Le confinement à géométrie variable qui ne satisfera personne

Il ne s’agit ni d’un reconfinement strict, ni d’un assouplissement généralisé. L’entre-deux ne satisfera ni les ultras du confinement, ni les défenseurs de la liberté individuelle.

Par Frédéric Mas.

L’oracle de Matignon a parlé jeudi soir, 16 départements seront reconfinés, dont l’Île-de-France, les Hauts-de-France, les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime et l’Eure, le tout pendant 4 semaines et cela dès ce soir. Comme chaque jeudi, le Premier ministre Jean Castex a égrené la liste de mauvaises nouvelles et de nouvelles mesures vexatoires.

Lui comme Olivier Véran ont évité de parler de « confinement », fidèles à la communication euphémisante et infantilisante que le gouvernement manie depuis le début de la crise sanitaire. Il ne faut pas désigner les choses par leur nom, pour ne pas décourager un peuple qui sombre déjà dans la dépression.

Sans doute nos édiles anticipaient-ils les critiques qui, depuis des semaines, s’élèvent pour remettre en question ces méthodes politiques « moyenâgeuses », pour citer Paul Cassia dans Le Monde.

Pourquoi prendre en otage 23 millions de personnes pour sauver l’organisation bureaucratique des hôpitaux ? Comment se fait-il qu’en un an de crise, l’offre hospitalière reste aussi fragile, statique, sensible à la saturation de ses salles de réanimation ? On ne fait pas de management de crise en temps de crise dans les administrations françaises ?

Le fait du Prince

Il n’y a plus de Conseil scientifique pérorant sur les plateaux télé pour légitimer les actes du Prince Macron. Le locataire de l’Élysée navigue à vue, tout seul dans son château, et se passe désormais de son service. De toute façon, les scientifiques sont très divisés sur les solutions à apporter au problème sanitaire et l’instrumentalisation politique de la science les a discrédités aux yeux d’une partie non négligeable de l’opinion.

La campagne vaccinale que l’Élysée brandissait comme une sorte de joker pour revenir à l’État de droit est un échec total, aux relents désormais dystopiques avec le passeport vaccinal qui promet de nous fliquer un peu plus. La ré-autorisation de l’AstraZeneca n’y fera rien, la confiance est rompue. Comme on ne peut plus promettre aux Français le retour à la liberté – relative – par la vaccination de masse, on revient à la méthode néandertalienne du confinement bête et méchant.

« C’est une troisième voie que nous retenons, qui doit permettre de freiner sans enfermer » a déclaré Jean Castex. De fait, il ne s’agit ni d’un reconfinement strict, ni d’un assouplissement généralisé. L’entre-deux ne satisfera ni les ultras du confinement, ni les défenseurs de la liberté individuelle. Trop mou pour les uns, toujours aussi liberticide pour les autres.

On retrouve les attestations, les limites à la liberté de circuler, mais on recule l’heure du couvre-feu.

La fantaisie des commerces inessentiels

La frontière entre commerces essentiels et inessentiels s’est déplacée, sans doute grâce au lobbying intense des catégories momentanément interdites. Les libraires et les disquaires sont devenus essentiels, pas les magasins de vêtements. Les coiffeurs aussi sont épargnés par les fantaisies liberticides de la bureaucratie étatique, a déclaré Gabriel Attal.

La troisième voie macronienne, c’est l’autre nom du n’importe quoi et de l’arbitraire politico-bureaucratique total, que nos voisins connaissent sous le nom d’« Absurdistan ».

La bureaucratie a fait ce qu’elle sait faire le mieux : multiplier les règlements, créer des classifications absurdes, des normes, les exceptions aux normes, le tout pour se donner du travail, justifier sa complexité kafkaïenne et son inertie fondamentale. Son chef d’orchestre, le gouvernement, s’assure ainsi de piloter le pays maintenu dans le brouillard informationnel le plus complet.

Face aux ordres, contre-ordres, contraintes, attestations qu’accumule l’État bureaucratique, le citoyen est noyé, comme sidéré. Incertain sur le plan scientifique, accueilli froidement par les Français, profondément liberticide, ce nouveau confinement ne satisfera personne. Et c’est tant mieux : c’est un retour à l’État de droit qu’il faut.

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