Pire qu’une guerre sanitaire, une guerre à l’encontre de la liberté

Opinion : pire qu’une guerre sanitaire, la crise sanitaire est une guerre à l’encontre de la liberté.

Par Alexis Sémanne.

La France est entrée le 16 mars 2020, dans ce que le Président de la République a appelé « une guerre » contre un ennemi invisible, le coronavirus. Ainsi, au-delà de ces conséquences proprement sanitaires, encore difficiles à évaluer, cette épidémie va entraîner, à n’en pas douter, la plus grande secousse économique et sociale connue par le monde depuis la crise des années 1930 et la guerre mondiale qui lui a succédé1.

Pire qu’une guerre sanitaire, cette crise est une guerre à l’encontre de la liberté. Comme le rappelait Pierre Ronsanvallon dans son ouvrage La Crise de l’État Providence (1982), l’État n’est plus uniquement en crise d’efficacité, de légitimité, et de financement, il est également entré en crise d’autoritarisme.

Ainsi, au nom de la solidarité et l’intérêt général comme maîtres mots, l’État a accru ses marges de pouvoir, et cela au détriment de la liberté économique et politique des citoyens, consommateurs, travailleurs, et entrepreneurs français. Il n’est pas sans rappeler que la devise de la France est « liberté, égalité, et fraternité ».

Or les libertés politiques et économiques fondamentales sont aujourd’hui bafouées : être libre se traduit à l’heure actuelle comme le caractère de celui qui n’est pas malade d’une grippe ou cas contact, le principe d’égalité des droits semble disparaître au profit de l’égalité des conditions, et le principe de fraternité semble avoir totalement disparu de l’esprit d’une large part de nos concitoyens qui favorisent une logique individuelle, et parfois à juste titre.

Attestation justifiant le déplacement, politique de certification de l’État afin de définir ce qui relève des biens essentiels et non essentiels, politique de fermeture autoritaire de commerces et d’industries, prohibition de la chloroquine, il est temps pour les citoyens de comprendre et d’analyser que cette crise n’est pas uniquement une crise sanitaire, c’est une crise de légitimité de l’intervention de l’État et de nos libertés politiques et économiques qui se met en place et qui tend à s’aggraver et à s’institutionnaliser si nous n’en prenons pas conscience dès maintenant.

Il semble cependant légitime de questionner

  1. les résultats sanitaires escomptés.
  2. les motivations de notre gouvernement.
  3. les raisons institutionnelles et démocratiques qui nous amènent à cette dérive totalitaire.

Le résultat sanitaire escompté

Quel résultat sanitaire peut-on attendre de cette privation (espérons temporaire) de nos libertés individuelles ? Prenons une logique économique pour illustrer notre argument.

Comme le rappelle sensiblement l’économiste et philosophe autrichien Ludwig Von Mises dans Interventionism (1926), les mesures interventionnistes économiques finissent par conduire à une baisse du niveau de vie moyen, même si la distribution qu’elles opèrent peut bénéficier, surtout à court terme, à certaines parties de la population !

Ses thèses s’appliquent également aux enjeux sanitaires : les mesures interventionnistes sanitaires finissent par conduire à une baisse du niveau de vie sanitaire moyen (santé psychique, cognitive, psychologique, physique, physiologique) même si la distribution qu’elles opèrent peut bénéficier, surtout à court terme, à certaines parties de la population.

Le réel intérêt de l’État et du gouvernement

Quel est donc le réel intérêt de l’État et du gouvernement à appliquer ces politiques publiques castratrices ? Les thèses de James M. Buchanan (Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel 1986) semblent être des plus éclairantes à cette question séminale. Le chercheur nous rappelle que l’État demeure un agent économique rationnel comme les autres, au même titre que les entreprises et les ménages.

Dans son ouvrage Les limites de la liberté (1992), l’économiste de Chicago nous rappelle que l’État est un agent économique utilitariste, c’est-à-dire qu’il cherche à maximiser son pouvoir économique et politique par tous les moyens, et tous les moyens et arguments sont bons.

Et quand je pense à « tous les arguments sont bons », comme le disait si bien Milton Friedman dans son ouvrage fondamental A Monetary History of the United States, 1867-1960 (1963) à l’égard de l’échec des politiques monétaires menées par la banque centrale américaine durant la crise de 1929 : jamais une administration publique ne se dira elle-même responsable, même en partie, d’une catastrophe économique.

Se dédouaner de ses responsabilités est l’un des principes fondamentaux de l’incompétent et du cupide qui cherche à maintenir son emploi, et c’est bien normal.

Pire encore, accuser et blâmer des facteurs exogènes afin de détourner l’attention et accroître son pouvoir et sa légitimité demeurent une tactique fructueuse : argumentum ad hominem à l’encontre des chercheurs et individus ne se pliant pas au planisme bienveillant du gouvernement, interdiction de manifestation sélective (Gilets jaunes ou autres) pouvant remettre en cause la légitimité du gouvernement, retrait de licence médicale professionnelle « aux traîtres », technique de culpabilisation des populations pour leur « manque de discipline et de solidarité », invectives à l’encontre du « libéralisme » qui a contribué à « l’effondrement du système de santé » (et qui bien sûr implique une hausse impérative et immédiate des financements publics).

Rappelons un exemple historique éloquent utilisé par Milton Friedman afin d’illustrer cette technique employée par l’État à l’encontre des détracteurs de sa politique dans le but de limiter l’exposition au grand public d’une position antagoniste :

« Dans la pratique, un exemple frappant de ces principes abstraits nous est fourni par l’expérience de Winston Churchill. De 1933 jusqu’à l’éclatement de la Deuxième Guerre mondiale, Churchill se vit interdire de parler à la radio britannique, qui était, bien sûr, un monopole d’État géré par la British Broadcasting Corporation. Voilà donc un citoyen de premier plan, un parlementaire, un ancien membre du cabinet, un homme qui essayait avec la dernière énergie et par tous les moyens possibles de persuader ses compatriotes de prendre les mesures nécessaires pour écarter la menace de l’Allemagne hitlérienne — et à qui il n’était pas permis de s’adresser par la voie des ondes au peuple britannique parce que sa position était trop ‘sujette à controverse‘ ». Milton Friedman, Capitalisme et Liberté (1962).

L’on remarque également cette bronca effectuée par le ministre de la Santé Olivier Véran, qui semble confirmer notre propos. Mardi 3 novembre à l’Assemblée nationale, d’un ton satisfait face à une crise sanitaire qui semble le dépasser tant émotionnellement que politiquement, le ministre de la Santé a en effet explosé de colère face aux députés de l’opposition lors de sa prise de parole à l’issue du projet de loi sur la prolongation de l’État d’urgence sanitaire à l’Assemblée nationale : « C’est ça la réalité, mesdames et messieurs les députés. Si vous ne voulez pas l’entendre, sortez d’ici ! »

Cette réplique doit se comprendre telle une dérive autoritaire, se faisant au nom de la « vérité ». Le gouvernement souhaitait en effet prolonger jusqu’au 16 février 2021 l’État d’urgence sanitaire, alors que, profitant du fait que les députés de la majorité étaient peu nombreux dans l’hémicycle, l’opposition avait réussi à adopter deux amendements pour instaurer sa prolongation jusqu’au 14 décembre.

Comment expliquer cette dérive institutionnelle et démocratique

Avant toute chose, ce sont nos libertés fondamentales qui sont attaquées, et comme nous le rappelle le penseur de la démocratie Alexis de Tocqueville, dans son fabuleux ouvrage, De la démocratie en Amérique (1835), qui devrait être dans les bibliothèques de tout vrai démocrate, la démocratie court le risque de déboucher sur un « despotisme démocratique ».

En effet, l’État peut encourager l’individualisme par des politiques publiques favorisant le bien-être matériel des individus et en organisant leur vie dans les moindres détails (politique de redistribution des richesses, sécurité sociale, politique du logement et de l’urbanisme, éducation et recherche).

Les individus risquent alors de renoncer à exercer leur liberté dans l’arène politique pour se consacrer à leurs affaires et à leur famille. L’action de l’État va leur paraître d’autant plus légitime que ce dernier va traiter les membres de la société de façon perceptiblement égalitaire.

Selon Tocqueville, cette forme de despotisme peut donc être qualifiée de démocratique car elle est respectueuse en partie de l’égalité des droits et qu’elle est consentie par les citoyens.

Le second risque encouru par la démocratie est ce que Tocqueville appelle « la tyrannie de la majorité ». Dans un système démocratique, les individus ont « une passion ardente pour l’égalité », égalité sanitaire dans notre cas, et seulement « un goût naturel pour la liberté ».

Des individus réduits à l’atomicité sont sans pouvoir face à l’opinion publique et à la machine bureaucratique. Le risque majeur de la démocratie est donc la soumission plus ou moins volontaire de l’individu à la volonté du plus grand nombre, grand nombre terrorisé et affolé par les médias et les pouvoirs publics ; soit financés par le contribuable, soit aux services des grands monopoles, eux-mêmes en connivence avec les pouvoirs publics.

Comment remédier à ces maux selon Alexis de Tocqueville ? La tyrannie peut être évitée grâce à la participation des citoyens aux affaires publiques ! Reste à enlever le masque pour nous faire comprendre !

 

  1. Vatin, F. (2020). De l’économie : Suivi de L’économie de guerre sanitaire. Paris: Laborintus.
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