L’État français est-il à l’origine du populisme ?

Je vote : La France aux Français by Gilbert-Noël Sfeir Mont-Liban (CC BY 2.0) — Gilbert-Noël Sfeir Mont-Liban, CC-BY

L’État social créé pour répondre à la défiance en a non seulement créé, mais depuis des décennies, il génère également de la frustration et du ressentiment qui se cristallisent politiquement aujourd’hui en populisme.

Par Frédéric Mas.

La colère populiste qui traverse la France n’est pas née d’hier, comme le rappelle le dernier essai de Pierre Rosanvallon1. En réponse aux différentes crises et guerres qui ont traversé l’Europe le long du XXe siècle, qui ont culminé avec deux guerres mondiales, la défiance s’est installée au sein de la société, qu’elle se manifeste à l’endroit des gouvernants ou des gouvernés entre eux2. C’est cette défiance que les politiques ont cru pouvoir combler en développant un État social fort, qui n’a cessé de s’accroître depuis la fin de la Première Guerre mondiale.

Faiblesse du capital social

Dans un essai récent, Yann Algan, Elisabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault ont montré que le populisme ne reposait pas simplement sur un rejet des élites ou une crise de confiance du peuple envers les institutions, mais aussi sur la faiblesse du capital social, c’est-à-dire les liens de confiance tissés entre les individus, liens permettant de faciliter les échanges et l’instauration des institutions au sein de la société civile3.

L’environnement culturel joue un rôle essentiel dans la fabrication de ces liens horizontaux, ce qui place la religion comme un facteur tantôt encourageant, tantôt décourageant la possibilité d’établir le terreau favorable à la coopération sociale étendue au-delà du cercle purement familial.

Seulement, développer l’État pour endiguer le phénomène de défiance et la crise du capital social n’a fait qu’aggraver la situation. En défaisant les liens sociaux créés spontanément au sein du monde social par ceux hiérarchiques et individualisés de l’administration, l’État a participé activement à l’atomisation du corps social et à la distanciation des citoyens.

Aujourd’hui, l’extension du domaine de l’État est à son paroxysme : non seulement il prétend régenter les actes les plus quotidiens du citoyen, menaçant jusqu’à ses libertés les plus élémentaires comme la propriété ou la liberté d’expression, mais il n’a plus les moyens de ses prétentions. Les Trente piteuses, qui ont succédé aux Trente glorieuses, la pression sociale exorbitante qui chasse nos talents nationaux et la dette publique colossale nous parlent de son reflux économique pourtant prévisible4.

L’État social créé pour répondre à la défiance en a non seulement créé, mais depuis des décennies, il génère également de la frustration et du ressentiment qui se cristallisent politiquement aujourd’hui en populisme.

En effet, la dépendance à un modèle social et politique qui n’a pas les moyens de ses ambitions ne pouvait que se traduire par la montée des extrêmes. Comment satisfaire maintenant toutes les demandes artificiellement créées par l’intervention publique sans un sou en caisse ?

  1. Rosanvallon, Le siècle du populisme, Seuil, 2020.
  2. Algan, Cahuc, Zylberberg, La Fabrique de la défiance, Albin Michel, 2012.
  3. Algan, Beasley, Cohen, Foucault. Les origines du populisme. Enquête sur un schisme politique et social, Seuil, 2019.
  4. Baverez, Les Trente piteuses, Flammarion 1998.
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