La transparence sur les vaccins

Medical syringes By: Jernej Furman - CC BY 2.0

L’avancée extraordinaire que constitue la déclaration des essais cliniques dans le monde est un exemple de l’efficacité de la concurrence et de la compétition dans une économie de marché.

Par Philippe Lacoude et Guy-André Pelouze.

Ces jours-ci, sur les medias audiovisuels, nous entendons des professeurs de médecine et les habituels guerriers bornés du clavier AZERTY (sur Facebook et Twitter) raconter partout qu’il n’y a « pas de résultats disponibles sur les essais cliniques des vaccins de Pfizer et de Moderna » ! Seulement « des communiqués de presse » !

Beaucoup trop de personnes auxquelles ces déclarations sont destinées n’iront pas chercher les protocoles et les résultats des essais cliniques de Moderna et de Pfizer.

Le but de cet article est de documenter simplement les sources tangibles facilement disponibles sur les essais cliniques des différents vaccins.

La désinformation

Alain Fischer, le nouveau monsieur Vaccin recruté par le gouvernement pour nous inciter à la vaccination, part dans une grande tirade, le 3 décembre 2020, sur le « manque d’information » qu’il perçoit :

« Nous voudrions au moins vous indiquer une notion de prudence. Je crois qu’il faudra conserver tout au long de l’élaboration que vous ferez de la politique concernant la stratégie de vaccination.

C’est premièrement, pour l’instant nous disposons que de communiqués de presse des industriels. Nous attendons avec impatience, et en tant que scientifique, j’attends avec impatience, des publications scientifiques. Évidemment il y aura les dossiers qui sont adressés aux autorités réglementaires qui sont forcément très complets, qui ont déjà été adressés probablement mais dont nous n’avons pas connaissance.

Deuxièmement, par définition, le recul à ce jour sur l’évaluation de la sécurité et l’efficacité de ces vaccins ne dépasse pas 2 à 3 mois, donc c’est encore bref même si c’est très significatif.

Troisièmement les données ne sont pas encore complètes non plus pour savoir jusqu’à quel point ces vaccins sont efficaces chez les personnes les plus à risques, donc les personnes âgées et les personnes souffrant de maladies chroniques. Et enfin, dernier point qui est critique mais dont la solution prendra du temps c’est de savoir si le vaccin d’une part protège l’individu vacciné contre l’infection et, espérons-le, contre l’infection grave, mais aussi protège contre la transmission, ce qui permettrait de briser la chaîne de transmission et plus rapidement arriver à voir la pandémie se résoudre. Et il faudra plusieurs mois probablement pour avoir ce dernier type d’information, qui aussi, forcément, aura un impact sur les politiques de vaccination. »

Y’a pas à dire, ça donne envie de se faire vacciner !

De son côté, l’inénarrable Didier Raoult, jamais en manque de temps médiatique pour développer des théories toutes personnelles, se plaint lui aussi du manque de publications scientifiques : « le programme, moi que j’ai eu jusqu’à présent, ça me paraissait de la science-fiction, donc pour l’instant ce que j’ai vu c’est surtout de la publicité. Alors, j’ai pas vu d’articles scientifiques. J’attends de voir des vraies données … »

Nous passerons sur le côté cocasse de la demande de données et de publications scientifiques venant de ce personnage… Mais l’incroyable fiction dont il est à l’origine n’est pas terminée et nous frémissons en l’écrivant : il y a encore en France des études sur l’hydroxychloroquine qui recrutent des patients ! Les responsables de ces études ne doivent pas, non plus, être en mesure de lire la littérature scientifique.

Le 8 décembre 2020, sur France Inter, Éric Caumes, chef de service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Pitié-Salpêtrière (AP-HP) en ajoute une couche.

Il déplore que Pfizer et Moderna n’aient pas publié de résultats :

« Les dossiers sont à l’agence des médicaments américaine et européenne, mais on n’y a pas accès ». Il ajoute que « pour l’instant, je ne sais pas ce que ça vaut. Je n’ai pas le recul nécessaire. Je n’ai toujours pas vu une publication scientifique qui corresponde à ces vaccins ».

Nos grands professeurs sont d’accord : « pour l’instant nous disposons que de communiqués de presse des industriels », « de la publicité » et pas « une publication scientifique » !

Les sources : protocoles

Les publications scientifiques sont pourtant légion : tout d’abord, il y a les protocoles des essais.

Il est important de rappeler à ce sujet que la transparence sur les essais cliniques n’est pas arrivée toute seule ni par un oukase étatique. C’est à l’initiative du National Institutes of Health (NIH) mais aussi de groupes de scientifiques du monde entier que les essais cliniques sont répertoriés sur un site commun du gouvernement américain.

Au début, des appels à la publication du protocole et des résultats dès la décision de réaliser un essai ont été lancés par des organisations. Citons en Europe l’initiative de Alltrials.net de Ben Goldacre, le BMJ, le Centre for Evidence-based Medicine, le centre Cochrane Collaboration, la James Lind Initiative, PLOS et Sense about Science.

Cette initiative, soutenue par l’un d’entre nous depuis 2014, a beaucoup contribué à la publication des essais négatifs en particulier, une pièce essentielle du puzzle de la connaissance des effets des médicaments.

L’avancée extraordinaire que constitue la déclaration des essais cliniques dans le monde est un exemple particulièrement démonstratif de l’efficacité de la concurrence et de la compétition de tous les acteurs de la recherche biomédicale dans une économie de marché.

À ce jour :

  • AstraZeneca a publié son protocole le 17 septembre 2020 sous le titre « A phase III randomized, double-blind, placebo-controlled multicenter study in adults to determine the safety, efficacy, and immunogenicity of AZD1222, a non-replicating ChAdOx1 vector vaccine, for the prevention of COVID-19 » (111 pages).
  • Pfizer a, de son côté, publié son protocole le 29 avril 2020 (137 pages).
  • Moderna a publié son protocole le 20 août 2020 sous le titre « A phase 3, randomized, stratified, observer-blind, placebo-controlled study to evaluate the efficacy, safety, and immunogenicity of mRNA-1273 SARS-CoV-2 vaccine in adults aged 18 years and older » (135 pages)
  • Janssen Vaccines & Prevention BV a publié son protocole le 15 septembre 2020 sous le titre « A randomized, double-blind, placebo-controlled phase 3 study to assess the efficacy and safety of Ad26.COV2.S for the prevention of SARS-CoV-2-mediated COVID-19 in adults aged 18 years and older » (163 pages)
  • L’Université d’Oxford a publié son protocole sur un site dédié.

Les protocoles ne sont pas sortis du chapeau des biologistes de ces compagnies pharmaceutiques :

  • De façon à garantir une certaine indépendance, la méthodologie a été unifiée dans le cadre de l’« Operation Warp Speed », ce qui permet la comparaison des études, de leurs résultats et des effets cliniques.
  • Les protocoles ont été écrits par les plus grandes universités américaines. Par exemple, pour Pfizer et son vaccin BNT162b2, ce sont les professeurs de médecine du Yale Center for Clinical Investigation de la prestigieuse université de Yale – 65 prix Nobel, 5 médaillés Fields, 3 prix Turing ! – qui se sont mis à la tâche. Lux et veritas

Contrairement à ce que pensent les incompétents ou les mal intentionnés, il n’y a donc pas d’« essais cliniques des compagnies pharmaceutiques ». Les essais cliniques des vaccins Covid-19 sont tous réalisés par les grandes universités américaines selon ces protocoles unifiés de façon à éviter les conflits d’intérêt.

Tout ceci est disponible publiquement sur le site américain des essais cliniques de la U.S. National Library of Medicine du National Institutes of Health (NIH) comme on peut le voir ici pour Pfizer/BioNTech SE ou pour AstraZeneca.

Les sources : phases 1 et 2

Soit mais quid des résultats de ces études ?

Heureusement, tout le monde universitaire français n’est pas occupé à torpiller l’éventuelle vaccination de la population.

Comme le fait remarquer Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne), spécialiste de la vaccination et membre du comité de vaccination à la Haute autorité de santé, il « ne partage pas du tout » les propos d’Éric Caumes lorsqu’il « explique qu’il n’y a pas eu de publication. Or si, il y a eu des publications de résultats des essais de phase 1 et 2, dans de grandes revues, pour les deux vaccins [Pfizer et Moderna] dont il parle ».

Il a raison.

Pour le vaccin mRNA-1273 de Moderna, les universitaires ont publié les résultats directement dans une des plus grandes revues scientifiques :

  • En septembre, ils publient une première étude sur l’« innocuité et l’immunogénicité du vaccin mRNA-1273 du SRAS-CoV-2 chez les personnes âgées » dans le New England Journal of Medicine (NEJM), soit près de 400 pages avec les protocoles, l’article, les annexes…
  • En octobre, une autre équipe publie une seconde étude sur les effets du vaccin chez les primates non-humains. À nouveau, cette étude est effectuée dans les règles de l’art, essais cliniques randomisés, données Excel publiques, solide analyse statistique, rapport complet avec annexes détaillées.
  • En novembre, le premier groupe de chercheurs publie les résultats préliminaires des tests cliniques sur l’Homme. Encore une fois, l’étude est un modèle du genre.
  • Le 3 décembre, les chercheurs publient une étude sur la durabilité de la protection offerte par le vaccin mRNA-1273. Encore une fois, l’étude est solide.

Les études sont là. Elles sont sérieuses.

Les résultats sont là. Ils sont spectaculaires.

En particulier, les résultats de phase 1 et 2 répondent à la plupart des interrogations de Mr. Vaccin ; sur l’efficacité chez les personnes âgées ; sur la durabilité de l’immunité ; sur les effets secondaires. Ce point est important, car il est peu probable que ces scientifiques devenus des politiques ignorent ces données.

Dans l’essai de phase 2 de Moderna, une étude extensive de l’immunité post vaccinale démontre un profil particulièrement encourageant du point de vue de l’âge à la fois en immunité humorale (anticorps neutralisants) et cellulaire (cf. figure 1 de cet article).

Les sources : phases 3

Quid de la troisième phase des essais cliniques ?

La réponse rapide serait qu’elles ne sont pas terminées. Typiquement, elles prennent deux ans. Celle de Pfizer va, par exemple, prendre fin le 29 janvier 2023.

Cependant, là encore, il serait faux de dire qu’il n’y a pas de résultats puisque chaque compagnie pharmaceutique est tenue de publier les résultats d’étape des universités qui testent ses vaccins.

Par exemple, Moderna a publié les compositions démographiques de ses groupes d’essais cliniques dès le 22 octobre 2020 et les résultats préliminaires de ces derniers dès le 16 novembre 2020, près de quinze jours avant que nos professeurs français n’inondent les ondes en expliquant que rien n’était disponible.

Bien sûr, on pourrait reprocher aux résultats de Moderna pour la phase 3 de ne pas encore être publiés dans des revues à comité de lecture mais ce n’est pas le cas pour le vaccin de l’Université d’Oxford et d’AstraZeneca : pour celui-ci, les résultats, qui semblent montrer une efficacité modérée dans la prévention des cas symptomatiques de la maladie et une réduction considérable de l’hospitalisation, nous pouvons nous référer à un article du Lancet. Cet article compile les résultats de 4 essais cliniques randomisés en double aveugle sur près de 11 600 participants. Les études sont très détaillées et mentionnent les effets secondaires.

Enfin, pour le vaccin de Pfizer, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a publié tous les résultats intermédiaires des tests cliniques de phase 3 directement sur son site avant de recommander l’autorisation de mise sur le marché.

Les réunions de la FDA étant accessibles directement sur YouTube et sur Twitter, nous ne voyons pas comment le processus aurait pu être plus transparent.

Si le processus paraît superficiel à certains (essentiellement parce qu’ils n’ont pas souhaité s’en informer), la réalité est tout autre : pour recruter presque 40 000 personnes, les diviser en groupes statistiquement homogènes, payer les visites médicales, rémunérer les chercheurs des universités qui conduisent les tests cliniques, le budget des phases 1, 2, et 3 était supérieur à un milliard de dollars pour Moderna qui est, à notre connaissance, la seule compagnie qui a annoncé ses dépenses pour les essais cliniques, à ce jour.

Les résultats

Nous invitons vivement les lecteurs à regarder les résultats par eux-mêmes. Ceci est l’esprit de ce texte.

Cependant, nous devons nous attarder sur les résultats du vaccin Pfizer / BioNTech publiés par la FDA (ici).

Dans le domaine de l’efficacité, il faut examiner les résultats bruts avant les pourcentages. Deux fortes évidences :

  • le vaccin est efficace dès la première dose avec une efficacité comparable aux vaccins classiques (vaccins à virus atténué, modifié ou autre)
  • d’autre part la deuxième dose permet d’atteindre une protection à plus de 95 %.

Ceci signifie qu’il faut commencer la vaccination aussitôt que possible et que dans l’intervalle entre les deux injections un haut niveau de protection apparaît. C’est une garantie très importante.

La deuxième conséquence est la meilleure nouvelle pour les personnes à risque. En effet, à l’inverse de la grippe ce vaccin protège les personnes âgées à 93 %. Dans un EHPAD de 100 personnes, seules 7 en moyenne n’auront pas d’anticorps après la deuxième dose.

C’est pourquoi le dosage des anticorps (toutes les immunoglobulines spécifiques), un examen peu onéreux va permettre d’amplifier les résultats de la vaccination soit en concentrant la protection, soit en proposant un nouveau protocole.

 

Source : document public VRBPAC, 18 novembre 2020, FDA, page 57.

L’apparition de la protection est clairement visible sur la figure 13, avant le 21ème jour et la deuxième dose.

Source : doc. public VRBPAC modifié par les auteurs, 18 nov. 2020, FDA, p. 58.

Sur la vue plus focalisée (en noir), il est clair que les courbes divergent après le 11ème jour (encart, aussi disponible ici). La tendance de ces courbes est importante pour saisir la concomitance des évènements. C’est aussi une réponse à la question de savoir si une dose pourrait suffire.

Bien évidemment, l’étude se poursuit avec la diminution probable du groupe placebo car ceux qui ont reçu du sérum physiologique vont avoir le choix de poursuivre ou de se faire vacciner. Nous ne sommes pas dans un pays totalitaire mais avec des volontaires.

Comment ne pas évoquer les questions naturelles sur la durée de cette immunisation ?

Cette question est-elle un signe avant-coureur d’amnésie ? En effet la pandémie est là depuis un an et l’essai Pfizer a commencé en juillet… Nous en sommes à 120 jours et les nouvelles sont rassurantes sur l’immunité, comme par exemple celles de Moderna.

En revanche, comme on ne sait pas encore très bien si l’immunité naturelle après la Covid-19 dure au-delà de six mois, il est un peu prématuré de se pencher sur celle d’un vaccin dont l’essai de phase 3 vient de connaître un résultat d’étape aussi impressionnant.

Dans une étude pas encore évaluée, l’immunité naturelle (l’immunité déclenchée par l’infection par le SRAS-CoV-2) pourrait durer plus longtemps qu’on ne le pensait auparavant. Les chercheurs affirment que des niveaux d’anticorps durables et des cellules de mémoire immunitaire pourraient potentiellement réduire la gravité d’une réinfection au-delà de six à huit mois.

Des cellules T tueuses spécifiques ont été caractérisées. Pour autant, dans l’essai de Phase 2 de Moderna, l’immunité acquise après vaccination n’est pas inférieure à celle induite par l’infection et ce dans un essai où l’immunité humorale et cellulaire ont été mesurées.

Cet ensemble de faits expérimentaux permet, après ces résultats spectaculaires, de conclure à une efficacité exceptionnelle du vaccin de Pfizer BioNTech.

Sûreté

Il faut d’emblée pointer un biais cognitif désastreux qui, nolens volens, est encouragé par les messages officiels et les débats sans preuves qui agitent les plateaux de télévision.

De surcroît, les contorsions sémantiques de membres de l’exécutif ne sont pas de nature à éclairer le chemin. Invoquer la prudence pour choisir de se faire vacciner contre la grippe mais pas encore contre la Covid-19 est une erreur tragique d’évaluation du risque encouru, et ce même chez les jeunes. La grippe est très bien prévenue cet hiver par les mesures de protection personnelles et la réduction des interactions sociales (l’hémisphère sud nous a, en quelque sorte, prévenu), le vaccin était efficace à 29 % en 2018-19 et la mortalité de la grippe est faible.

En revanche, le SARS-CoV-2 qui cause la Covid-19, une maladie 20 à 50 fois plus mortelle que la grippe, ayant fait plus de 57 000 morts en France à ce jour et dont le vaccin est protecteur à 95 % est un choix prioritaire et urgent dès lors que le vaccin est disponible.

Au final, si on se vaccine contre la grippe, ce qui est utile, il faut demander la vaccination contre la Covid-19 en urgence car le risque, non seulement de décès mais surtout de morbidité associée dans la population considérée non à haut-risque, est très supérieur. C’est un exemple de rationalité limitée où l’invocation de la prudence conduit à choisir un risque plus élevé contre toute évidence.

Une fois cette question purgée, revenons à la sûreté de ce vaccin. Tout d’abord, nous rappelons que les meilleures équipes mondiales ont étudié ces résultats. Un débat sans précédent s’est instauré et certaines discussions à la FDA ont été diffusées en direct  comme précédemment les avis et analyses des scientifiques qui ont une expertise appuyée sur des travaux récents à propos des coronavirus.

Et surtout chacun est capable de lire les résultats de l’essai Pfizer. Les effets secondaires sont ceux que l’on rencontre habituellement pour les vaccins des virus respiratoires. Aucun effet grave n’est à imputer au vaccin. Ce sont les faits détaillés dans le tableau N°11, ci-dessus, et dans les revues scientifiques (ici).

Face à cette pandémie et pour optimiser la survie, chacun d’entre nous doit évaluer ces trois facteurs dans chaque décision : capacité cognitive, contrainte de temps et imperfection de l’information. Cet article vise à apporter non seulement des informations sourcées mais en même temps une aide à l’analyse des données. Grâce à la publication en ligne, il optimise aussi la contrainte de temps.

Les questions du profane

Les questions du profane sont légitimes, celles perverses des négateurs de la pandémie depuis le début, beaucoup moins.

Certains, en position académique, laissent entendre que le vaccin à ARN messager va s’intégrer dans notre génome (ADN). C’est un mensonge qui a une seule qualité : être énorme et en imposer par la peur qu’il génère. Dans le pays de Jacques Monod, quel déclin !

Pour que les personnes intéressées comprennent bien ce qu’est un vaccin à ARN messager (ARNm), c’est-à-dire très probablement un vaccin en général à l’avenir mais aussi des traitements à venir contre le cancer, voici le scénario :

  1. Le virus a des motifs antigéniques c’est-à-dire des protéines qui lui servent à entrer dans les cellules ou à se répliquer. Elles sont reconnues comme étrangères par notre système immunitaire. Une des protéines qui déclenche une réaction immunitaire est la protéine Spike (pointe) qui hérisse la surface de la membrane du virus, plus personne ne l’ignore.
  2. Pour immuniser une personne, un ARN messager transcrit à partir du génome viral lui est injecté, c’est celui du code de cette protéine Spike, antigène puissant. L’information et l’ordre de synthèse est donné à la cellule par cet ARN messager. Il est parfait, c’est un code et non une protéine bricolée ex vivo ce qui signifie que la réaction immunitaire déclenchée est spécifique. Il est impossible de reconstituer un virus avec cette seule information, donc aucun risque d’infection. En aucun cas, il ne s’agit d’un leurre ou d’une protéine différente de celle portée par le virus, ce qui devrait diminuer les effets secondaires.
  3. L’ARN messager ne peut en aucun cas s’intégrer, se lier ou s’attacher à l’ADN de nos cellules car
    1. d’une part, il n’y a pas d’adjuvant et donc la présentation au système immunitaire est identique à celle d’une particule virale sans la possibilité de l’infection ni d’effets généraux durables liés à ces adjuvants,
    2. d’autre part, l’ARNm est détruit après usage comme tous les ARNm qui circulent dans vos cellules et pour ceux qui sortent de la cellule aussi car ils sont reconnus comme non self (étranger),
    3. il n’existe pas chez l’humain d’enzyme capable d’effectuer une lecture à l’envers et de reconstituer un ADN à deux brins (l’ARN n’en a qu’un) à partir de l’ARN messager injecté, ni non plus d’autres enzymes qui seraient capables de le transporter dans le noyau et de l’intégrer dans notre ADN. Cette question est étudiée depuis des années et il n’y a, à l’heure actuelle, aucune preuve en ce sens.

À cause du principe de Brandolini, les délires d’un Perronne ou d’un Fouché – partagés des milliers de fois par des aficionados qui ne savent que copier/coller sur les réseaux sociaux – demandent du travail, des connaissances pointues, de l’énergie et de l’empathie aux esprits rationnels afin de les démonter pièce par pièce. Cette réfutation n’est pas une opinion, c’est une vérification des faits.

Conclusion

Murray Rothbard disait qu’« il n’est pas un crime d’ignorer […] une discipline spécialisée […] mais qu’il est totalement irresponsable d’avoir une opinion forte sur un sujet et d’en faire état bruyamment […] tout en restant dans cet état d’ignorance ».

En ce sens, ce n’est probablement pas grave de ne pas se donner le temps de parcourir la littérature scientifique suscitée.

En revanche, il serait criminel de vociférer sur les réseaux sociaux ou sur les télévisions son opposition aux vaccins sur la base de l’idée saugrenue que des gens qui ont payé plus d’un milliard de dollars à des universités de renom pour tester leurs vaccins – avec succès ! – et en publier les résultats – dans la transparence ! – l’auraient fait en pure perte.

Les résultats existent ; ils sont remarquables ; ils sont publics et publiés.

Le gouvernement français s’arrange probablement fort bien de ce que les handicapés en épidémiologie soient contre les vaccins. Ça évite d’avoir à expliquer pourquoi la Chine, la Russie, les Émirats, le Royaume-Uni, le Canada pour ce lundi, Israël (le 27 décembre 2020) et les États-Unis (depuis lundi) vaccinent pendant que la France pédale dans la semoule logistique (ici et ) et peut-être aussi l’Union européenne, dont l’agence EMA parle d’un avis within weeks malgré un embarrassant hacking des données…

Là, tranquille, sous couvert de vertu, le gouvernement va pouvoir dire « chers gueux obtus, nous vous avons compris, nous vous avons entendu, et nous allons attendre que la commission d’experts de Mr. Vaccin soit entièrement satisfaite dans la transparence pour commencer à distribuer les vaccins ».

La recherche en biologie moléculaire et en génétique a été sinistrée en France – guerre contre les OGM, limitations de CRISPR-CAS9, bureaucratisme et égalitarisme. Une guerre menée depuis longtemps contre l’humain, les progrès de la science par les totalitaires de l’idéologie verte et leurs alliés progressistes.

Après le génial Jacques Monod, qui a nous a légué dans Le hasard et la nécessité  (1970, éd. du Seuil) une vision lumineuse de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, où il détaille la transcription de l’ADN en ARN messager, nous n’avons pas depuis réussi à faire prospérer cette recherche fertile. Essentiellement, par prééminence des idéologies !

Trop de biologistes sont à l’épidémiologie et à la médecine ce que Thomas Piketty et Frédéric Lordon sont à l’économie. Trop de chercheurs de renom ont baissé pavillon devant les pressions de comités politiques qui asphyxiaient leurs recherches en génétique. Trop de politiciens, avocats du principe de précaution, faux semblant de leur protection ont sans arrêt vilipendé la recherche en génétique.

Pourtant, pour les deux vaccins ARNm, l’enchaînement temporel des événements scientifiques est proprement incroyable. Le virus SARS-CoV-2 a été séquencé en à peine 24 heures par les chercheurs chinois après son isolement. Les chercheurs américains ont modélisé la structure et les fonctions de la séquence de la protéine Spike en quelques jours. L’intelligence artificielle n’a mis que quelques heures à proposer des molécules ARNm susceptibles de vacciner, dont la fameuse mRNA-1273 de Moderna.

Et ce n’est pas terminé car la pandémie est un véritable désastre humain qui, en réponse, a provoqué une accélération extraordinaire de la recherche. Les progrès sont si rapides, si disruptifs qu’il s’agit d’un processus évalué en continu (on a rolling basis), un changement considérable.

Il faut d’ores et déjà s’habituer à ce type de processus qui prend sa source dans un effort de l’industrie pharmaceutique, de la recherche académique et du gouvernement, en l’occurrence le gouvernement américain. Il est de l’intérêt de toute l’humanité que cette collaboration accélérée devienne le nouveau standard, comme c’est probable.

Comme le soulignent les docteurs Eric J. Rubin, éditeur-en-chef du NEJM, et Dan L. Longo, professeur de médecine à Harvard, « la plupart des vaccins ont mis des décennies à se développer, mais [ceux contre COVID-19 sont] susceptibles de passer de la conception à la mise en œuvre à grande échelle en un an » et il est évident que « les résultats des essais [cliniques des vaccins] sont suffisamment impressionnants pour soutenir toute analyse imaginable. C’est un triomphe. »

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