Comment faire des entreprises françaises des championnes mondiales

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Neuf réformes indispensables au dynamisme économique du pays. Le point de vue d’un entrepreneur engagé.

Par Claude Goudron.

Après neuf articles consacrés aux freins à l’entreprise en France, voici venu le moment de présenter, sur la base de mon expérience de terrain, ce que devraient être les réformes indispensables afin de retrouver un environnement fiscal et normatif optimal permettant aux entreprises françaises de rejoindre le peloton de tête européen, voire mondial.

L’entreprise industrielle est une priorité absolue. Elle est indispensable à une économie moderne et prospère.

Ce n’est pas un parti pris de ma part si j’insiste sur ce point, même si l’entreprise de fabrication d’échafaudages aluminium que j’ai créée il y a bientôt 50 ans relève du  domaine industriel.

L’erreur fondamentale de la France est d’avoir tablé uniquement sur l’économie de service, oubliant que l’industrie en est le principal client. La pénurie de productions cruciales en 2020 nous apporte la démonstration de cette erreur stratégique.

Ma première prise de conscience de cette erreur a été lorsque j’ai désiré ajouter à mon catalogue une gamme d’échelles ; j’ai alors constaté qu’un fabricant allemand me proposait des produits au coût inférieur à mon prix de revient, alors même qu’ayant déposé un brevet réduisant le coût de fabrication il aurait dû me rendre plus compétitif.

Il existe donc bien d’autres motifs au manque de compétitivité du pays. Voici les remèdes indispensables à prescrire d’urgence.

Revoir la fiscalité de l’entreprise

Pour nos gouvernants l’entreprise est devenue la vache à lait ponctionnable à outrance. Le résultat est connu : ne pouvant plus être compétitive elle disparaît ou s’exile.

Avant de mener les réformes indispensables il est important de bien définir quelles sont les taxes relevant, ou pas, de sa compétence. Il convient donc de procéder à la suppression :

En effet, l’entreprise ne doit pas se substituer à l’État. C’est à lui de présenter la note au contribuable qui sera alors en mesure d’en évaluer le coût et surtout l’opportunité compte tenu du rapport prix/service rendu.

Seule la somme des prélèvements obligatoires est à prendre en compte pour situer une entreprise par rapport à ses concurrents. En effet, supprimer une taxe puis en ajouter d’autres un peu plus tard ne présente aucun intérêt.

Il faut immédiatement appliquer une baisse de 50 % des charges sur l’entreprise. Un simple calcul permet de démontrer que rapidement les rentrées pour l’État resteraient identiques : le pays ayant perdu plus de la moitié de ses industries en 20 ans à cause de cet excès de charges, leur diminution permettrait de retrouver les performances passées, accompagnées de la création des emplois perdus, et donc d’un plus grand nombre de cotisants. Et le coût du chômage en serait fortement diminué.

Il est indispensable de diminuer les impôts de production en les rapprochant de ceux de l’Allemagne et les intégrer à l’impôt sur les sociétés dont la part équivalente serait transférée aux régions.

Ces mesures permettraient de dégager des marges suffisantes pour investir dans les technologies plus performantes et de résoudre le problème de fonds propres dont souffrent une majorité d’ETI, PME et TPE françaises.

Valoriser la recherche et le financement des nouvelles technologies

Avec 2 % du PIB pour la recherche la France est très en retard sur ses voisins et manque d’universités privées axées sur la recherche industrielle (70 % en moyenne européenne contre 50% en France)

Il faut donc moderniser notre système, mieux rémunérer les chercheurs, et surtout écarter une administration trop présente et chronophage qui découragent les meilleurs éléments.

Une collaboration public/privé dans la recherche doit également être favorisée pour une meilleure efficacité.

Privatiser l’URSSAF

Le statut actuel de l’URSSAF est obsolète. La privatiser lui donnera un rendement beaucoup plus efficace, une gestion moderne et surtout le sens des réalités qui lui manque actuellement cruellement.

Une centaine de milliards d’euros peut être facilement économisé sur 500 milliards de budget, et ceci tout en disposant d’un service de meilleure qualité.

Suppression de normes et de décrets

La France compte 400 000 normes et décrets, contre 80 000 pour l’Allemagne. Il n’est pas difficile de savoir lequel de ces deux pays fonctionne le mieux.

Normes et décrets sont le carburant de l’administration française. Pour en réduire le nombre, la première mesure à prendre est donc de limiter drastiquement le nombre de fonctionnaires que j’estime à 2 000 000 : supprimer 500 000 postes en cinq ans et faire travailler les autres autant qu’un fonctionnaire allemand.

Cette baisse réduira la proportion de services administratifs tout en conservant le même nombre de personnels opérationnels dont les tâches administratives seront réduites.

Il convient de faire un tri des textes obsolètes parmi le stock de normes et décrets et appliquer une règle simple : pour tout nouveau texte, en supprimer trois anciens.

Les ratés administratifs à répétition dans la gestion du Covid ont fait prendre conscience aux Français de l’urgence à réformer notre administration.

Supprimer le Code du travail et les conseils de Prud’hommes

Supprimer ou réduire le Code du travail à une centaine de pages représente déjà 11 000 décrets de moins.

L’URSSAF disparaîtra avec sa privatisation tout comme le conseil des Prud’hommes, faisant faire des économies substantielles et permettant une meilleure organisation de la justice, plus homogène.

Ces économies réalisées pourraient être transférées au budget de la justice comme institution, dont nous savons qu’il est sous-dimensionné.

Réformer le syndicalisme

Même pendant la pandémie certains syndicats continuent la lutte des classes. Le syndicalisme en France trouve sa source dans les heures de gloire du communisme. Il est grand temps de le réformer pour le rendre plus constructif et efficace.

Qu’il soit ouvrier ou patronal, un syndicat ne doit vivre que de ses cotisations afin d’être indépendant et représentatif.

Les dérives de la CGT ne sont plus à prouver. Malgré un taux de syndiqués de plus en plus faible, elle est devenue une machine de guerre alimentée par des fonds considérables accumulés depuis sa création. Elle est maintenant à la tête de nombreux comités d’entreprises coûteux pour ces dernières et fructueux pour leurs gestionnaires.

Nommer un ministre des PME

Pierre Dreyfus est le dernier ministre de l’Industrie du gouvernement Mauroy. Depuis, cette fonction est rattachée à d’autres ministères.

Il faut un ministre de l’Industrie à temps complet avec à sa tête un industriel, si possible ayant travaillé en PME, car lui seul en connaît les besoins et saura supprimer les multiples contraintes souvent idiotes imposées par des hauts fonctionnaires n’ayant jamais géré une entreprise et n’en connaissant pas les problématiques.

Mettre en place un Small business act

Le Small Business Act est une loi votée aux États Unis le 30 juillet 1953 qui facilite l’accès des TPE et PME aux marchés publics en leur réservant entre 23 et 40 % des achats.

Elle donne également le pouvoir de bloquer une loi si elle leur porte préjudice.

Il en a été question en France lors d’une réunion organisée par notre député Damien Meslot à Belfort. Mme Lagarde, ministre du gouvernement de Dominique de Villepin, à laquelle je proposais déjà à l’époque de s’inspirer des mesures Hartz m’a répondu : « Nous avons mieux, nous préparons une SBA… à la française ».

Finalement c’était bien à la française puisqu’elle n’est jamais sortie.

Alors pourquoi pas, 68 ans après les Américains, créer notre SBA mais surtout pas… à la française ?

Associer l’entreprise aux programmes scolaires

Jusqu’à la fin du secondaire il est assez logique de privilégier l’instruction générale même si quelques heures de sensibilisation à l’économie et au marché du travail seraient utiles pour amorcer la transition vers le lycée.

Il est indispensable de revaloriser les métiers manuels et arrêter de les présenter comme des voies de garage. Durant les années 1960, un échange parent/instituteur permettait de définir avec chaque élève la voie à suivre : technique, artistique ou classique.

À partir du lycée il est impératif d’associer les étudiants au monde professionnel.  Une partie de leurs études doit tenir compte des besoins de l’entreprise et des différents débouchés qui évoluent très rapidement de nos jours. L’adéquation offre/demande doit donc être rapidement prise en compte, et pour cela l’entrepreneur doit avoir son mot à dire.

C’est la raison pour laquelle l’entrepreneur doit être associé au choix des cours proposés dans les différentes filières.

Conclusion

Ce pays que je souhaite existe :

  • son PIB par habitant est de 75 890 euros contre 33 690 euros en France.
  • sa richesse par habitant est de 227 891 euros contre 101 942 euros en France
  • la part de son industrie dans le PIB est de 25 %, en France elle est de 11 %.

Je suis né à 10 km malheureusement du mauvais côté de la frontière. Il s’agit de la Suisse.

Sauver l’industrie pour sauver la France passe par cette réforme drastique que je préconise, avec un préalable incontournable : baisser de 10 points les dépenses de l’État afin de ramener le pays à la moyenne européenne.

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