Le Parti socialiste est à l’agonie, mais pas le socialisme

Source : https://unsplash.com/photos/NMk1Vggt2hg

D’utopie progressiste, le socialisme est devenu un carcan réactionnaire dont la France aura un mal fou à sortir.

Par Olivier Maurice.

Le Parti Socialiste n’aura pas de liste propre aux prochaines élections européennes. La liste Place Publique – Nouvelle Donne à laquelle l’ancien premier parti de France s’est accolé est créditée d’à peine un peu plus que 5 % et le PS n’est même pas certain d’avoir des élus au parlement européen. Quelle dégringolade pour un parti qui était au pouvoir il y a encore deux ans et qui, il y a sept ans, détenait tous les leviers du pouvoir, de la présidence de la République aux régions en passant par l’assemblée et les plus grandes villes de France !

Rebaptisé en 1969, le nouveau Parti Socialiste a pris le nom d’un mouvement romantique né au XIXe siècle en réaction contre la révolution industrielle qui modifiait alors profondément les sociétés occidentales. Le mot socialisme apparaît en Angleterre au tout début du XIXe siècle pour désigner l’utopie d’une société idéale qui viendrait remplacer celle des villes industrielles et des conditions de travail ouvrières de l’époque.

Le rêve bienveillant et naïf de Henri de Saint-Simon sera vite remplacé par les revendications violentes qui marqueront les deux siècles suivants. Deux courants politiques voient alors le jour dans cette mouvance cherchant à construire un monde qu’ils imaginent meilleur : les révolutionnaires qui veulent remplacer l’ordre social et économique s’opposent aux réformateurs qui pensent possible d’obtenir les mêmes résultats en modifiant le système politique.

Le Parti Socialiste de François Mitterrand et du congrès d’Épinay est la dernière version en date de cette gauche qui n’a eu de cesse de chercher à faire la synthèse entre les mouvements révolutionnaires plus à gauche et les rêveurs centristes.

Le carrefour des démagogies

Avant de continuer, il est important de rappeler que bien que l’histoire de la gauche française s’articule autour de la promotion du socialisme, celui-ci n’est ni une idéologie ni une utopie. Le socialisme est une pratique politique. Une pratique qui consiste tout simplement à nier et donc à ne pas respecter la propriété privée. Et cette pratique est loin d’être le monopole de la gauche.

Tous les partis rivalisent d’ingéniosité et de rhétorique pour justifier moralement et pragmatiquement qu’il faut, qu’il suffit de contourner la propriété privée pour résoudre les problèmes et améliorer le monde. L’étatisme (le dogme selon lequel l’État peut faire tout et n’importe quoi pour parvenir à ses buts) et le constructivisme (le narcissisme qui amène à penser que tous nos malheurs viennent des autres) ont besoin de moyens pour mettre en œuvre leurs chimères. Quel meilleur endroit pour les chercher que les poches des gens ?

Le socialisme est l’instrument des démocraties modernes qui ont inventé un nouveau contrat social où l’historicisme (l’arrogance de prétendre que l’on peut piloter l’Histoire) promet à tous le bonheur, la transformation en surhomme : plus cultivé, plus éduqué, plus intelligent, plus beau, plus riche, plus heureux, plus moral, en meilleure santé… au simple prix d’un renoncement à tous ou partie de ses biens et toute ou partie de sa liberté.

Cinquante nuances de socialisme

La redistribution est certes historiquement une revendication de gauche, mais la droite s’est finalement rangée elle aussi au fil des années à la morale de Robin des Bois. La miséricorde chrétienne qui avait inondé l’Europe d’hospices et de lazarets s’est inversée à mesure que la société se laïcisait.

D’injonction morale de donner aux pauvres, elle est devenue une bonne excuse pour voler les riches. Une excuse qui, à en croire certains, serait même un devoir afin de rendre la société plus harmonieuse en la nivelant par le bas. Comme si la jalousie était une maladie qui se soignait en banalisant le vol.

La distribution d’aides sociales est devenue un tel maquis par leur nombre et leur complexité administrative qu’il faut quasiment un doctorat en droit pour s’y retrouver. Toutes aussi nombreuses qu’elles soient, elles se résument pourtant bien souvent à des dotations ridicules trop insignifiantes pour aider réellement les gens.

Les multiples impositions du patrimoine (fiscalité progressive, impôts sur la fortune immobilière et impôts fonciers, droits de mutation, impôts sur les sociétés et sur les dividendes etc.) ont systématiquement détruit l’outil productif et créé un surcoût artificiel des produits français, détruisant tout avantage comparatif vis-à-vis des pays étrangers. Il en résulte un chômage chronique qui touche principalement les plus pauvres et les plus vulnérables.

Les diverses taxes, subventions et réglementations ont totalement faussé les mécanismes de marché, gonflant artificiellement les prix dans de nombreux secteurs (immobilier, optique, habillement, restauration…) et renforçant encore plus les inégalités sociales.

La collectivisation de la protection sociale a abouti à un système de santé, d’assurance chômage et de retraite qui ne cesse de se détériorer et est en déficit chronique depuis des dizaines d’années, créant une dette publique abyssale dont le coût étrangle encore plus le pays.

Les monopoles publics ont soustrait une énorme partie de la création de richesse de la propriété individuelle et se sont transformés au fil des ans en corporations pléthoriques, en centres de coûts irréformables, en cauchemars administratifs qui n’ont de services que le nom.

Enfin, la dernière lubie de tous les partis de vouloir acheter les votes des citoyens en surenchérissant dans la démagogie écologiste, sujet supposé transversal et consensuel, plonge encore plus le pays dans la gabegie financière et le chaos, hystérisant le débat et dressant les Français les uns contre les autres.

La pensée unique

Les élections européennes verront s’aligner le nombre record de 33 listes de 79 candidats. Mais il faut vraiment un microscope pour trouver ici ou là une proposition qui ne relève pas du socialisme le plus éhonté. Même la liste royaliste est bourrée de mesures financées par les deniers de la princesse, comme la rémunération des mères au foyer par la collectivité.

Le socialisme est devenu l’unique modèle de pensée de la classe politique française. Faut-il en déduire que les Français sont tous d’indécrottables collectivistes ? Ce serait aller bien vite en besogne, et ce pour de nombreuses raisons.

Tout d’abord, constater que l’ensemble de la classe politique, au premier rang de laquelle les principaux partis, propose des programmes aux priorités certes différentes, mais toutes relevant du socialisme, ne permet absolument pas d’en déduire que les électeurs sont tous de farouches partisans du hold-up dans leur porte-monnaie. Cette culture des libertés prises avec l’argent des autres est d’ailleurs un travers sévèrement critiqué et auquel les partis sont totalement incapables de répondre. Les chiffres croissants des abstentions et des votes blancs ainsi que la suspicion généralisée quant à l’éthique des politiciens qui atteint même la certitude d’une totale incompétence en matière économique en disent long sur le piètre support populaire à cette méthode de gouvernement.

De plus, aucune liste, aucun parti propose ne serait-ce que quelques mesures de rétablissement de la propriété privée. La classe politique française est là-dessus bien en retard par rapport à nombre de pays où le plus souvent dans la fureur et l’indignation de la classe dirigeante, se sont levés des iconoclastes (reconnaissables parfois par leur coiffure incongrue) qui ont tenté d’autres mesures que l’habituel « l’État peut tout faire, en confisquant l’argent des gens ».

Le socialisme zombie

Le Parti Socialiste est peut-être mort, mais pas le socialisme. Le remettre en question sera très compliqué.

En premier lieu parce que celui-ci est inscrit dans la constitution et ce en totale contradiction avec les articles 4, 5 et 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qui lui sert de préambule et qui interdisent formellement à quiconque de promulguer des lois positives.

« La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. » – article 5 de la DDHC de 1789.

 «  La loi fixe […]  l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de toutes natures ; le régime d’émission de la monnaie » – article 34 de la constitution du 4 octobre 1958.

On a du mal à comprendre pourquoi il faudrait s’accaparer plus de la moitié de la richesse nationale pour défendre les citoyens des comportements nuisibles. Mais la contradiction étant dans le texte lui-même, il sera très compliqué d’en changer. On voit surtout mal comment la classe politique renoncerait d’elle-même au privilège délicieux de fixer l’impôt.

Mais surtout parce que le vol légal finance quasiment toutes les actions publiques en France et également une bonne partie du privé. Même si les ardents défenseurs du socialisme comme projet de société sont de plus en plus ridicules et marginalisés et que quasiment tout le monde reconnaît sa vacuité (sans peut-être oser réellement l’admettre), le socialisme continuera à pourrir la vie politique et la société française tant qu’il réussira tant bien que mal à juguler les crises. Le dernier déversement d’argent public pour tenter d’étouffer la grogne prouve comment cette pratique est devenue banale, voire même quasiment attendue.

D’utopie progressiste, le socialisme est devenu un carcan réactionnaire dont la France aura un mal fou à sortir. Après l’amour immodéré pour le romantisme des princes brigands et les orgies d’argent des autres, arrivera le temps de la gueule de bois.