Vers un pic de Covid-19 en France ?

@andyadcon, 2020, CC-BY

La politique optimale en matière de santé est aussi la politique optimale en matière d’économie.

Par Philippe Lacoude.

La fin du début…

Début juillet, dans mes romans-feuilletons de Contrepoints, je me demandais si c’était le « début de la fin » ou « la fin du début » de la Covid-19 en faisant le tour de la littérature scientifique du moment.

Tout dépendait de deux choses : du degré réel de contagion de la maladie et du taux réel d’immunité de la population.

  1. Si on avait mal calculé le taux de reproduction de base R0 en le surestimant, la maladie aurait été moins contagieuse et nous aurions peut-être déjà atteint l’immunité de groupe.
  2. S’il existait une immunité naturelle – si certaines personnes ne peuvent jamais contracter le SARS-CoV-2, le virus de la Covid-19, là encore, on avait peut-être atteint l’immunité de groupe. Était-ce la raison pour laquelle la Covid-19 avait (presque) complètement disparu ? Quid du taux de sérologie positive de la population ? Était-il tel que calculé par les épidémiologistes ou ces derniers se plantaient-ils en ratant une partie des malades ?

La cloche

Après tout, les plus grands experts mondiaux de la virologie nous expliquaient alors (sur YouTube !) que « l’épidémie de coronavirus comme on avait commencé à le voir prend une forme de cloche qui est très banale chez les maladies virales. Vous voyez, ça c’est le nombre de cas hebdomadaires que nous nous voyons ici à Marseille qui a cette forme de cloche très typique mais qu’on a tous les ans avec la grippe […] L’histoire de ce rebond, j’sais pas d’où ça sort, m’enfin, c’est pas les maladies respiratoires qu’on connaît. Elles n’évoluent pas en dos de chameau. »

Sauf, évidemment, le syndrome respiratoire aigu sévère (SARS) en 2003, à Hong-Kong, dont la série de cas a suivi la forme suivante selon le Journal of Epidemiology & Community Health (BMJ) :

Covid-19

Les Cassandre qui parlaient de rebond, de deuxième vague ou de résurgence avaient-ils tout faux ?

Que nenni !

Comme je le notais à l’époque, « pour que l’épidémie touche à sa fin – si un R0 de 3,0 est réaliste – il faudrait que 59 à 63 % des individus ne soient pas naturellement immunes. Ce n’est simplement pas compatible avec les données que nous possédons sur les bateaux de croisière, les navires de guerre, les prisons et les maisons de retraite. […] En résumé, pour le moment [en juillet 2020 !], en l’état de la recherche, l’hypothèse d’une immunité naturelle préexistante ne permet pas de clore l’écart entre les 67 % de séroprévalence dont nous aurions besoin et les 8 % (au mieux) que nous observons. Quiconque prétend que la crise est terminée sans apporter soit des preuves d’une réévaluation du R0 (substantiellement à la baisse), soit de la prévalence de la sérologie (substantiellement à la hausse), soit d’une forte immunité naturelle d’une fraction importante de la population, fait une profonde erreur d’appréciation. »

Covid-19 : où en sommes-nous ?

Hélas, tout est devenu parfaitement clair. Le SARS-CoV-2 n’avait pas disparu.

Ceux qui pensaient qu’il avait touché une large fraction de la population sans être diagnostiqué avaient tort. La théorie que les rhumes d’octobre 2019 à février 2020 n’étaient en fait que des cas de Covid-19 peut être mise au placard des opinions farfelues réfutées par la réalité.

Au 14 novembre 2020, le taux de sérologie en France n’est finalement que de 8,8 % selon l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l’Université de Washington, à Seattle. Un Français sur onze, environ.

La sérologie calculée en juin était parfaitement exacte et la France irait donc vers une catastrophe sanitaire : selon l’IHME, la France pourrait avoir à déplorer environ 43 000 morts au cours d’une résurgence de la Covid-19 en novembre, décembre, janvier et février qui serait pire que celle de mars, avril et mai, qui avait fait 26 900 morts.

Voir le futur…

L’IHME se trompe-t-il ? Nous trompe-t-il avec un alarmisme catastrophique ?

Pour s’en faire une idée, nous pouvons examiner ses prévisions passées du début de 2020 et vérifier si elles se sont réalisées.

Comme l’IHME n’a pas fait autant de mises à jour pour la France que pour les États-Unis, nous n’avons pas autant de recul que pour ces derniers. Regardons donc les prévisions américaines de l’IHME à différentes dates et voyons ce que la réalité a été !

Covid-19

Comme nous pouvons le constater, non seulement l’IHME fait des prévisions qui sont relativement justes mais qui, si tant est qu’elles aient un biais, sont plus rassurantes qu’alarmistes.

Devons-nous y croire ?

Covid-19

Covid-19 : une crise inévitable ? Oui !

Comme l’équipe en charge est à peu près la même qu’en mars dernier, à moins d’un sursaut national, la crise est inévitable !

Avec les mêmes recettes qui font fi de l’expérience asiatique, on fera des couvre-feux parce que le virus commence à être contagieux à 21 h 01, on interdira les promenades en plein air même des personnes seules, on interdira l’achat de livres parce que c’est ce qu’il faut faire dans un pays qui souffre d’un effet Flynn inversé, on interdira les plages car le virus frappe les moules, la moto, le ski, la voile parce que « c’est tropinjuste » que certains s’adonnent à une activité sans aucun risque sanitaire, et on fermera les commerces.

Comme il faudra une solution nationale – c’est-à-dire parisienne ! – on fermera les restaurants à Lille – parce qu’on peut bien se permettre des faillites en chaîne dans un pays qui pète le feu économique et qui n’a pas du tout de chômage de masse – même si on pourrait très bien les laisser ouverts en plein air à Cannes.

On mettra les plus fins limiers de Bercy sur le dossier des biens essentiels.

Le tout sera agrémenté d’amendes salées pour faire plus festif et renflouer les caisses du Trésor public.

Pour paraphraser Ayn Rand, le fil conducteur de la politique des hommes de l’État sera une « peur de la mort qui n’est même pas un amour pour la vie ».

Covid-19 : une crise inévitable ? Non !

Le futur n’est jamais gravé dans le marbre. Les prévisions épidémiologiques sont à peu près aussi fiables que les prévisions économiques quand on fait fi des changements potentiels de l’activité humaine.

Le nombre stratosphérique de décès prédit par l’IHME repose sur les (mauvais) comportements actuellement constatés.

Les chercheurs en sont bien conscients et tiennent bien sûr compte de la mobilité et des comportements prophylactiques. Si la mobilité – calculée à l’aide des données Apple (iPhone) et Google (Android) – continue de baisser drastiquement comme elle vient de le faire durant les trois dernières semaines, le nombre de décès sera moindre que prévu. De même, si les Français décident soudain de porter le masque de façon « universelle », ils éviteront près de 10 500 décès d’ici le premier mars.

Vaccins contre la Covid-19

L’arrivée des vaccins est l’autre facteur qui va complètement chambouler les prévisions épidémiologiques.

Dans le cadre de l’« Opération Warp Speed » (au budget de 12,69 milliards de dollars), un des rares mais remarquables succès du président Trump en matière de Covid-19, les doses ont été préachetées il y a des mois à un panel de fabricants de vaccins avant même d’en terminer les tests.

Comme le président vient de l’annoncer, les États-Unis vont très probablement distribuer 20 millions de doses de vaccins en décembre et 25 à 30 millions chaque mois.

Comme la France a choisi un chemin différent, celui de la bureaucratie internationale conduite par l’OMS, le vaccin n’est probablement pas pour tout de suite (quoique). Je parierais volontiers qu’une partie des doses de vaccins européens proviendra in fine des fruits de l’« Opération Warp Speed » (sans qu’il n’en soit jamais fait mention dans la presse française).

Changements

En attendant les vaccins, il faudrait changer de modèle. Il conviendrait d’avoir un sursaut mais peut-on rêver d’un virage à 180 de la part de gens qui font beaucoup de virages à 360 ?

Que faire ?

  • En mars, les cancres de la Covid-19 en termes de mortalité avaient les pires taux de détection avec 2 % pour la Belgique et 2 % pour la France. A contrario, les pays les moins touchés sont ceux qui détectaient le mieux les malades comme la Corée du Sud (avec un taux de détection de 49 % au 17 mars), le Japon (25 %) ou l’Allemagne (16 %). La situation s’est enfin redressée en France et en Belgique mais les résultats prennent toujours un temps fou à arriver.
  • De ce fait, l’isolement des malades n’est pas immédiate. Certains trouvent malin de continuer à vaquer à leurs occupations alors qu’ils sont contagieux. Il est remarquable que la France ait établi le record du monde de distribution de prunes – à des gens qui ne sont pas malades ! – mais en soit encore à tergiverser sur l’idée de donner des amendes aux malades avérés qui refusent de s’isoler ! On devine bien que ça rapporte davantage de taxer les bien-portants que les malades mais c’est particulièrement cynique.
  • Retracer les causes d’une infection serait également utile. Non seulement on ne détecte pas tout le monde mais plus on a de malades, moins il est facile de retrouver tous les contacts d’un nouveau patient. C’est facile d’arrêter un épidémie grâce à un tracing sérieux quand on a 300 nouveaux cas par jour mais c’est peine perdue quand on en a 30 000… À un moment, les aventures informatiques de l’État vont devoir cesser – stoppons StopCovid ! – et laisser place à la compétence.
  • La prophylaxie est cruciale et l’État échoue, là encore, lamentablement. Les mesures sont idiotes, contraignantes et punitives : à force d’astreindre le public, on obtient des réactions contraires à l’effet escompté.
  • Les séropositifs – nombreux si l’on en croit les études – devraient être non seulement remis au travail mais devraient jouer un rôle crucial partout il y a un nombre important de contacts entre une organisation et son public !

Sur tous ces points, la Corée du Sud bat la France à plate couture.

  • Les débats idiots devraient être évités. Si des analphabètes veulent se shooter à un médicament ou à un autre, de grâce, qu’on les laisse faire sans traîner le pays dans un mois et demi de palabres ! La seule chose que l’État devrait imposer serait la publication des résultats. Les patients et leurs médecins seront bien capables de faire le tri.
  • Les règles idiotes qui tuent l’économie depuis mars et les énarques qui les édictent devraient être mis aux oubliettes. Il est urgent d’arrêter de faire pleurer les Allemands sur le sort de l’Absurdistan.
  • Il va enfin falloir réaliser que les caisses publiques sont vides. La France ne peut pas continuer sur la trajectoire actuelle des finances publiques.

Là aussi, la Corée du Sud bat la France à plate couture.

Lorsque l’on utilise les taux de sérologie pour déduire le nombre réel des malades et le nombre de décès, on retombe sur la mortalité estimée par la littérature scientifique sur la Covid-19, soit entre 0,50 % et 1,50 %, selon les pays. Mais il existe de petites variations : plus un pays a de cas, et plus la Covid-19 est mortel parce que les services de santé fonctionnent mieux dans les pays libres et, surtout, dans les pays où les services de réanimation ne sont pas débordés !

Là aussi, la Corée du Sud bat tous les autres pays. Bien sûr, l’âge de la population importe, mais le taux d’occupation des services hospitaliers aussi. Il faut être réaliste et même avec les meilleurs efforts, la qualité des soins apportée décroît forcément à la marge.

Le Japon montre bien que l’on peut avoir une population âgée – plus haut taux au monde de plus de 65 ans – tout en ayant un taux de mortalité très bas, c’est-à-dire le bénéfice d’hôpitaux fonctionnels.

Le Japon et la Corée du Sud montrent aussi que le port du masque réduit la charge virale ce qui se traduit par moins de cas graves et moins de décès.

En caricaturant volontairement et grossièrement, les Japonais et les Sud-Coréens font comme si la Covid-19 était l’Ebola et ils ont les taux de décès de la grippe. Les Belges et les Français font comme si la Covid-19 était la grippe et ils ont les taux de décès de l’Ebola.

La fausse dichotomie

Dans l’esprit de beaucoup, nous devrions choisir entre l’économie et la santé. Cette idée flotte en filigrane chez tous ceux qui pensent que la Suède serait un « modèle » en matière de Covid-19 ! C’est absurde !

En fait, comme on peut le voir ci-dessous, les pays qui ont le moins de morts sont aussi ceux qui ont la récession économique la plus faible. Les deux vont, heureusement, de pair.

Covid-19

À un moment donné, j’espère que les hommes de l’État vont devoir répondre aux questions-clefs suivantes devant une cour de justice, en France :

  • Pourquoi avez-vous 67 fois plus de morts et une récession 5,8 fois supérieure à la Corée du Sud alors que vous avez dilapidé plus de trois fois plus en termes de déficits publics ?
  • Pourquoi avez-vous 4,5 fois plus de morts et une récession presque double que l’Allemagne alors que vous avez gaspillé presque deux fois plus en termes de déficits publics ?

Il n’y a pas de secret. Le socialisme tue. À grande échelle comme sous Mao. Ou à petite échelle, comme sous Macron.

Ce n’est pas un hasard si la France qui est 64ème au classement mondial de la liberté économique prend une leçon magistrale de gestion de crise de l’Allemagne (27ème) et de la Corée du Sud (25ème).

Les individus ne peuvent pas compter sur la distribution centralisée de masques, sur la définition de ce qui serait essentiel ou non, sur la prophylaxie édictée par comités, sur les ARS…

Plus une crise est grave et plus elle nécessite la coordination décentralisée des plans individuels, c’est-à-dire ce que Friedrich Hayek appelait « l’usage de la connaissance en société ».

Le but ultime est de ne pas à la fois ruiner la vie de 67 millions de Français et finir avec 100 000 morts fin 2021, début 2022.

C’est possible. Pas avec l’équipe de génies actuelle. Mais c’est possible.

La politique optimale en matière de santé est aussi la politique optimale en matière d’économie.

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