Confinement : de la réticence à la révolte

La France et la Grande-Bretagne semblent être les seules à avoir choisi des normes dures, restreignant même les déplacements des particuliers. Et pendant ce temps, la Suède ne confine toujours personne…

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Confinement : de la réticence à la révolte

Publié le 19 novembre 2020
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Par Thierry Afschrift.

Des études le montrent : les Français, tout comme les habitants de la plupart des pays européens reconfinés, respectent de moins en moins les injonctions qui leur sont faites par les autorités.

Un sondage a ainsi montré que 60 % des Français reconnaissaient avoir enfreint au moins une des règles de confinement, alors qu’au printemps, une étude similaire n’aboutissait qu’à 33 % d’infractions reconnues.

Cela correspond à l’impression qu’on en retire, un peu partout en Europe, en remarquant qu’il y a vraiment beaucoup plus de mouvements dans les rues, sur les routes, et que le télétravail, théoriquement obligatoire lorsqu’il est possible, est loin d’être la norme.

Le choix d’un reconfinement strict

Des experts et des journalistes ont avancé un certain nombre d’explications pouvant éclairer une partie du phénomène. On dit ainsi que tout en étant l’un des plus sévères d’Europe, le confinement français l’est quand même un peu moins qu’au printemps, notamment parce que les écoles demeurent ouvertes.

C’est le choix d’ailleurs, de plusieurs autres États européens, et la plupart ont opté pour des règles moins contraignantes, aboutissant à un semi-confinement (Belgique), à un « semi-confinement régional » (Espagne, Suisse), à des fermetures limitées à certaines activités (Allemagne), ou variables selon les activités et les régions (Italie).

La France et la Grande-Bretagne semblent être les seules à avoir choisi des normes dures, restreignant même les déplacements des particuliers. Et pendant ce temps, la Suède ne confine toujours personne…

Il a été avancé qu’un confinement en automne est beaucoup plus difficile à supporter, en raison de la dépression saisonnière subie par beaucoup de gens, ou parce que le moral est moins bon. On a aussi dit, paradoxalement, qu’un confinement un peu moins sévère laisse plus d’échappatoires et est finalement encore moins respecté.

D’autres ont expliqué qu’une partie de la population n’ayant éprouvé aucune difficulté de santé depuis le printemps, en a retiré une espèce de sentiment d’invulnérabilité, qu’elle n’avait pas en mars dernier.

Tout cela est sans doute exact, et représente une partie des motifs d’un moindre respect des normes imposées à la population.

Des contraintes lourdes

Mais il ne faut pas dissimuler qu’il y en a d’autres, qui mettent sans doute davantage en cause les autorités.

Un premier motif est que, malgré l’usage des termes « déconfinement » et « reconfinement », depuis le mois de mars la population se trouve en permanence soumise à des restrictions plus ou moins sévères selon les époques et en a tout simplement assez. Les contraintes, surtout en période de confinement, mais même cet été, sont lourdes, et pèsent gravement sur les libertés individuelles.

Si beaucoup s’y sont soumis en mars de bon gré ou non, c’est sans doute à cause de l’effet de surprise, face à un mal encore inconnu et parce que les autorités bénéficiaient d’une certaine présomption de légitimité face à une situation que personne n’avait encore connue en Europe.

On ne peut expliquer autrement l’obéissance printanière à des normes que l’on croyait réservées à des régimes totalitaires.

Face à un virus peu connu, on s’est cru en devoir d’écouter les experts unilatéralement choisis par le gouvernement et de respecter, en général, l’autorité de celui-ci.

Il a pu se présenter avec une image fausse de sauveur. Il était politiquement incorrect de critiquer les mesures qu’il édictait, aussi arbitraires qu’elles soient.

Aujourd’hui, le temps a passé. Peu de gens se révoltaient et manifestaient pour défendre leurs libertés lors de la première vague. À présent, même s’il s’agit de mouvements peu organisés, les protestations viennent de partout en Europe, soit sous forme de manifestations souvent illégales en raison des mesures Covid, ou tout simplement par des prises de position publiques opposées aux mesures.

Confinement et crise de confiance

La confiance en les autorités s’est émoussée. Tout le monde a compris que les pays qui ont confiné le plus durement sont aussi ceux qui ont déploré le nombre le plus important de victimes et l’on sait aussi que les pays qui n’ont pas été confinés, de la Suède à Taïwan, en passant par la Corée du Sud, sont ceux qui ont le mieux combattu le virus, et qui, aujourd’hui, ne connaissent pas de deuxième vague.

Tout simplement, une part plus importante de la population, certes non majoritaire, commence à se dire que les efforts gigantesques qui lui sont demandés sont probablement inutiles, ou hors de proportion avec le danger.

On bloque un pays entier, provoque des faillites en masse et envoie des millions de personnes au chômage pour combattre un virus qui cause relativement peu de victimes, même si c’est bien sûr toujours trop.

On ne se demande même pas s’il ne serait pas plus efficace de protéger les personnes à risque qui le souhaitent. Ou de recourir à des mesures moins attentatoires aux libertés, comme le fait l’Allemagne avec de bien meilleurs résultats.

La confiance dans les autorités et ses décisions n’est plus aussi présente. Un nombre croissant évolue de la réticence à la révolte plus ou moins exprimée.

Enfin, l’injustice apparaît de plus en plus criante pour une partie de la population qui travaille comme indépendant ou comme salarié dans les secteurs les plus touchés (restaurants, commerces de détail non alimentaire, sport, culture, tourisme, transport…).

C’est elle qui supporte de plein fouet les sacrifices imposés par l’État, tandis qu’aucun dommage financier n’est subi par tous ceux qui vivent à sa charge et à celle des autres collectivités.

Ceux là se disent souvent qu’il y a une limite au-delà de laquelle cette discrimination, à peine compensée par des aumônes versées par le pouvoir, devient intolérable, surtout lorsque l’on commence à douter de l’efficacité et de la proportionnalité des moyens mis en œuvre pour atteindre l’objectif sanitaire affirmé.

Il ne faut donc pas s’étonner de la prétendue indiscipline des habitants. Elle est logique, et si le pouvoir s’obstine dans sa dérive autoritaire, même la répression ne suffira plus à assurer le respect de règles auxquelles une part de plus en plus significative de la population n’adhère plus.

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  • Un sondage déclaratif ne prouve pas grand chose.. le basculement des chiffres peut très bien provenir , au moins en partie, d’un changement dans la perception du confinement les gens se sentent moins gênés à dire qu’ils ont violé les règles..car l’image civique positive du confinement a changé..en un bidule bureaucratique.. ceci dit..

  • Attention quand même, la Suède vient d’ordonner un confinement pour la première fois.
    Mais je suis d’accord que l’idée d’imposer un confinement général alors que la moitié de la population est contre est inapplicable dans un pays démocratique

  • Les pays qui ont observé les plus mauvais résultats ont confiné.
    Les pays qui ont confiné ont observé les plus mauvais résultats.
    Ca sent le confinement dans un cercle vicieux…

    • Ça sent le confinement dans un cercle vicieux… et dans un air vicié, d’où le problème de refuser aux gens le droit de s’aérer, faire du sport, ne pas vivre en quasi permanence à l’intérieur avec souvent d’autres personnes et la moitié du temps avec un masque

      • «Ce qui signifie qu’émergera de cette crise une nouvelle normalité, faite de raports sociaux déshumanisés et d’une liberté très restreinte.»

        Des rapports sociaux déshumanisés. C’est aussi difficile à faire que de désintégrer un atome, un état très temporaire tout au plus.
        Franchement qui peut savoir ce qu’il émergera de cette crise. L’expérience nous enseigne que c’est beaucoup moins qu’on ne l’imagine : le monde de demain sera celui d’aujourd’hui avec une expérience nouvelle. En général ce n’est pas des crises qu’émergent de plus grands problèmes puisque la crise est une phase de correction. L’incertitude principale réside dans ce que la correction ne soit pas épuisée.

  • en espérant que les veaux que sont les français se changent en chevaux qui ruent dans les brancards ….

  • en France, l’Administration écrit beaucoup de lois, règlements… (par milliers), mais qui ne sont pas appliqués, parce que au final…inapplicables !

    beaucoup d’énergie et d’argents dépensés pour rien.

    • C’est pas nouveau, Sarkozy le faisait aussi: un fait divers, une loi (avec les prunes qui vont avec bien sûr!). Et encore bien avant Sarko, tout un fatras de lois mal foutues, inapplicables parce que toujours ciblées sur des situations particulières plutôt que générales.

      • Et si ça n’avait commencé que sous Sarkozy… Depuis Giscard au moins on a une logorrhée législative aiguë, indexée sur les mouvement de boyaux des grands journaux et de leurs unes.

  • Semi-confinement en Belgique ? Comme dirait l’autre, il n’y a aucun « stay-at-home » chez nous… les bars, restaurants, coiffeurs, manucure sont fermés; des rayons de jouets inaccessibles. Mais les écoles sont ouvertes (avec quelques adaptations), je peux faire mes 100km de vélo sans soucis, les magasins de bricolage, les papeteries, les laveries, les ventes à emporter, les entreprises sont ouvertes. Mais ya des limites de regroupement et pas plus de euh.. 1 personne en contact proche (je crois…)
    Pour la Suède, l’auteur ne compare toujours pas avec la Finlande et la Norvège qui ont adopté des mesures plus strictes. Les chiffres sont éloquents. (raisonnablement plus strictes vu que la situation ne demandait pas de mesures très strices). Je parie que sur l’île de North Sentinel, il n’y a eu aucun cas de covid : est-ce que parce qu’il n’y a pas eu de confinement ?

    • Bah c’est comme la France, un formulaire en moins. 😉

    • Les mesures « strictes » en Norvège étaient de l’ordre de notre « déconfinement relaxé du slip » de l’été… Faut pas comparer notre camp de concentration à ciel ouvert avec les pays scandinaves. Ca ne passerait pas là bas (et comme le taux d’armes à feu par habitant est un des plus élevé des pays développés, le gouvernement n’est pas tenté comme ici).

  • Le peuple ne croit pas tout ce qu’on lui dit et c’est plutôt bon signe.
    La corrélation entre ce confinement, qui ne confine que les commerces non essentiels, et la baisse des entrées en réa me parait suspecte.
    Et si on exposait le problème à l’envers !
    Le gouvernement a reconfiné au moment où les courbes indiquaient déjà une chute probable des contaminations.
    Il pourra maintenant nous affirmer sans vergogne « Nous avons fait le bon choix et nos décisions ont permis de sauver 400000 vies »
    Par contre nous devrons encore attendre pour les promenades en forêt et les dîners au restaurant.
    Pour la forêt pas d’inquiétude, elle sera toujours là quand on sera libérés, en attendant que l’ONF soit vendu à la Chine.
    Pour les restaurants, on aura sans doute un choix restreint étant donné que beaucoup de malheureux restaurateurs auront mis la clé sous la porte.
    Quand on sait le mal que certains se donnent, notamment dans nos campagnes, ça nous fait mal pour eux.
    Il est vrai qu’on en parle peu, l’essentiel des reportages étant faits à Paris.
    L’après Covid risque d’être violent et ça le pouvoir le sait bien.
    C’est pour ça qu’il nous maintient dans cette semi torpeur

    • Ok ok !
      1/ Mais du point de vue de la cohérence je suis perdu !
      Voici que le gouvernement nous maintient dans cette semi-torpeur pour que nous citoyens ne nous révoltions pas, alors que ce qui produirait ce sentiment de révolte est justement la mesure qui nous maintient dans cette torpeur.

      2/ Quel serait le mobile de cette intentionalité ?
      Je n’en vois pas de clairement identifié à moins de comploter, c’est tout bonnement multifactoriel : il peut y avoir des dysfonctionnements (organisation), des fautes et des erreurs (personnes), des circonstances (hasard)… le tout en interaction permettant difficilement de démêler les fils.

  • «Il ne faut donc pas s’étonner de la prétendue indiscipline des habitants. Elle est logique, et si le pouvoir s’obstine dans sa dérive autoritaire, même la répression ne suffira plus à assurer le respect de règles auxquelles une part de plus en plus significative de la population n’adhère plus.»

    Donc si j’étends ce raisonnement aux sauvageons des banlieux, qui comme tout le monde le sait, n’adhèrent pas aux règles du pays même en temps normal, plus d’autorité et de répression n’aura pour seul résultat que plus d’indiscipline.

    Le problème de fond concerne les règles, X, Y ou Z peu importe, elles doivent être partagées. Que les représentants aient confiance dans les représentés et inversement. Comme dans un contrat chaque partie doit se montrer à la hauteur de manière à garantir le gagnant-gagnant. C’est un processus complexe et lent, bien trop pour s’exercer prendant un phénomène concentré comme la Covid.

    Il faudra en tirer avantage en analysant les dysfonctionnements imputables à chaque partie. En revanche si A, B,C.. se rejettent la faute, c’est certain que tous seront perdants.

  • La dureté se traduit autrement dans certains autres pays. Canada, Australie…, d’autres lesures autoritaires sont à l’oeuvre.
    Car le confinement n’est qu’un moyen pour un objectif qui, partout, est le totalitarisme. Du moins partout dans les nations dites « libres », où les dirigeants ne sont pas complètement inféodés au NOM

  • Plus qu’avec le confinement ou pas on remarque une belle correlation entre le taux de morts causés par ce virus et le niveau de socialisation des systèmes de santé et de puissance du « deep state ». Les pays où les gouvernement ne prétendent pas règler en tout la vie de leurs sujets (d’autres mots seraient mensongers) n’ont pas eu de pics de mortalité trop marqués ET pas eu de confinement. Le lien n’est pas direct, juste le « facteur confondant » qui est l’excès de bureaucratie et l’obésité du Léviathan.

  • Imaginez que des malfaiteurs en bandes organisées aient infiltré les lieux de pouvoir pour faire mains basses sur le pays. Quelle politique pratiqueraient-ils? Quel type de pouvoir exerceraient-ils?

    Cela fait plus de huit mois que nos vies nous sont volées, que nos capacités de travailler pour la réalisation de nos projets destinés à améliorer notre sort (sorts individuels et sort collectif) sont ruinées. Pour le profit de qui?. A qui le crime profite?

    Quel pouvoir légitime va émerger qui ordonne à une Police digne de ce nom d’arrêter les auteurs du vandalisme en cours auquel nous sommes supposés continuer d’assister sans broncher?

    Nous ne sommes pas les veaux dont rêvent les tyrans pour justifier qu’ils en fassent un carnage, ni des lapins hypnotisés par l’engin de mort qui va les écraser. Nous sommes des buffles immobiles qui prennent la mesure de l’attaquant auquel nous sommes confrontés et qui se concentrent en énergie pour charger. Les toréadors d’opérette qui nous plantent des banderilles pour épuiser notre résistance feraient mieux de quitter l’arène avant que nous les réduisions en bouillie. Leur mascarade a assez duré.

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