Marlène Schiappa : quartiers sans relous contre violences faites aux femmes

Screenshot_2021-04-27 (3) Quartiers sans relous en quoi consiste la mesure de Marlène Schiappa - YouTube — TPMP on Youtube ,

Le dernier fait d’armes de Marlène Schiappa consiste à aseptiser certains quartiers de malpolis. Une mesure qui se veut dans la droite ligne de la prévention des violences faites aux femmes.

Par Louise Alméras.

C’est sur le plateau de TPMP, le 15 avril dernier, que Marlène Schiappa a expliqué sa trouvaille verbale, les « quartiers sans relous », censée limiter le fléau des importuns à grand renfort d’une cartographie des « zones rouges du harcèlement de rue », et ce dès le mois d’août 2021.

Elle se prend directement à témoin, comme première cible à sauver au micro de Cyril Hanouna :

J’ai été suivie par un homme en costume qui avait une mallette et un gobelet Starbucks à la main, et qui m’a suivie de façon très agressive. J’ai eu la peur de ma vie. Je m’en suis sortie, je ne sais pas comment.

Et de résumer :

Avoir un costard et habiter dans le 16e, ça ne garantit rien.

Du coup, il s’agit de « cibler tout le territoire », de « transformer les quartiers », d’instaurer « une révolution de la justice ». Et tout cela, donc, contre les hommes en costard, qui sont sans doute tout simplement pressés de rentrer chez eux. Quid du véritable harcèlement dont on entend fébrilement les échos dans la presse ?

Selon Marlène Schiappa, les Quartiers sans relous sauveront la France, mais de quoi ?

Baptisés les QSR, ces zones de tranquillité promise paraissent bien futiles et hors-sol à côté des nécessités actuelles. Outre la virtuosité de la langue du bien nommé dispositif, il est un autre mauvais goût auquel Marlène Schiappa semble s’être prêtée sans en avoir conscience.

À l’heure où la rue n’est accessible aux citoyens qu’avant 19 heures, ou à petites doses d’une heure à l’époque des attestations les plus liberticides, le lieu où la violence faite aux femmes est le plus terrible est à l’intérieur des foyers ou au cœur des cités. Les effets du confinement en matière de violence  exponentielle n’ont pas place dans sa pensée et dans son univers, que l’on croirait venir tout droit d’un mauvais feuilleton de télévision.

Ce que son narcissisme couplé à la fiction dans laquelle elle semble vivre, malgré sa responsabilité de membre du gouvernement, ne voit apparemment pas. Elle est sur tous les plateaux pour défendre le gouvernement (lutte contre la drogue, défense de la laïcité etc.), puisqu’elle fréquente aussi bien TF1 que Bourdin ou TPMP, mais il existe un rapport inversement proportionnel entre l’importance de son portefeuille, de sa fonction et sa présence médiatique.

L’avons-nous entendue prendre position contre le confinement en ce sens ? Ce que l’on aimerait de sa part, pourtant, c’est une lucidité aussi importante que sa capacité à débiter sa propre histoire, là où on lui demande de parler au nom de tous au lieu d’elle-même.

Pire que de l’esbroufe, cette manière de donner l’illusion d’apporter une solution à un problème est une coquetterie de minette, convaincue dans sa quête de perfection de tout régler par un jet de maquillage, par l’apparence, par la trompeuse image éloignée de la réalité.

Mais la réalité est que « cibler les harceleurs », effectuer un « baromètre annuel » et un mapping des quartiers remplis de relous (en français : harceleur, lourdaud ou abruti), comme elle compte s’y atteler à l’aide des 10 000 nouveaux policiers mis à contribution par Gérald Darmanin, ne changera pas grand-chose. Surtout si les quartiers à haut risque sont, selon elle, dans le 16e arrondissement de Paris ou à Châtelet-les-Halles. « Imaginons ce que serait Châtelet-les-Halles sans relous », a-t-elle courageusement proposé.

Ils la sauveront de la crise

Donc, nous nous demandions en quoi les QSR sauveraient la France. Comment avons-nous pu ne pas y penser, à cette stratégie tout en finesse de Marlène Schiappa qui, dans son humilité, n’a pas osé le dire, en français et tel que. Combattre l’impolitesse était pourtant déjà très honorable.

Mais, bien sûr, les QSR vont sauver la France — ou plutôt ce qu’il reste de l’État et du gouvernement — de la faillite, de l’impuissance, de la vulnérabilité du ruiné. Car le confinement n’a pas seulement augmenté les violences faites aux hommes comme aux femmes, et passons sur le nombre de suicides et de commerces défaits, sur le nombre de licenciements et d’étudiants désespérés.

Non, ce n’est pas la question.

Le confinement a aussi accentué la crise économique du pays et le trou des comptes en banque de l’État français à force de tout subventionner, de verser des compensations etc. Et pourquoi pas ! Sauver des vies, ça n’a pas de prix. Seulement, les relous rôdent toujours. Et ils ont eu bien tort — surtout celui qui a croisé Marlène Schiappa dans le 16e arrondissement, son gobelet Starbucks à la main, faisant jaillir une idée lumineuse dans l’esprit de la chargée de la Citoyenneté et de la politesse. Ce sont eux qu’il faut faire payer. Rien de moins.

Étudions la question : 2000 policiers seront déployés dans les « quartiers rouges », selon Marlène Schiappa. Et nous savons déjà que depuis la loi de 2018 contre le harcèlement de rue 3023 verbalisations ont été recensées, soit environ 272 000 euros récoltés si l’amende était de 90 euros. Selon la gravité des faits, cela peut monter à 1500 euros et 3000 euros en cas de récidive. Et si l’on compte au moins un flagrant délit par jour sur une année, 2000 policiers lancés dans la jungle de Paris pour verbaliser les outrages rapporteraient 65 700 000 euros.

C’est tout de même beaucoup mieux. Et si d’aventure, l’État n’arrive pas à se servir au passage, au cas où chaque journée n’aura pas eu son lot de relous pris la main dans le sac, cela permettra au moins une opération blanche. Car cette horde de policiers QSR, payés environ 2859 euros brut par mois, coûtera quasiment la même somme.

Pendant ce temps, espérons que le « continuum des violences sexuelles », contre lequel Marlène Schiappa se bat corps et âme, n’ait pas persévéré. Nous aurions des commissariats bondés, des plaintes à n’en plus finir, et nous n’avons pas le temps : il faut sauver la France de la crise.

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