Guerre contre la voiture, JO : Paris devient un enfer bobo !

Paris 2014 by nicolas michaud (CC BY-NC-ND 2.0) — nicolas michaud, CC-BY

L’avenir de Paris ne peut se réduire aux places de parking, à la largeur des trottoirs, et à la multiplication des arbres.

Par Loïk Le Floch-Prigent.

Vivre à Paris est de plus en plus difficile, et la pandémie n’y est pas pour rien. Mais les politiques menées à la fois pour préparer la capitale aux Jeux Olympiques et pour dégoûter les automobiles de circuler n’y sont pas non plus étrangères.

Tandis que les commerces ferment, que les rues sont désertées, les projets de retour à la nature fusent de toute part et visiblement un grand nombre d’édiles regrettent amèrement de ne pas vivre à la campagne, enfin une drôle de campagne, celle d’un fantasme, des terrasses, des aires de jeux, des jardins partagés et d’une débitumisation : remettre de la nature, des arbres, de la pleine terre…

Paris quittée par les Parisiens

Entre les travaux entrepris dans tous les espaces collectifs, les trouées, les coronapistes et les restrictions multiples, on comprend la ruée des Parisiens vers des terres plus accueillantes ; et sans parler de l’agressivité des habitants épuisés par les confinements, les couvre-feux et les restrictions. Mais leur apathie est aussi une surprise pour les observateurs et permet désormais toutes les audaces réformatrices. La soumission étant devenue totale, il faut en profiter.

En ce qui concerne la circulation, les automobilistes ont été gâtés. L’objectif avait d’ailleurs été clairement annoncé : les éradiquer au profit des deux roues et des piétons.

Ainsi, par exemple, ils peuvent aller d’ouest en est dans la capitale, mais ne peuvent revenir qu’en allant vers le nord ou vers le sud pour retrouver le chemin du coucher de soleil ! Les stationnements sont de plus en plus onéreux, une police spéciale les verbalise, le nombre de places sur la voie publique diminue et va encore décroître au cours des prochains mois.

On a d’abord condamné le diesel, on poursuit désormais avec tous les moteurs thermiques, non seulement automobiles mais désormais deux roues. Pour eux, est envisagé à très court terme un stationnement payant. On ne sait pas encore si les scooters et les trottinettes électriques en bénéficieront, mais enfin tous les travaux coûtent très cher et il faut bien remplir les caisses comme on peut !

D’ailleurs vous avez remarqué que Vélib électrique est fortement déficitaire et que l’augmentation des prix est inéluctable… Mais ne vous inquiétez pas, on va élargir les trottoirs, présenter un nouveau Plan vélo et enlever du bitume dès que possible.

Le Paris plus écolo en plastique

Contester ces avancées notoires vers un Paris plus écologique à la pointe de la lutte contre le réchauffement climatique est devenu rabat-joie, négationniste, car c’est dans l’air du temps, comme le disent nos commentateurs télé. C’est ce que demandent les Parisiens et les Parisiennes excédés par les intrusions de la périphérie, par ces anciens qui ne veulent pas retrouver les joies de la petite reine, et ces jeunes parents qui ne pensent qu’à multiplier leur progéniture. Le discours et l’action correspondent bien à une partie de la population, la minorité qui a voté comme il faut et dont il faut favoriser le mode de vie espéré.

Plus aucun frein ne peut désormais mettre fin à cette folie, sinon le dépôt de bilan. On dépense sans compter tandis que la population déserte peu à peu la capitale. Mais le retour dans les petites villes ne va pas de soi dans un univers de chômage et de désindustrialisation. Cette échappée déjà programmée va prendre du temps, celui du déni de réalité et de la consolidation du socle électoral.

Les riches de la planète continuant à être fascinés par la Ville lumière, les prix de l’immobilier vont se maintenir et donner l’illusion d’une réussite de la politique décidée. L’accélération des travaux va permettre une réussite médiatique de la grande fête des jeux qu’aucun gouvernement n’osera réduire ou interroger.

Depuis un an toutes les dépenses sont devenues possibles, elles n’ont donc pas de raisons d’être remises en question ; au contraire, c’est du PIB, c’est de l’emploi, c’est de l’activité.

Un jour viendra le moment des comptes, pas demain, c’est trop tôt, beaucoup trop tôt, et on se demandera ce qu’est devenu Paris et ce que l’on peut désormais en faire.

Des panels citoyens élaborent l’éradication progressive de certaines catégories de Parisiennes et de Parisiens. Ils apparaissent obsédés par un retour à la nature, et connaissent visiblement les recettes pour corriger les erreurs du passé et en faire bénéficier tous les habitants de la planète… Il serait pertinent de leur donner quelques cours d’histoire sur les civilisations anciennes qui ont fini par disparaître, bercées par des certitudes et des dogmes.

Il est clair que la concentration en périphérie parisienne d’une grande partie de la population nationale, les déplacements occasionnés par les activités nombreuses de la capitale et le centralisme français posent des problèmes difficiles pour l’avenir de la métropole.

Pénaliser les deux roues est une illusion

Réduire les solutions à la maitrise des mouvements des véhicules thermiques et au retour au vélo, à la marche, est de la courte vue. Conclure de l’évolution actuelle qu’il est urgent de faire payer les deux roues quand ils s’immobilisent dans le centre de la conurbation est une illusion.

On pourrait demander à nos édiles de se repasser les vieux films de Pékin avant l’automobile ou les envoyer faire des séjours à Cotonou ou Lomé, voire Lagos en Afrique où les deux roues ont définitivement pris le pouvoir. L’avenir de Paris ne peut se réduire aux places de parking, à la largeur des trottoirs, et à la multiplication des arbres.

Paris est la capitale de notre pays, le gouvernement et le Parlement y sont installés, avec leurs cohortes de fonctionnaires. Il y a toujours eu un conflit larvé entre la cité et l’autorité centrale ; ce n’est que très récemment que la ville dispose d’un maire (1975). Avec un pouvoir aussi centralisé que le nôtre il est effectivement compliqué d’envisager une politique divergente entre la ville et le président de la République.

Le Préfet de police a d’ailleurs des pouvoirs délégués importants qui entrent fréquemment en contradiction avec les désirs et orientations des élus municipaux.

Un projet pour Paris ne peut être indépendant d’une vision sur l’environnement de la capitale, les départements voisins, la Région avec ses élus et le Préfet d’Île-de-France. Tout est donc fait pour que des orientations contradictoires conduisent à une politique chaotique. Il est loin le temps du baron Haussmann retraçant les rues et avenues sous l’autorité du chef de l’État !

Les choix de la population la plus aisée

Cependant, il faudra bien s’intéresser un jour à ceux qui seront appelés à rester vivre à Paris et ne pas continuer à jouer les autruches. Les tarifs élevés des logements ont conduit les propriétaires de SUV à se maintenir en ville, tandis que beaucoup ont abandonné leur ambition de posséder un véhicule.

Le choix effectué est celui d’une population aisée placée dans le premier quartile des revenus. Elle peut avoir des principes écolos, vegans, elle se déplace avec délice en vélo ou en trottinette. Mais plus le temps passe et plus ceux qui résistent dans Paris à ceux que l’on a baptisé bobos sont des réservoirs communautaires qui éloignent culturellement ceux qui les dérangent.

Continuer à vouloir punir les beaux quartiers en leur imposant de la diversité relève de l’hypocrisie puisque la ville de Paris gère des immeubles en périphérie de la ville où est logé un nombre important de ménages. Ce qui frappe le voyageur en métro ou en autobus c’est l’hétérogénéité des quartiers de la capitale : on voyage de village en village, on traverse le monde avec ses langues et ses cultures.

Le choix politique réalisé est donc celui d’un fort noyau bobo et de petites ou grosses communautés multiculturelles. Les problèmes posés par ces orientations implicites sont renvoyés dans les banlieues où chaque maire essaie de trouver un peu de souplesse de gestion jusqu’à ce qu’il soit débordé par une concentration culturelle.

Les choix de Paris, celui de la lutte contre l’automobile par exemple, ont une incidence évidente sur le départ ou le maintien d’habitants dans la ville, mais ce sont ceux qui vivent ailleurs, dans la périphérie, qui dépendent du centre, et qui en souffrent, tous ces corps de métiers qui nourrissent, réparent, conduisent… et qui sont punis chaque jour par les tracés des rues, les pistes cyclables, les interdictions de stationner, le racket des parkings et des stationnements et les difficultés de traverser la ville d’est en ouest.

Seule une politique globale peut réussir dans ce contexte. Des décisions certes légitimes du point de vue légal mais injustes quand ceux qui votent ne sont pas tous les usagers, rendent les habitants de l’agglomération, de la conurbation, de plus en plus maussades ou agressifs. Vouloir se faire servir par les banlieusards, se faire livrer produits et matériels divers, et décider qu’ils ne doivent plus venir en ville et y circuler sans amendes ou paiements excessifs auraient nécessité des débats collectifs et non dans l’entre soi.

Paris est le bien commun de la nation tout entière, mais surtout de son environnement immédiat. Les diktats péremptoires de quelques élus un peu illuminés ne conduiront pas forcément à la révolution tant attendue dans certains quartiers, mais ils conduisent dès à présent à un désordre qui s’éternise, ce qui n’est pas bon pour le pays.

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