Angola : le pétrole n’est pas la panacée

L’Angola est-elle victime de la « malédiction des ressources » ?

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Angola : le pétrole n’est pas la panacée

Publié le 17 mars 2015
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Par Flavio G. I. Inocencio.

Angolanas credits Yan Boechat (CC BY-NC 2.0)
Angolanas credits Yan Boechat (CC BY-NC 2.0)

 

L’Angola est la 3ème plus grande économie en Afrique sub-saharienne. C’est un pays doté d’importantes réserves de pétrole (2ème plus grand producteur de pétrole dans le monde) et membre influent de l’OPEC. L’Angola est aussi un important exportateur de pétrole vers l’Occident et le plus grand exportateur de pétrole vers la Chine après l’Arabie.

Le pays a souffert d’une longue guerre civile stimulée par la guerre froide depuis son indépendance en 1975 jusqu’en 2002. Pendant cette période, le parti au pouvoir (MPLA), assisté par l’Union soviétique, a adopté un régime communiste avec une économie planifiée. L’avènement de la paix et les réformes du début des années 1990 sur le marché n’ont pas permis de libéraliser l’économie. La prolongation de la guerre associée aux politiques laxistes de sa banque centrale (financer les déficits gouvernementaux en imprimant de l’argent) ont conduit à l’hyperinflation, une expérience inoubliable pour tous les Angolais. Cependant, depuis la fin de la guerre en 2002 et soutenue par sa richesse pétrolière, l’Angola a connu l’un des taux de croissance les plus élevés dans le monde. Néanmoins, cette croissance a été stérile car elle était fondée uniquement sur les revenus du pétrole et n’a pas changé de manière significative le niveau de développement humain de ses citoyens. On lisait dans The Economist : « Le pétrole fournit peu d’emplois pour les habitants et l’Angola souffre horriblement d’inégalités. La qualité de vie des habitants des zones rurales et des bidonvilles, comme Chicala de Luanda, ne s’est guère améliorée depuis 2002. La plupart des Angolais manquent d’eau courante et d’électricité ». Cela signifie que les fluctuations des prix du pétrole ont un impact significatif sur l’économie angolaise. Ce fut le cas après la crise économique de 2008 et c’est le cas avec la crise économique actuelle en 2015.

Pour certains économistes, l’Angola souffre du « syndrome hollandais », qui est l’effet économique résultant d’une augmentation des importations en raison de l’appréciation de la monnaie nationale provoquée par un afflux des dollars issus des revenus du pétrole, ce qui décourage les investissements dans les autres secteurs. Beaucoup ne savent pas que Luanda, la capitale est la ville la plus chère au monde pour les expatriés. Le prix des aliments est extrêmement élevé, ce qui favorise les importations. C’est pourquoi beaucoup appellent cet effet économique la « malédiction des ressources ».

L’un des principaux problèmes dans les pays riches en ressources naturelles est leur mauvaise allocation. L’Angola est un bon exemple. La fin de la guerre civile a créé d’énormes possibilités pour la reconstruction du pays, en particulier avec les ressources disponibles (environ 40 milliards de dollars US par an). Le gouvernement a adopté une approche keynésienne en croyant que seules les dépenses publiques suffiraient à accroître la richesse totale du pays à augmenter le niveau de vie sans réformer profondément les institutions et la bureaucratie hérités du passé communiste. Cela a conduit à la crise, en particulier dans le secteur de la construction qui était fortement tributaire des marchés publics et des subventions lorsque les prix du pétrole ont chuté brutalement en 2009 à la suite de la crise financière. Les mêmes événements se produiront en 2015. En outre, il est important de souligner que la chute récente des prix du pétrole a été causée par la stratégie d’augmentation de la part de marché des pays arabes du Golfe menée par l’Arabie saoudite.

Les recettes pétrolières n’y sont pas utilisées pour stimuler la diversification de l’économie, mais comme des rentes par des groupes politiquement puissants, en particulier sur le marché de l’immobilier en élargissant artificiellement le secteur de la construction par la dépense publique, la création d’investissements improductifs ou « mal-investissements ». Par ailleurs, ces investissements ont créé d’énormes bulles dans le marché immobilier, ce qui rend le coût du logement prohibitif pour la plupart des ménages et des entreprises. D’autres distorsions ont été créées avec l’enracinement des monopoles attribués à certains groupes d’intérêts particuliers, au détriment de la concurrence et donc à l’encontre des consommateurs qui doivent maintenant payer plus chers les biens et services.

Les revenus du pétrole ont créé une économie tributaire de la consommation dans son ensemble et cela signifie que les incitations à diversifier l’économie n’existent plus pour les entrepreneurs et les entreprises, compte tenu des problèmes d’accès au marché pour les investisseurs internationaux et les entrepreneurs nationaux. Ce modèle sera bientôt insoutenable, en particulier avec les pressions inflationnistes de la dévaluation de la monnaie nationale (le Kwanza) en raison de la réduction des réserves de change, qui sont principalement libellées en dollars américains.

L’obligation de soutenir la consommation non durable basée sur le pétrole brut a incité la banque centrale nationale angolaise (BNA) à se lancer dans la vente de dollars américains via des enchères pour soutenir la monnaie nationale (politique du Kwanza fort). Cependant, la demande sur le Kwanza n’en est pas plus élevée en raison de l’extrême fragilité de l’économie angolaise et sa dépendance aux importations causées par le syndrome hollandais.

Le problème de l’Angola, c’est que ses recettes en devises (dollars) ne sont pas affectées aux usages les plus productifs en économie. Pour ces raisons, elle illustre de manière édifiante comment les groupes d’intérêt peuvent capturer la politique du gouvernement afin de promouvoir leurs propres intérêts au détriment de tout le monde, et comment le gouvernement poursuit  la mauvaise politique au lieu de promouvoir l’entrepreneuriat et éliminer les obstacles rencontrés par les entreprises en général.

La diversification de l’économie se produit lorsque les barrières sont levées et les agents économiques protégés par un régime juridique stable garantissant la protection des droits de propriété, afin d’éviter ce que Bastiat a nommé la « spoliation légale ». Par conséquent, la protection des droits de propriété devrait être considérée comme une base pour le développement. Dans un pays comme l’Angola, avec un système judiciaire déficient et des politiques gouvernementales qui encouragent la mauvaise allocation des ressources, il est difficile d’avoir un cadre solide pour la croissance économique sans le bon fonctionnement du système juridique. Comme le fait valoir Hayek : « Un système de concurrence effectif a besoin d’un cadre juridique intelligemment conçu et continuellement ajusté ». Ce dont a besoin l’Angola c’est un cadre juridique approprié avec un système judiciaire performant, une politique monétaire saine et une libéralisation effective de son économie, l’élimination des monopoles et des privilèges attribués aux groupes et aux individus politiquement connectés. L’accent devrait être mis sur la création d’une main-d’œuvre qualifiée afin de libérer les forces entrepreneuriales de la population. À ce propos, le magazine  The Economist rapportait au sujet de l’Angola :

« Pourtant, l’Angola reste un lieu difficile pour les investisseurs et les entrepreneurs. Dans le dernier rapport sur « la facilité de faire des affaires », publié par la Banque mondiale, le pays se classe 179e sur 189. L’exécution d’un contrat peut prendre des années dans les tribunaux inefficaces et corrompus de l’Angola. Obtenir une autorisation est un calvaire. Une grave pénurie d’électricité signifie que les entreprises locales ont du mal à rivaliser avec les produits importés.

En Angola, les fantômes du passé communiste persistent, et une culture des passe-droits occupe encore une place importante. L’Angola dispose désormais d’un « capitalisme dégénéré » basé sur des privilèges spéciaux et un État providence fondé sur des relations de copinage.

Pour toutes ces raisons, le gouvernement, lors de la formulation de ses politiques économiques, devrait envisager leur impact non seulement sur un groupe, mais sur la société dans son ensemble et pas seulement à court terme mais aussi à long terme. Henry Hazlitt a précisé : « l’art de l’économie consiste à prêter attention non seulement à l’effet immédiat, mais aussi aux effets à plus long terme de tout acte ou de toute politique. Il consiste à tracer les conséquences de cette politique non seulement pour un groupe mais pour tous les groupes ».

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  • On est loin de la répartition à la mode du Gabon, tant critiqué par nos merdias, les villes sont agréables : Franceville, Libreville, Port-Gentil, Mouila……Train climatisé, routes en bon état (malgré la destruction régulière en période de saison des pluies)..
    Ce n’est jamais assez, ils n’ont pas les ressources du Qatar, mais au moins elles sont partagées, au Qatar les Indous n’ont droit qu’à la misère, ce qui n’est pas le cas au Gabon..Au Qatar les non musulmans ne peuvent pratiquer leur religion ouvertement, ce qui n’est pas le cas au gabon où toutes les religions peuvent s’exprimer… En Angola la pauvreté des propres Angolais est trop visibles.. Il faut lever des frontières pendant des années pour développer un marché intérieur, qui ait le temps d’amortir ses investissements.. Sinon personne n’investira dans l’huile de palme (il faut faire pousser les palmiers avant d’exploiter leur grains en huile), ni dans le poulet et le maïs pour le nourrir ; c’est plus simple d’acheter de l’huile de palme en bidon de 1 gallon de Singapour, ou le poulet congelé Européen à 1USD. L’ouverture totale du marché, ne pourra se faire que dans plusieurs années, sinon ils seront toujours dépendants de l’extérieur….

  • En deux mots : totalitaire, corruption.

  • La malédiction des ressources naturelles monopolisées est de nature identique à la malédiction de la planche à billet (ou de la découverte de mines d’or) : attribuer un pouvoir d’achat illégitime à des groupes d’Intérêt qui n’auraient pas pu l’obtenir en situation de saine concurrence des intérêts multiples. Inflation ou déflation mais également endettement public, chômage et misère, sont les conséquences directes des distorsions que ce pouvoir d’achat illégitime introduit dans l’économie libre et qui, si on n’y prend pas garde à temps, ne peuvent plus être résorbées que par la violence tellement le mal est enraciné dans la société.

    Parler de « capture du gouvernement par des groupes d’intérêt », c’est s’illusionner en croyant qu’un gouvernement puisse être autre chose. Tout gouvernement est par définition un groupe d’intérêt et il y a rien à en attendre en dehors de quelques rares missions régaliennes strictement bornées par la Constitution. Il est beaucoup plus pertinent de s’intéresser aux moyens des contrepouvoirs et le plus puissant des contrepouvoirs aux gouvernements quels qu’ils soient, c’est le marché libre. Si, d’une manière ou d’une autre, les gouvernements s’attaquent invariablement aux marchés libres, c’est parce qu’ils n’admettent aucune limite à leur pouvoir. Les pays qui n’ont pas de marché libre ne peuvent opposer le moindre contrepouvoir au groupe d’intérêt détenant le pouvoir. Tout au plus peuvent-ils espérer renverser un gouvernement pour un autre, qui sera au moins aussi désastreux que le précédent. En la matière, que le régime politique soit tyrannique ou démocratique importe peu.

  • J’en oublie deux : ethnicisme, guerre.

  • Ce qui est surtout frappant, c’est la richesse de certains angolais. Par exemple, Isabel dos Santos, la femme la plus riche d’Afrique: http://en.wikipedia.org/wiki/Isabel_dos_Santos
    Peut-être faudrait-il leur envoyer Thomas Piketty, pour leur conseiller une réforme fiscale?

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