Retraites, les manœuvres financières continuent

Officiellement, la réforme des retraites est à l’arrêt et la question se pose de savoir si et quand elle redeviendra d’actualité.

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Retraites, les manœuvres financières continuent

Publié le 9 février 2021
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Par Nicolas Marques, directeur général de l’Institut économique Molinari.

Le projet de fusion des caisses de retraites existantes a achoppé sur les multiples oppositions d’acteurs craignant à tort ou à raison que le changement soit synonyme de dégradation. Dans les faits, la réalité est malheureusement différente.

Si les démarches visant à uniformiser les promesses faites aux futurs retraités sont à l’arrêt suite au dernier conflit social et à l’apparition de la pandémie, les manœuvres de fusions financières continuent. Elles visent à centraliser la trésorerie dans les mains de l’État et à réduire les réserves, pourtant très utiles, comme le montre la crise actuelle. Ces tendances concourent à dévitaliser les pratiques responsables des caisses existantes, ce qui n’est pas une bonne nouvelle du point de vue des assurés sociaux.

Les retraites, coté Agirc-Arrco

Côté Agirc-Arrco, l’étau se resserre. À partir du 1er janvier 2022, c’est l’Urssaf qui assurera le recouvrement des cotisations dues au titre des régimes de retraite complémentaire obligatoire du privé. L’État centralisera les 85 milliards de cotisations destinés chaque année à financer les retraites complémentaires du privé. Cette décision, en apparence technique, est loin d’être anodine.

Centralisateur des capitaux, l’État détiendra tous les pouvoirs, les caisses Agirc-Arrco perdant toute leur autonomie financière. Comptables des promesses faites aux salariés, elles dépendent des cotisations des salariés pour verser les pensions de retraites, selon la logique de la répartition.

Des inquiétudes existent aussi sur le devenir des réserves. Comme toutes les caisses de retraites responsables, l’Agirc-Arrco a accumulé au fil des années des réserves, représentant 65 milliards d’euros fin 2019. Placées en produits obligataires et en actions, ces réserves ont généré un gain de l’ordre de un milliard en 2019 permettant à l’Agir-Arrco d’être à l’équilibre. Mais la Covid a fragilisé les comptes, avec 7 milliards d’euros de pertes attendues en 2020.

Naturellement, les réserves serviront d’amortisseur, ce qui pose la question de leur reconstitution une fois la pandémie passée. Dans le cadre de l’accord sur la retraite complémentaire Agirc-Arrco de mai 2019, les partenaires sociaux avaient convenu qu’ils feraient en sorte d’avoir au moins la moitié des allocations en réserves à échéance de 15 ans. Il n’est pas sûr qu’ils puissent atteindre cet objectif et que l’État leur laisse les moyens de l’atteindre.

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics s’attellent à minimiser l’importance des réserves. Ils ont notamment brisé la montée en puissance du Fonds de réserves des retraites (FRR) en dépit de son succès. Ce fonds, créé en 1999, était une action intéressante de Lionel Jospin, qui avait par ailleurs bloqué la mise en place des fonds de pensions, en refusant de promulguer les décrets d’application de la Loi Thomas. Le FRR s’est moins bien développé que prévu en raison de l’inconstance de l’État, toujours à la recherche de capitaux.

Dès 2011, il a commencé à être vidé pour accélérer le remboursement de la dette sociale. Une aberration – la gestion du FRR dégage un rendement cinq fois supérieur au coût de financement de la dette cantonnée à la CADES – censée durer jusqu’à son extinction en 2022. Mais avec la crise, l’échéance a été prolongée jusqu’en 2033. Taillable et corvéable à merci, le FRR a aussi été mis à contribution pour éponger les déficits de l’assurance maladie et pourrait servir à financer la dépendance.

La crainte de toutes les caisses de retraites privées ayant des réserves est naturellement de subir le même processus, avec un État démantelant les modes de gestion responsables mis en place. On les comprend. Sous couvert de rationalisation vertueuse, l’État privilégie le court terme sur le temps long ; et en position de juge et partie, il a multiplié les mauvaises décisions en matière de retraite. Dès 1853, il fermait d’autorité 25 caisses de retraites par capitalisation.

Cette décision généralisait le financement des retraites des fonctionnaires d’État par le budget en créant une bombe à retardement. On connait la suite, avec des retraites jamais provisionnées, financées par les contribuables et de la dette. Cent soixante-dix ans plus tard, nous faisons toujours les frais de cette démarche imprévoyante qui, ironie de l’histoire, motive une réforme des retraites centralisant encore plus les pouvoirs dans les mains de l’Etat. Le contraire de la bonne gestion, de la diversification des risques et de la recherche d’anti-fragilité chère à Nicholas Nassim Taleb…

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  • Ces « cotisations », tant qu’elles restent obligatoires, sont en fait des impôts, et devraient donc à minima être gérées par des élus.

    Quel que soit le mode de financement obligatoire, par répartition ou capitalisation, ces caisses complémentaires doivent disparaître.

    Ce texte n’a pas sa place dans un site libéral.

    • Si on peut être d’accord avec vous concernant l’absurdité de la coercition dans le système de retraite, on peut se demander en revanche pourquoi vous pensez qu’il faudrait que celle ci soit confiée à des élus incompétents (au moins autant que les fonctionnaires) clientèlistes (plus que les fonctionnaires) et souvent mal intentionnés (comme les fonctionnaires).

      Et puis ce texte est là où il est. Il a sa place tant que des gens veulent bien le lire. Après, libre à nous de d’en dire ce qu’on veut. un site libéral ne se doit il pas de justement laisser la prole coercitive s’exprimer pour mieux la combattre?

      • Pour répondre à votre question :
        Parce que par définition les élus sont virables, à la différence des caisses privées dont la vocation n’est pas de prélever des impôts.

        Pour votre 2ème point vous avez raison, j’aurais du écrire :
        Ce texte n’a rien de libéral, c’est un plaidoyer pour une forme extrême de capitalisme de connivence.

    • Si les « élus » géraient bien, ça se sauraient ! Tant que ces cotisations restent obligatoires, ces caisses privées doivent en conserver la gestion. Cette même bonne gestion qui prouve que la capitalisation est la bonne solution aux retraites.
      Ce texte illustre la suprématie du libéral sur le collectiviste et a donc toute sa place ici. Ne nous leurrons pas, si demain ces cotisations ne sont plus obligatoires, chacun sera libre bien sûr de ne pas souscrire à une complémentaire, mais nul doute que ceux qui le feront cotiseront à une caisse privée… euh… bien gérée… euh ben privée quoi.

      • Pourquoi des sociétés privées sous monopole protégé par l’état et financées par des prélèvements obligatoires gèreraient mieux qu’un état, sinon grâce à la possibilité d’augmenter leurs cotisations pour équilibrer leurs comptes sans subir la sanction des urnes ?

        Vous rendez vous compte en écrivant que vous présentez la levée de l’impôt par des sociétés privées comme la suprématie du libéralisme ?

        • Ben parce que c’est déjà mieux géré, non ? Les caisses privées ont des réserves, pas parce qu’elles ont augmenté les cotisations mais parce qu’elles ont su le placer et surveiller leurs coûts.
          Le terme « lever d’impôts », vous n’avez que cet argument ? J’ai indiqué dans mon commentaire « tant que ces cotisations sont obligatoires » : elles n’y peuvent rien si c’est obligatoire !

          • Si vous appelez « gestion » le fait de ne pas être déficitaire avec des cotisations obligatoires, une situation de monopole, et la possibilité de fixer leur niveau de recettes et de dépenses à leur guise, alors tant qu’à faire je préfère votre premier argument :
            Elles sont mieux gérées … parce qu’elles sont mieux gérées.

          • Plus sérieusement, votre à priori « gestion privée = bonne gestion » serait recevable si au moins une des deux conditions suivantes était satisfaite : des cotisations facultatives, et/ou des caisses en situation de concurrence.

    • Je pense que ce commentaire est mal compris. Il ne dit pas que l’état serait meilleur gestionnaire. Seulement que ces cotisations étant de fait des impôts, ce ne devrait pas être des organismes privés qui les collectent. Qu’un voleur qui vous détrousse gère correctement son butin ou pas devrait passer après la « légitimité » de ce vol. L’idéal serait bien sûr de ne pas être détroussé, mais ça ce n’est pas envisageable de toute façon.

  • Cette socialiation des caises d reraite annonce la marche forcée vers le communisme intégral en France, avec des bureaucrates non-élus gérant la vie de tous, de l’obligation de vaccination des nouveaux-nés jusqu’à la retraite et les obsèques.
    Si vous voulez ressembler au Venezuela, continuez à voter pour ces apprentis sorciers.

  • c’est la main basse de l’état sur ce qui appartient aux cotisants : cela s’appelle du vol !

  • Comme le disait justement notre petit génie élyséen en 2017, un retraité ne produit rien, coute en pension et plus il avance en age en coût médical.
    Il est donc urgent de l’éradiquer en fixant un age limite au delà duquel il sera prié de demander à être euthanasié sans douleur et proprement. Et en cas de refus, il sera mis au pain sec et privé de tous soins avec amende dissuadant ceux qui voudraient leur venir en aide.
    Pour la France, pour la déesse planète, par vertu…….

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