Pour une liberté d’expression intégrale

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OPINION : il faut abroger toutes les lois restreignant la liberté d’expression.

Par Thierry Foucart.

« En solidarité avec Charlie Hebdo, Le Figaro et plus de cent médias français lancent un appel pour défendre le droit de parler, écrire et dessiner librement. »

Belle affiche, et signataires éminents : même L’Humanité et L’Humanité Dimanche ont signé.

Dans le même numéro du Figaro, on lit « Un congé paternité plus long et en partie obligatoire dès juillet », comme le congé de maternité.

La liberté oui, mais pas n’importe laquelle

Que les journaux défendent la liberté d’expression est évidemment tout à fait normal : c’est leur intérêt, et comme ils le précisent, l’intérêt de tous. Cette tribune présente le droit au blasphème en se fondant sur l’article 10 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

On en déduit le droit au blasphème. La question qui se pose n’est pas seulement le respect du principe exprimé Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mais de la restriction par l’ordre public établi par la loi. 

Nous vivons dans un pays pétri de contradictions : il faudrait accepter n’importe quel blasphème, alors que la loi impose des vérités historiques en interdisant les débats, des vérités sur la nature de l’Homme comme la normalité de l’homosexualité, et même des mots comme génocide sur des évènements qui se sont déroulés il y a plus de cent ans. Les condamnations, parfois annulées en appel ou par la Cour de Justice de l’Union européenne, pleuvent : historiens (Bernard Lewis), personnalités politiques (Charles Vanneste, Bruno Gollnish, Brice Hortefeux, Christine Boutin), intellectuels (Edgar Morin, Danièle Sallenave, Sami Naïr, Élisabeth Roudinesco, Éric Zemmour).

La liberté d’expression oui, mais de toutes les expressions

L’article 10 peut être interprété aussi de la façon suivante : les musulmans ne doivent pas être inquiétés pour leurs opinions. Diffuser des caricatures tournant en dérision une foi religieuse partagée par des millions de croyants, c’est de toute évidence créer un trouble à l’ordre public. La loi n’interdit pas ce trouble.

Le trouble à l’ordre public généré par la publication des caricatures d’Allah dans le journal Charlie hebdo est donc considéré par la loi comme moins grave que celui provoqué par la critique de l’homosexualité ou du refus de qualifier de génocide les massacres des Arméniens par les Turcs au début du XXe siècle et de crimes contre l’humanité l’esclavage pratiqué par la France jusqu’en 1848. Cela montre le peu d’importance accordée aux musulmans en France par l’autorité civile chargée de la loi.

Comment faire disparaître cette inégalité de traitement ? Il ne s’agit pas d’interdire le blasphème, ce qui aboutirait peu à peu à interdire toute critique d’une opinion religieuse, mais de libérer au contraire la parole en abrogeant toutes les lois qui restreignent la liberté d’expression, en particulier les lois mémorielles.

La liberté d’expression oui, mais de toutes les expressions. Des restrictions oui, mais d’ordre général et dans l’espace public : l’injure, l’appel au meurtre, etc. Cela suppose de faire confiance à la population et de faire appel à la raison des uns pour modérer leur propos et des autres pour supporter la critique.

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