Vaccins anti-covid : Jean Castex cherche à rassurer avec les mauvais outils

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Face à la défiance généralisée, Jean Castex propose une stratégie nationale de vaccination qui ressemble beaucoup à celle déjà en place depuis mars contre le covid. Peut-être un peu trop même.

Par Frédéric Mas.

Ce jeudi 3 décembre, Jean Castex a présenté la stratégie nationale du gouvernement de vaccination pour répondre à la crise sanitaire créée par le covid-19. Le maître mot du Premier ministre pour expliquer sa démarche fut « transparence » : le pouvoir politique cherche avant tout à rassurer et à préparer une campagne efficace qui devrait se dérouler en trois phases précises, suivant par-là les recommandations de la Haute autorité de Santé.

La première commencera en janvier auprès des personnes âgées en établissements (Ehpad), la seconde pour les personnes fragiles en fonction de leur âge ou de leur pathologie, et enfin la troisième sur l’ensemble de la population. Pour Jean Castex, se faire vacciner est un acte « altruiste », et il a encouragé les Français à être les « plus nombreux possible » à se faire vacciner.

Deux vaccins devraient être disponibles fin décembre en France, Pfizer/BioNtech et Moderna, après examen auprès des autorités de santé françaises et européennes. La France emboite le pas de la Grande-Bretagne, qui a été le premier pays au monde à autoriser un vaccin anti-covid grâce à une procédure accélérée.

Face au mur du scepticisme français

La France fait partie des pays qui se défie le plus des vaccins. Comme le rappelait une récente étude de la Fondation Jean Jaurès, une petite moitié de la population est contre le vaccin :

« lorsque l’on demande aux Français s’ils accepteraient de se faire vacciner contre la Covid-19, 24 % répondent qu’ils n’accepteraient probablement pas et 19 % qu’ils n’accepteraient certainement pas. »

La défiance est ancienne, et s’était déjà manifestée au moment de la grippe H1N1 : la cacophonie politique autour de la vaccination et les soupçons de conflits d’intérêts qui pesaient alors sur les autorités décisionnaires ont entaché tout l’action publique de l’État.

Toujours selon l’étude de la Fondation Jean-Jaurès, le portrait type du sceptique à l’endroit des vaccins serait plutôt jeune et féminin, et varierait non pas en fonction du degré d’éducation ou de diplôme, mais plutôt de la proximité partisane :

« les individus rejetant les institutions politiques classiques auraient […] une forte probabilité d’être également défiants envers les institutions scientifiques, en particulier chez les individus qui manifestent une sympathie pour les partis populistes de droite. »

Reste à savoir si ce « populisme scientifique » comme celui politique, ne trouve pas l’une de ses origines majeures dans les prétentions d’un État bureaucratique à la fois omnipotent et défaillant, cherchant à la fois à tout contrôler et incapable de le faire jusqu’à présent. Il s’agit ici d’une dynamique de défiance entre État et société civile bien française, qui ne date pas d’hier et teinte l’ensemble des relations des Français à leurs institutions publiques.

Une application bureaucratique classique qui génère de la défiance

De Jean Castex à Olivier Véran, on ne change pas une équipe qui gagne. De la première à la seconde vague, c’est le même logiciel bureaucratique qui appuie l’action gouvernementale, hier pour confiner et déconfiner, aujourd’hui pour vacciner.

Il y a un risque non négligeable pour que les excès autoritaires, les incohérences politico-technocratiques, le soupçon toujours présent des conflits d’intérêts au sommet qui ont érodé l’autorité de la parole publique hier sur les masques, les tests et les mesures restrictives de liberté se retrouvent tout autant demain pour la campagne de vaccination.

Le gouvernement a fait le choix des vaccins « gratuits », comprenez environ 200 millions de doses de vaccins achetés qui seront budgétés 1,5 milliard d’euros sur le compte de la Sécurité sociale. L’administration se substitue une nouvelle fois au marché, avec tous les risques que cela comporte sur l’allocation des biens qui devront être délivrés.

Au même titre, la décomposition administrative de l’exercice de vaccination par étapes, en faisant des personnes vulnérables la priorité et en renvoyant la vaccination du reste de la population en février mars devrait nous interroger sur plusieurs plans.

Au nom de la gestion du risque par l’administration publique, le vaccin est rationné, livré au compte-gouttes et sera finalement disponible pour le plus grand nombre au moment où le virus risque d’avoir quasiment disparu.

N’aurait-il pas été envisageable de penser à des procédures accélérées comparables à celles prises aux États-Unis pour intensifier la compétition entre entreprises pharmaceutiques et se libérer des lourdeurs de l’administration ?

Sans doute faut-il voir dans le choix français de passer par la voie administrative un peu de résignation : l’État bureaucratique français n’a pas la souplesse de ses voisins plus libéraux, et la capacité industrielle du pays ne peut pas entrer en compétition frontale avec ses concurrents sur un marché particulièrement compétitif.

Une évolution majeure de la situation ?

Pourquoi se faire vacciner si la situation sanitaire et politique n’évolue pas ? L’un des éléments clefs de la communication politique de l’exécutif a été de faire du vaccin une note d’espoir et le début de la fin d’une crise sanitaire qui n’a pas seulement touché la santé des Français, mais aussi les libertés publiques.

Aujourd’hui, Olivier Véran se fait beaucoup moins optimiste, et joue sur la peur d’une « troisième vague » de crise covid qui risque de rendre l’action gouvernementale à l’endroit du vaccin sinon caduque, du moins insignifiante.

Rien ne doit changer jusqu’à nouvel ordre sur le plan de l’état d’urgence sanitaire, le demi-déconfinement, la restriction des libertés publiques. Si le vaccin n’a pas de signification sanitaire et politique majeure, la nécessité de se faire vacciner, aux yeux d’une partie de nos concitoyens, s’en trouve affaiblie.

Là encore, la lisibilité de l’action publique est problématique, et n’arrive pas à gommer l’impression globale d’une gestion chaotique de la crise comparable à celles passées. Comme la crise covid, la stratégie vaccinale du gouvernement risque fort de révéler toutes les faiblesses d’un modèle social français à bout de souffle, et de plaider pour une meilleure alliance entre science et liberté.

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