Privatiser la vaccination pour ne pas être privés de vaccins

Suzi B got her flu shot BY Vaccines Stock Photos(CC BY-NC 2.0) — Vaccines Stock Photos, CC-BY

Emprise technocratique et défaut d’innovation, la France cumule les handicaps.

Par Pierre Robert.

Faisons un rêve. Vous sortez votre portable de votre poche et appuyez sur l’icône de l’App tousvaccinés que vous avez facilement téléchargée un peu plus tôt. Vous regardez quels sont les centres ouverts près de chez vous et constatez qu’ils sont situés dans des centres commerciaux que vous connaissez bien pour y faire souvent vos courses. Vous en sélectionnez un et consultez le calendrier des dates disponibles pour un rendez-vous. À l’étape suivante vous choisissez la marque du vaccin qui vous convient le mieux. Le tout n’a pas duré plus de trois minutes.

« Moi, le vaccin »

Ce bien modeste rêve serait une réalité si nous vivions dans un univers proche de celui qu’a imaginé le grand Friedrich Hayek, un monde où les activités économiques sont gérées de façon totalement décentralisée par le marché, seule institution capable de traiter le nombre extraordinairement élevé d’informations qui sont nécessaires pour les mener à bien.

C’est ce qu’a très bien expliqué Leonard Read dans un article fameux, « Moi, le crayon » repris par Milton Friedman pour illustrer comment et pourquoi seul le marché libre permet à des millions de personnes de coopérer efficacement en vue de produire les biens et les services dont elles ont besoin.

Une campagne de vaccination poussive

Au lieu de cela vous subissez les lenteurs et les ratés du lourd système mis en place par nos autorités publiques, un système qui génère la pénurie et est incapable de gérer les choix des patients quand il s’est aventuré à leur en laisser un. Dans quelques centres, dont celui du stade de France, il est aujourd’hui encore possible de s’inscrire, si par chance un créneau est disponible, en choisissant entre Pfizer et Moderna.

Mais les patients votant massivement pour le premier et boudant le second cette position n’est pas tenable longtemps, alors que la liberté de choix devrait être la règle.

Il en est ainsi du fait de la rigidité des commandes publiques effectuées de surcroît dans un cadre européen qui ressert encore un peu plus le carcan de nos règles nationales.

Selon un bon vieux réflexe technocratique on s’est évertué à tout prévoir en mode gosplan mais rien ne marche comme prévu, qu’il s’agisse de la fourniture des doses, de leur qualité ou de leur acheminement au bon endroit et au bon moment.

Si la France avait été capable de mettre au point son propre vaccin comme l’ont fait tous les autres pays membres du conseil de sécurité de l’ONU la situation se présenterait sous un jour plus favorable.

Mais l’État a une fois de plus failli en ne finançant pas suffisamment les dépenses de R&D dans le domaine de la santé alors que là est son véritable rôle. Emprise technocratique et défaut d’innovation, on cumule les handicaps.

Ces retards et cette absence de choix sont évidemment contreproductifs. Ils nuisent gravement à la campagne de vaccination, beaucoup de gens excédés finissant par renoncer à se faire traiter ou s’irritant de se voir administrer un produit dans lequel, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ils n’ont pas confiance.

Les défaillances du public

Il y a certes des raisons tout à fait légitimes d’accorder aux organismes publics un rôle en matière de santé publique. C’est un domaine sensible qui touche à des enjeux vitaux et où prédominent ce que les économistes appellent des externalités, soit des situations où l’action d’une personne affecte le bien-être d’une autre sans qu’aucune des deux reçoive ou paye une compensation pour cet effet.

Ainsi un individu qui ne se vaccine pas peut en contaminer d’autres mais n’en subira aucune conséquence pécuniaire. De ce fait, les questions de santé publique ne peuvent pas être régies par les seules règles du marché.

Mais faut-il pour autant accorder aux autorités étatiques qui ne savent pas même coordonner leurs initiatives le monopole d’opérations dont elles maitrisent mal la logistique ? Devant la gravité de la situation il leur a fallu à regret laisser une petite place aux acteurs privés (cliniques, pharmaciens, infirmières et médecins libéraux, médecins du travail dans les entreprises) mais en ne leur accordant au mieux qu’un inconfortable strapontin et en leur imposant des procédures qui entravent leur action.

Les atouts du privé

Il faudrait pousser beaucoup plus loin ces semblants de partenariat public-privé. Dans cette optique, l’idée de faire appel aux géants de la grande distribution n’est pas aussi fantaisiste qu’elle en a l’air.

Sur leurs parkings de l’espace est disponible pour installer des tentes ou organiser un drive. Ce sont des professionnels de la logistique rodés à la gestion de flux complexes grâce au concours d’une myriade de transporteurs et de sous-traitants. Y faire fonctionner des chambres froides aptes à conserver les produits à très basse température devrait être possible à un coût raisonnable.

À la différence des administrations, ces grands acteurs du commerce sont de plus agiles et capables d’initiatives, y compris dans le domaine de la santé. Carrefour ne vient-il pas de faire fabriquer en France et de mettre sur le marché des masques chirurgicaux aux normes de filtration très élevées vendus 4,90 euros la boite de 50. Leclerc et Intermarché sont prêts à lui emboiter le pas.

Des obstacles avant tout culturels

Une véritable répartition des rôles entre le public et le privé profiterait à tous et avec un peu de bonne volonté pourrait être rapidement opérationnelle. Les seuls obstacles sont d’ordre culturel dans un pays où par réflexe pavlovien la supériorité du public sur le privé n’est jamais discutée même si jour après jour il fait la preuve de son incompétence.

Nos hauts fonctionnaires seraient décidément bien inspirés de prêter davantage d’attention à l’analyse économique. Dans ce cas ils devraient aller au-delà de la vulgate keynésienne, s’intéresser à l’œuvre d’Hayek et voir que dans le combat du siècle le vainqueur n’est pas celui qu’on croit.

 

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