Confinement en Île-de-France : et si on réorganisait l’hôpital d’abord ?

Allons-nous accepter une nouvelle fois de restreindre les libertés publiques pour éviter à l’hôpital de changer de modèle mental ?

Par Frédéric Mas.

Et si on réorganisait l’hôpital avant de reconfiner tout le monde ? Interrogé par BFM-TV, le premier ministre Jean Castex a rejoué le scénario de la peur : « Nous sommes dans une sorte de troisième vague » de la crise du covid-19 en France. Face à la détérioration sanitaire de l’Île-de-France, le gouvernement envisage de reconfiner la région comme il l’a fait pour le Pas-de-Calais ou les Alpes-Maritimes. « L’hypothèse d’un reconfinement en Île-de-France est sur la table » assure le Premier ministre.

Le confinement est une mesure radicale

Le confinement est une mesure extrême qui met les libertés publiques entre parenthèses et détruit le tissu social et économique du pays, le tout pour éviter à la bureaucratie sanitaire de s’adapter aux situations exceptionnelles. L’État y a recours par facilité car il rassure l’opinion publique et surtout décongestionne des hôpitaux publics sous pression, incapables de se réformer par temps de crise.

En effet, comment se fait-il que face à une crise qui n’en est plus vraiment une puisqu’elle dure depuis maintenant un an, les pouvoirs publics persistent à ne pas chercher à optimiser la gestion des hôpitaux pour l’accueil des patients covid ? Au lieu d’améliorer l’offre de santé, la logique bureaucratique préfère depuis le début rationaliser la demande.

Plusieurs voix ont pourtant émis récemment de grandes réserves face au réflexe bureaucratique de confinement systématique qui aujourd’hui menace Paris. Pour le professeur Philippe Juvin, chef de service aux urgences de l’hôpital George Pompidou de Paris, le confinement est une solution de facilité : il est possible de l’éviter avec une réorganisation hospitalière d’urgence.

Avant d’en recourir au reconfinement « soit on augmente nos capacités de réanimation, [par] des hôpitaux éphémères […] on organise un transfert massif des patients pour redonner de l’oxygène aux hôpitaux dans des régions qui sont moins touchées … »

Pourquoi ce qui a été fait en Chine au plus fort de la crise ne serait pas possible en France aujourd’hui ? Le 12 mars dernier, le professeur Michel Peyromaure de l’hôpital Cochin à Paris soulevait la même question taboue sur le plateau de CNews : ce sont les capacités hospitalières qu’il aurait fallu améliorer, et non prendre en otage l’ensemble de la population pour éviter l’engorgement des établissements de santé.

Dans un entretien qu’il a donné pour l’Institut des libertés, Michel Peyromaure développe sa pensée en pointant le principe de précaution et la fin de l’esprit d’entreprise qui inhibent le personnel hospitalier, et l’empêche de sortir de la routine dans laquelle la bureaucratie l’a enfermé :

Aujourd’hui on me dit c’est impossible d’élargir les capacités de réanimation en cas de pic épidémique, c’est pour ça qu’il faut confiner, […] parce qu’il faudrait former du personnel, on n’en a pas assez. Mais pendant la deuxième guerre mondiale, les gens n’ont pas attendu d’être formés pour aller à l’usine ou devenir infirmière dans des hôpitaux militaires.

Plutôt que de proposer une formation minimale aux autres membres du personnel soignant dont la charge de travail était moindre à cause de la crise, le choix a été fait de bloquer le pays. Il ne fallait pas déranger les rangs, les statuts et les hiérarchies en place.

La guerre d’Emmanuel Macron contre le virus s’arrête donc aux portes des hôpitaux.

Pas d’explosion de cas

Dans un entretien donné à TV5 monde le 14 mars dernier, Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l’Hôtel-Dieu à Paris, expliquait que nous ne sommes pas sur « une explosion de cas, une explosion de malades », seulement que le nombre de sorties des salles de réanimation est un peu inférieur à celui des entrées.

Si le nombre d’entrées en réanimation excède le nombre de sorties, alors le service est en tension et s’engorge. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est envisagé de dispatcher des patients sur d’autres établissements moins sous tension. Pour le Dr Kierzek, il y a une différence d’entrées et de sorties dans les services de réanimation d’Île-de- France d’environ 25 à 40 personnes.

Va-t-on bloquer la région entière pour quarante patients ? C’est ce qui est pourtant « sur la table ».

Le Dr Kierzek a précisé à plusieurs reprises que l’ARS était incapable d’organiser la coordination public-privé. Pire, les transferts sont organisés en fonction des modélisations mathématiques : l’ARS préfère envoyer à Bordeaux plutôt que dans les cliniques de la région pour garder des stocks de lits compte tenu des modèles mathématiques d’explosion de l’épidémie avec les variants.

Allons-nous accepter une nouvelle fois de restreindre les libertés publiques pour éviter à l’hôpital de changer de modèle mental ? Au lieu de temporiser, le gouvernement devrait revoir ses priorités et faire primer la liberté des citoyens sur le fonctionnement routinier de ses administrations.

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