Confinement : de la réticence à la révolte

Locked Out By: Steven-L-Johnson - CC BY 2.0

La France et la Grande-Bretagne semblent être les seules à avoir choisi des normes dures, restreignant même les déplacements des particuliers. Et pendant ce temps, la Suède ne confine toujours personne…

Par Thierry Afschrift.

Des études le montrent : les Français, tout comme les habitants de la plupart des pays européens reconfinés, respectent de moins en moins les injonctions qui leur sont faites par les autorités.

Un sondage a ainsi montré que 60 % des Français reconnaissaient avoir enfreint au moins une des règles de confinement, alors qu’au printemps, une étude similaire n’aboutissait qu’à 33 % d’infractions reconnues.

Cela correspond à l’impression qu’on en retire, un peu partout en Europe, en remarquant qu’il y a vraiment beaucoup plus de mouvements dans les rues, sur les routes, et que le télétravail, théoriquement obligatoire lorsqu’il est possible, est loin d’être la norme.

Le choix d’un reconfinement strict

Des experts et des journalistes ont avancé un certain nombre d’explications pouvant éclairer une partie du phénomène. On dit ainsi que tout en étant l’un des plus sévères d’Europe, le confinement français l’est quand même un peu moins qu’au printemps, notamment parce que les écoles demeurent ouvertes.

C’est le choix d’ailleurs, de plusieurs autres États européens, et la plupart ont opté pour des règles moins contraignantes, aboutissant à un semi-confinement (Belgique), à un « semi-confinement régional » (Espagne, Suisse), à des fermetures limitées à certaines activités (Allemagne), ou variables selon les activités et les régions (Italie).

La France et la Grande-Bretagne semblent être les seules à avoir choisi des normes dures, restreignant même les déplacements des particuliers. Et pendant ce temps, la Suède ne confine toujours personne…

Il a été avancé qu’un confinement en automne est beaucoup plus difficile à supporter, en raison de la dépression saisonnière subie par beaucoup de gens, ou parce que le moral est moins bon. On a aussi dit, paradoxalement, qu’un confinement un peu moins sévère laisse plus d’échappatoires et est finalement encore moins respecté.

D’autres ont expliqué qu’une partie de la population n’ayant éprouvé aucune difficulté de santé depuis le printemps, en a retiré une espèce de sentiment d’invulnérabilité, qu’elle n’avait pas en mars dernier.

Tout cela est sans doute exact, et représente une partie des motifs d’un moindre respect des normes imposées à la population.

Des contraintes lourdes

Mais il ne faut pas dissimuler qu’il y en a d’autres, qui mettent sans doute davantage en cause les autorités.

Un premier motif est que, malgré l’usage des termes « déconfinement » et « reconfinement », depuis le mois de mars la population se trouve en permanence soumise à des restrictions plus ou moins sévères selon les époques et en a tout simplement assez. Les contraintes, surtout en période de confinement, mais même cet été, sont lourdes, et pèsent gravement sur les libertés individuelles.

Si beaucoup s’y sont soumis en mars de bon gré ou non, c’est sans doute à cause de l’effet de surprise, face à un mal encore inconnu et parce que les autorités bénéficiaient d’une certaine présomption de légitimité face à une situation que personne n’avait encore connue en Europe.

On ne peut expliquer autrement l’obéissance printanière à des normes que l’on croyait réservées à des régimes totalitaires.

Face à un virus peu connu, on s’est cru en devoir d’écouter les experts unilatéralement choisis par le gouvernement et de respecter, en général, l’autorité de celui-ci.

Il a pu se présenter avec une image fausse de sauveur. Il était politiquement incorrect de critiquer les mesures qu’il édictait, aussi arbitraires qu’elles soient.

Aujourd’hui, le temps a passé. Peu de gens se révoltaient et manifestaient pour défendre leurs libertés lors de la première vague. À présent, même s’il s’agit de mouvements peu organisés, les protestations viennent de partout en Europe, soit sous forme de manifestations souvent illégales en raison des mesures Covid, ou tout simplement par des prises de position publiques opposées aux mesures.

Confinement et crise de confiance

La confiance en les autorités s’est émoussée. Tout le monde a compris que les pays qui ont confiné le plus durement sont aussi ceux qui ont déploré le nombre le plus important de victimes et l’on sait aussi que les pays qui n’ont pas été confinés, de la Suède à Taïwan, en passant par la Corée du Sud, sont ceux qui ont le mieux combattu le virus, et qui, aujourd’hui, ne connaissent pas de deuxième vague.

Tout simplement, une part plus importante de la population, certes non majoritaire, commence à se dire que les efforts gigantesques qui lui sont demandés sont probablement inutiles, ou hors de proportion avec le danger.

On bloque un pays entier, provoque des faillites en masse et envoie des millions de personnes au chômage pour combattre un virus qui cause relativement peu de victimes, même si c’est bien sûr toujours trop.

On ne se demande même pas s’il ne serait pas plus efficace de protéger les personnes à risque qui le souhaitent. Ou de recourir à des mesures moins attentatoires aux libertés, comme le fait l’Allemagne avec de bien meilleurs résultats.

La confiance dans les autorités et ses décisions n’est plus aussi présente. Un nombre croissant évolue de la réticence à la révolte plus ou moins exprimée.

Enfin, l’injustice apparaît de plus en plus criante pour une partie de la population qui travaille comme indépendant ou comme salarié dans les secteurs les plus touchés (restaurants, commerces de détail non alimentaire, sport, culture, tourisme, transport…).

C’est elle qui supporte de plein fouet les sacrifices imposés par l’État, tandis qu’aucun dommage financier n’est subi par tous ceux qui vivent à sa charge et à celle des autres collectivités.

Ceux là se disent souvent qu’il y a une limite au-delà de laquelle cette discrimination, à peine compensée par des aumônes versées par le pouvoir, devient intolérable, surtout lorsque l’on commence à douter de l’efficacité et de la proportionnalité des moyens mis en œuvre pour atteindre l’objectif sanitaire affirmé.

Il ne faut donc pas s’étonner de la prétendue indiscipline des habitants. Elle est logique, et si le pouvoir s’obstine dans sa dérive autoritaire, même la répression ne suffira plus à assurer le respect de règles auxquelles une part de plus en plus significative de la population n’adhère plus.

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