

Il est temps que la dénonciation des vilains petits canards change de camp, entendez par là qu’elle passe de l’autre côté de l’écran du téléviseur, et que l’on puisse gaillardement mettre au pilori de l’opprobre publique quelques-uns de ces donneurs de leçons professionnels. Ha, que ça fait du bien de se gausser des turpitudes des puissants qui ont l’ambition de nous diriger !

Inutile de tous les honnir en chœur, nous avons même le droit le plus absolu de faire preuve d’une immense mauvaise foi et de choisir la couleur de l’équipe que l’on va supporter et celle de l’équipe que l’on va copieusement insulter.

Accessoirement, cela nous donnera également le sentiment d’avoir finalement élu le moins pire de tous, celui qui semblerait le plus propre. Ou le moins sale. Celui qui aura reçu le moins de tomates pourries et de crachats.

Clivage Nord-Sud

Parce qu’en dehors de toute polémique, un constat semble s’imposer de lui-même : le monde politique est réellement un marécage vaseux qui grouille d’affaires de corruptions et d’abus de pouvoir en tout genre. Un rapide tour d’horizon semble d’ailleurs nous indiquer que cette puanteur ne semble pas réservée au paysage français.

Pour une fois, les chiffres semblent bien corroborer l’opinion générale. Les divers rapports provenant d’ONG, d’organismes privés ou de l’ONU établissent clairement un rapport entre corruption politique, niveau de développement économique et zones culturelles. Pour faire simple, la corruption se situe sur un gradient allant grosso modo des pays du nord de l’Europe à un bout de l’échelle aux pays en guerre ou soumis à des dictatures, majoritairement situés dans cette portion du monde que nommée pudiquement le sud.

élection présidentielle
Sources : wikipedia – Corruption Politique – Convention des Nations Unies contre la corruption

Ce clivage n’est pas sans rappeler un autre classement, celui de la liberté économique. Une rapide analyse nous montre d’ailleurs une corrélation plus qu’évidente : les pays dans lesquels règnent la plus grande corruption politique sont également ceux dans lesquels la liberté économique est la plus insignifiante, et vice versa.

Classement
Corruption Liberté économique
Danemark 1 12
Nouvelle-Zélande 2 3
Finlande 3 26
Suède 4 20
Norvège 5 23
Suisse 5 4
Singapour 7 2
Pays-Bas 8 17
Luxembourg 9 14
Canada 10 9
Australie 11 5
Angola 161 164
Guinée-Bissau 161 118
Haïti 161 124
Venezuela 161 179
Yémen 161 123
Érythrée 166 176
Libye 166 n/a
Ouzbékistan 166 152
Turkménistan 169 169
Irak 170 n/a
Soudan du Sud 171 n/a
Afghanistan 172 154
Soudan 174 161
Somalie 175 n/a

 

Clivage géo et politique

Une autre réflexion n’aura pas échappé aux lecteurs ayant étudié (ou connu pour les plus âgés) le paysage géopolitique mondial de la Guerre froide. Le choix des couleurs (rouge et bleu) de la carte précédente fait furieusement penser à la répartition entre les deux blocs Est-Ouest qui régissaient le monde avant la chute du mur.

De là à associer corruption et socialisme, il n’y a qu’un pas qui ressemble d’ailleurs à une simple évidence : le bloc soviétique s’est effectivement effondré sur lui-même, miné par des années de corruption et de jeux de pouvoirs.

C’est cette double image qui hante aujourd’hui le paysage politique français : celle d’un déclassement qui pousserait le pays vers le bas du tableau, associée à la crispation d’un État de plus en plus tentaculaire, de moins en moins réformable et donc de plus en plus fragilisé par la corruption et l’entre-soi.

C’est cet épouvantail que craignent les Français : celui que la France rejoigne les rangs du Venezuela, de la Somalie et de l’Angola. Nous en sommes encore loin, bien heureusement. Mais le thème du déclassement, qu’il soit endogène (corruption, effondrement des services publics, sécurité) ou exogène (immigration, mondialisation) est depuis des années l’enjeu principal du débat public et il n’y a aucune raison pour que la campagne de 2022 n’y échappe.

Avec une place de 26ème au classement de l’indice de corruption, en chute de deux places en un an, et de 71ème au classement de l’indice de liberté économique, ces craintes semblent effectivement bien être fondées.

A l’aube de l’élection présidentielle, quel avenir pour la France ?

Derrière l’inévitable cirque qui a déjà commencé à agiter le microcosme politico-médiatique se pose donc une question à laquelle il faudra bien apporter un jour une réponse : quel est l’étendue des changements, quel est le niveau de renoncement, quel est la quantité de modifications qu’il faudra apporter afin de changer la trajectoire du paquebot France qui semble pour l’instant se diriger à toute vapeur vers la banquise ?

Deux options sont sur la table, la première consistant à croire qu’il suffirait de changer de capitaine pour redresser le navire.

Cela fait maintenant trois élections successives qui se sont focalisées sur le thème du changement de l’intérieur et du rassemblement.

  • Sarkozy 2007 : « Ensemble tout devient possible »
  • Hollande 2012 : « Le changement c’est maintenant »
  • Macron 2017 : « Ensemble, la France ! »

Hélas, la France de 2021 n’en est que plus fracturée et l’impuissance de l’État de plus en plus flagrante, comme tout le monde a pu le constater par la gestion calamiteuse de la crise sanitaire.

Pourquoi pas ne pas réessayer de nouveau, ou continuer comme cela, après tout ? On peut se demander si les Français semblent résignés à tout subir plutôt que de se remettre en question.

Élection présidentielle : un avenir libéral ?

La seconde option est sur toutes les lèvres, mais elle passe par une remise à plat profonde des institutions et la fin d’un centralisme étatique qui est la religion officielle du pays depuis Louis XIV.

Tourner le dos au colbertisme, au jacobinisme et au marxisme qui se sont succédé depuis trois siècles et ont créé ce monstre gélatineux et tentaculaire qu’est l’État français semblerait être une tâche d’une telle ampleur qu’elle semblerait tout autant insurmontable.

Mais il faut quand même constater que ces idéologies mégalomanes et totalitaires n’ont jamais réussi à totalement détruire l’esprit individualiste du Gaulois réfractaire, malgré des années de lavage de cerveau dans les écoles, malgré la destruction des oppositions et des contre-pouvoirs, malgré la terreur morale infligée à des générations successives, malgré la mise en coupe réglée de l’économie, de la religion, de l’éducation, de la vie associative, de la culture…

Il reste un espoir qui grandit chaque jour alors que s’impose le constat de l’échec du système actuel.

Il est temps de changer, de vraiment changer. De changer dans la réalité et plus dans les discours démagogiques que la population supporte de moins en moins.

Il est temps de dire au revoir à l’État, tout du moins à l’État tel qu’il est. Ce n’est qu’en réduisant le périmètre des fonctions confiées aux élus que l’on supprimera la corruption. Ce n’est qu’en sortant l’État de la sphère économique, de la sphère privée, de la sphère religieuse, de la sphère éducative, de la sphère culturelle, etc. que l’on en finira avec les petits malins et avec tous ceux qui succombent à la tentation.

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