Laissez l’Unef mourir tranquille

CN UNEF, tribune by Manuel MC (creative commons) (CC BY-SA 2.0)

Depuis maintenant une décennie, la dégringolade du PS a entraîné dans sa chute ses satellites, Unef compris. Plus d’argent, plus de postes, plus de promesses de carrière au PS.

Par Frédéric Mas.

Une « dérive incroyable ». Pour Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste interrogé par Sud radio ce matin, l’Unef est inexcusable. Mardi soir, le bureau national du Parti a officiellement rejeté les « réunions non mixtes racisées » organisée par le « syndicat » étudiant.

C’est historique : pendant des années, l’Unef a été la courroie de transmission du socialisme institutionnel dans l’enseignement supérieur. Aujourd’hui, même à gauche, on prend ses distances avec elle.

Le vieux socialisme de l’Unef

Les étudiants voyaient en général l’Unef le jour des élections universitaires. De plus, quand les permanents payés et les militants professionnels se déplaçaient pour vendre leur « salaire étudiant », c’était plutôt aux ex-lycéens fraîchement débarqués à la fac qu’ils s’adressaient.

Ces derniers étaient à la fois naïfs et nombreux, ce qui assurait élus, statuts et, bien sûr, à la clef, locaux et subventions. La stratégie classique de l’Unef, qui a duré des années, c’est celle de tous les syndicats socialisants : jouer sur le clientélisme – ici étudiant – pour être élus dans des conseils et ensuite négocier des statuts pour les « syndiqués » en échange de son « indispensable » travail idéologique.

Des milliers de militants se sont formés à l’Unef pour atterrir ensuite dans les partis de gauche, PS en tête, une fois leurs études terminées.

Parfois, certains ex de l’Unef se servaient dans la poche des étudiants pour financer leur statut de politicien professionnel. C’est le scandale de la Mnef, révélé par Libération en 1998.

Des ex de l’Unef-ID (la version « majo » de l’Unef avant sa réconciliation avec son aile gauchiste à la fin des années 1990) venus du lambertisme trustaient les postes de commande pour s’assurer des salaires confortables et rémunérer des proches du PS. Les étudiants qui devaient s’affilier à la mutuelle finançaient donc sans le savoir des caciques du PS et certaines de leurs stars médiatiques.

Les Julien Dray, Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis ou encore Caroline de Haas, sont tous passés par l’Unef. Ils n’ont jamais eu de vrais métiers en dehors de la politique, et ont fait leurs armes dans les amphis et lors des diverses manifestations étudiantes.

Véritable rampe de lancement politique pour le PS, l’Unef était pourtant traversée par tous les courants les plus saugrenus de l’extrême gauche : ex-troskytes, lambertistes, etc. C’est d’ailleurs ce qui peut expliquer aussi la tendance de l’organisation à scissionner et à se diviser, tout en regrettant la période de la « grande Unef » d’avant sa gauchisation.

Le nouveau socialisme de l’Unef

Depuis maintenant une décennie, la dégringolade du PS a entraîné dans sa chute ses satellites, Unef compris. Plus d’argent, plus de postes, plus de promesses de carrière au PS. Le « syndicat » étudiant vivote désormais en tant que groupuscule replié sur ses obsessions identitaires, indigénistes et gauchistes. Finies les tendances de la vieille gauche sectaire, bienvenue à l’ère de l’idéologie woke importée des campus américains.

Quand Jean-Michel Blanquer déclare voir dans la racialisation du « syndicat » étudiant une dérive « fasciste », 250 ex-Unef protestent dans les colonnes du Monde. Pour eux :  « l’idéal émancipateur, républicain, laïque, antiraciste et féministe a toujours été (leur) boussole ». Nous serions tentés de les croire si nous ne les connaissions pas. Les entrepreneurs politiques d’hier ont été remplacés par les entrepreneurs identitaires d’aujourd’hui. Seulement c’est la gauche égalitariste d’hier qui a accouché de la gauche qui fait dans la ségrégation raciale « positive » aujourd’hui.

Faut-il interdire l’Unef ?

Certains élus de droite ont réclamé l’interdiction du « syndicat » en perdition républicaine.

Après tout, Darmanin a fait dissoudre le groupuscule d’extrême droite Génération identitaire, accusé de racisme, alors pourquoi par l’Unef, qui propose aussi de discriminer sur la couleur de peau ?

Donner à l’État le rôle d’arbitre des élégances morales, c’est lui accorder un pouvoir immense en matière de réglementation des opinions individuelles. La liberté d’expression et d’association commande de laisser parler tout le monde, même les imbéciles. Les citoyens sont assez grands et raisonnables pour juger directement sans avoir à demander l’autorisation de l’État paternaliste. Si certains membres de l’Unef sont rendus coupables de diffamation, il existe déjà des lois et des procédures pour les condamner éventuellement, sans avoir à passer par la case censure.

La dissolution de Génération Identitaire était une erreur, celle de l’Unef en serait une tout aussi grave, et cela malgré la bêtise des deux mouvements. Ce n’est pas aux individus d’aligner leurs préférences morales sur celles décrétées par l’État, mais à l’État d’encourager la coopération pacifique des individus par la justice et le droit, y compris quand leurs dispositions morales sont radicalement opposées. La liberté d’expression doit être protégée dans tous les cas, y compris quand elle est exercée par ceux qui n’appartiennent pas au bon camp.

Au lieu de se scandaliser des prises de position de l’actuelle Unef, nos édiles devraient plutôt se poser quelques questions : est-il normal de subventionner des « syndicats » étudiants ?

Les étudiants ne travaillent pas, et n’ont pas besoin de « représentants syndicaux ». Pourquoi les universités devraient absolument être gouvernées par des conseils élus, qui fonctionnent comme autant de appeaux à associations aspirateurs à subventions ? Les facs sont faites pour étudier, pas pour créer des politiciens professionnels. Les grandes écoles n’ont pas de conseils, et elles s’en sortent assez bien. L’arbre Unef ne doit pas cacher la forêt du collectivisme dans lequel marine le monde universitaire.

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