États-Unis : défaite de Donald Trump plus qu’une victoire de Joe Biden

IMG_7332 By: Matt Johnson - CC BY 2.0

Cette élection n’est pas une victoire de l’ancien vice-président Biden mais bien une défaite du président Trump.

Par Philippe Lacoude, depuis les États-Unis.

Ce n’est pas complètement fini mais tout ressemble fort à une présidence Biden.

Toutefois cette élection n’est pas une victoire de l’ancien vice-président Biden mais bien une défaite du président Trump.

Enthousiasme

L’écart d’enthousiasme était palpable.

Au cours de ses six derniers rassemblements de campagne, dans la seule journée de lundi (de 1 h 30 du matin à Opa-locka en Floride à 23 h 40 à Grand Rapids, Michigan), Donald Trump a déplacé des milliers d’électeurs exaltés (ici, ici, ici, ici, ici et ).

De son côté, Joe Biden n’arrivait pas à déplacer les foules. Ses électeurs voulaient seulement que Donald Trump parte. L’autre jour, à son meeting en Pennsylvanie on pouvait voir 24 citrouilles et 21 humains :

Source : Capture d’écran – Dailymotion

Quiconque comptait les panneaux électoraux et les bumper stickers pouvait voir que les partisans de Trump étaient enflammés alors que ceux de Biden suivaient consciencieusement le mouvement, seulement motivés par leur désir de renverser le titulaire.

En soi, ça ne veut évidemment rien dire. D’abord, arithmétiquement, un vote sans enthousiasme compte tout autant qu’un vote enthousiaste. Ensuite, en ce début de XXIe siècle, on gagne les élections en ligne plutôt que dans des meetings.

Enfin, aux États-Unis en particulier, on gagne avec les indépendants car il n’y a qu’environ 29 % de républicains et 31 % de démocrates aux États-Unis. Les autres 40 % ne se sentent pas affiliés à un parti.

Pour gagner – ou ne pas perdre ! – il faut convaincre ces indépendants, c’est-à-dire en fait, l’électeur médian d’un nombre suffisant d’États pour gagner le collège des grands électeurs.

Le président Trump

Je ne vais pas revenir sur les forces et les faiblesses du président Trump sinon pour rappeler que rien de sa présidence n’est en demi-teinte.

L’économie se portait bien jusqu’en février. Le marché du travail était en plein boom pour toutes les catégories de travailleurs. Cependant les déficits sont catastrophiques même si les salaires sont en forte hausse pour les classes moyennes. Les guerres commerciales ont détruit des pans entiers de l’économie (dont l’industrie et l’agriculture) à cause des nouveaux droits de douane.

Sa politique étrangère peu diplomatique a conduit à plus de résultats en 4 ans que celles des carriéristes de Washington DC en 40 ans. Les politiques anti-immigration sont en train de causer des dommages considérables dans la recherche et les entreprises de haute technologie.

A contrario, les Américains ont fait un bond colossal dans la conquête spatiale avec un retour probable sur la lune pour 2024. Pourtant son approche du Covid-19 était pour le moins folklorique et peu scientifique.

Par contre, à supposer qu’il ait causé des morts par négligence sur le Covid, il a définitivement sauvé des vies par son usage raisonné de la force militaire : il est le premier président américain contemporain qui quittera son poste sans avoir déclenché une guerre quelque part et les États-Unis n’ont pas eu à déplorer de décès militaire en Afghanistan depuis février.

Selon l’importance que l’électeur donne à ces sujets, il a, presque par définition, une réponse viscérale à Donald Trump.

Ceci est exacerbé par sa personnalité de marchand de tapis au franc-parler avec un penchant à la vantardise qui ne s’embarrasse pas de faits trop précis.

L’ancien vice-président Biden

Le fait demeure ainsi que personne n’a voté en faveur de Joe Biden car cette élection était en fait un référendum – organisé par les médias et les réseaux sociaux – pour ou contre Donald Trump.

Jusqu’à cette année, malgré 47 ans en politique, dont 36 ans comme Sénateur fédéral, Joe Biden n’a vraiment été connu que des wonks, le microcosme de la politique.

Même lorsqu’il était vice-président des États-Unis sous la présidence Obama, il arrivait à passer incognito auprès du grand public.

L’humoriste Marc Dice a d’ailleurs réalisé une série de vidéos micro-trottoir hilarantes à l’époque où Joe Biden était le vice-président de Barack Obama : il trouvait toujours de nombreuses personnes, souvent jeunes, qui n’avaient aucune idée de qui il était (ici, ici, et ).

Ses gaffes sont tellement nombreuses qu’il a inspiré des générations d’humoristes comme Robin Williams (ici).

Plus grave, il était connu pour ses nombreux plagiats… En 1988, sa campagne présidentielle s’était arrêtée nette après qu’il ait copié un discours de Neil Kinnock (verbatim ici). Même son plan anti-Covid est inspiré de celui de Donald Trump !

De temps en temps, il se met à raconter n’importe quoi et mélange différentes histoires vraies et s’en sert pour en raconter une fictive mais hagiographique à son propos.

En général, quand on le place dans une situation de confrontation – ce que ses conseillers ont évité tout au long de la campagne en le soustrayant à des meetings électoraux – il s’énerve et sort des tirades biscornues qui n’ont aucun sens dans la langue de Shakespeare (ici, ici, ici et ) quand ce ne sont pas des menaces physiques bizarres (ici, ici et ).

La campagne de Donald Trump s’en est donné à cœur joie (ici).

Quand il n’essaie pas de mordre son épouse en plein meeting électoral, il ne peut pas s’empêcher de tripoter les femmes et, plus grave encore, leurs filles ! Même les médias de gauche s’en inquiétèrent (ici et ) : ça va être l’omerta pendant 4 ans mais l’honnêteté intellectuelle consiste à reconnaître que même la presse de gauche en parlait quand il n’était plus en fonction et pas encore candidat.

Au cours de sa longue carrière sénatoriale, il a fait la promotion de lois franchement contreproductives. Il est en particulier l’auteur de celle qui a fait des écoles des gun-free zones ce qui interdit le port d’arme par les adultes qui ont un permis au grand bénéfice des tueurs en série.

Sur les questions économiques, il n’y comprend rien. Son programme est atroce. D’ailleurs, aux États-Unis, un démocrate qui est compétent en sciences économiques s’appelle un libertarien.

À de nombreuses reprises, Barack Obama a mis Joe Biden en charge d’un dossier politique important. Systématiquement, ceci a conduit à un échec. Le tout premier fut le plan de relance keynésienne de 2009 qui a conduit à davantage de chômage. Claquer 900 milliards de dollars et se retrouver avec moins d’emplois, il faut quand même le faire ! Même le président Obama a fini par admettre en 2011 que le stimulus, géré par Joe Biden, ne fonctionnait pas.

Le plus spectaculaire « effet Biden » fut le (non-)contrôle des armes à feu juste après la fusillade de Sandy Hook. L’Amérique, horrifiée, était prête à laisser tomber le droit à la plupart des armes semi-automatiques. C’en était fini du second amendement. Dès que Joe Biden fut mis en charge du dossier, j’ai su que rien ne se passerait : de fait, après des commissions, des palabres, des brouillons de lois, des compromis, des missions d’experts et 22 réunions avec 229 associations – méthode ENA ! – l’appétit des citoyens pour une loi restrictive avait disparu. Rien ne fut fait au niveau législatif fédéral. Par contre, les Américains se précipitèrent sur des dizaines de millions d’AR-15 qui sont devenus l’arme de tout le monde.

En politique étrangère, comme le faisait récemment remarquer The Atlantic (une revue de gauche) ainsi que Robert Gates, l’ancien secrétaire à la défense de Barack Obama (ici), dans sa carrière, Joe « Biden s’est trompé sur presque toutes les décisions de politique étrangère » à commencer par la guerre en Irak (ici et ).

Il est d’ailleurs notable que les néo-conservateurs qui ont sévi durant la présidence Bush, avec les « succès » que l’on sait en Irak et en Afghanistan, étaient tous derrière Joe Biden dont Colin Powell, Kristopher Purcell, John Brennan, James Comey, etc.

C’est un délice d’avoir vu la gauche voter pour les architectes de la politique de George W. Bush et d’avoir vu les électeurs de ce dernier voter pour Donald Trump. En politique, l’étiquette fait le moine !

Pour couronner le tout, Joe Biden va arriver au pouvoir en trainant les casseroles juridiques de son fils, Hunter.

Ce dernier est accusé de diverses entorses à la loi. Nous devons ici être prudents sur la base de la présomption d’innocence : je passerai donc volontairement sous silence les sources médiatiques privées mais le FBI a ouvert une enquête sur Hunter Biden en 2019 pour blanchiment d’argent et l’enquête reste active.

La DEA a saisi un de ses ordinateurs au cours d’un raid en 2020. Le Sénat vient juste de publier un rapport sur certaines activités étrangères, en Ukraine, en Russie et en Chine. Le directeur des services secrets américains, John Ratcliffe, a confirmé que ces laptops ne sont pas des leurres grossiers des services russes.

Joe Biden a toujours nié avoir eu connaissance des activités de son fils.

D’esprit ouvert, j’accepte a priori l’idée que Joe Biden ne savait pas que son fils avait été nommé au conseil d’administration d’Amtrak, la compagnie ferroviaire publique, quand son père Joe était membre du Comité du commerce, des sciences et des transports du Sénat américain.

Ou qu’il ignorait qu’Hunter était au conseil d’administration de la compagnie pétrolière ukrainienne Burisma quand il s’est vanté d’avoir menacé de retenir un milliard de dollars de prêts américains comme moyen de pression pour forcer le président ukrainien Petro Porochenko à renvoyer immédiatement le procureur général Viktor Shokin… qui enquêtait sur Burisma !

Ceci dit, des documents officiels d’une cour de justice de New York montrent que le père est cité comme témoin dans une de ces affaires.

Joe Biden est un peu le François Hollande octogénaire de la politique américaine, arrivé là un peu par hasard, sans aucune compétence reconnue, avec une touche d’affairisme mitterrandienne ; sauf qu’au lieu de bombarder le Mali, il bombardait l’Afghanistan ; et qu’au lieu d’envoyer son fils en Afrique, il l’envoie en Chine et en Ukraine.

En somme, parfaitement inéligible sauf accident.

Et cet accident est Donald Trump.

Les vrais problèmes ignorés

Bien sûr, une présidence Biden va laisser entiers les vrais problèmes de fond de l’Amérique.

La politique étrangère du nouveau président ne risque pas de stopper l’hégémonie de la Chine ; les finances publiques seront plus que jamais exsangues ; le système de santé dévasté par Obamacare sera encore plus cher pour de moindres remboursements ; le système financier, qui vient d’être renfloué pour la seconde fois en dix ans sera toujours au bord du gouffre en 2024.

On expédiera les affaires courantes en étant le plus woke possible.

Les médias et les réseaux sociaux

À court terme, les médias et les réseaux sociaux sortent gagnants.

Malgré le blocus des réseaux sociaux sur les affaires judiciaires des Biden, un total de 72 % de 1200 électeurs probables interrogés entre le 29 et le 31 octobre ont déclaré avoir « vu, lu ou entendu » des reportages « concernant des allégations selon lesquelles Joe Biden avait menti et vendait de l’influence à la Chine et à l’Ukraine pour le bénéfice de sa famille ».

La guerre entre le président et les médias lui a coûté au moins 5 % des voix. Il est presque impossible pour un républicain de faire entendre sa voix auprès de l’électorat indépendant.

J’imagine volontiers que ça ne durera pas. Les programmes d’information sont tellement mauvais qu’il y a un marché béant pour de nouveaux médias sur tous les supports.

Le deep State et le swamp

Les hommes de l’État sont aussi les grands gagnants de cette élection.

J’ai toujours résisté à l’envie de parler de deep State (État secret, ou État dans l’État).

D’une part, c’est très complotiste – comme si une cabale de hauts fonctionnaires se réunissaient à des fins néfastes – et d’autre part, ces termes cachent un problème bien plus grave.

L’État a tellement grossi qu’il existe toute une caste de parasites qui ne veulent absolument pas le voir réduit.

Inemployables dans le privé aux salaires qu’ils perçoivent, ils sont automatiquement contre une remise à plat du système à n’importe quel prix économique et juridique, y compris des impôts lourds et des dettes colossales.

Ils n’ont pas besoin de se mettre d’accord dans un complot. Ils agissent selon leurs intérêts et ceux de l’organisme métastasé qu’ils servent.

L’idée que l’on lutte contre un groupe d’hommes particulier est idiote mais malheureusement commune chez certains analystes. La théorie correcte n’est pas celle du complot – presque toujours fausse – mais celle de L’État : la logique du pouvoir politique d’Anthony de Jasay.

Le président Trump luttait en fait contre une structure assise sur des bases réglementaires et légales qui favorisent la dépense tous azimuts.

Le futur président est exactement l’un de ces hommes : n’ayant jamais produit de richesses de sa vie, il sera immédiatement en symbiose avec ces gens.

Quand le président pensait pouvoir drainer le swamp (marécage), ça ne risquait pas d’arriver : quand un gâteau vaut 6600 milliards de dollars, chacun essaie d’en attraper les miettes ou, mieux, une grosse tranche. Or, Donald Trump a tout fait pour grossir les dépenses de l’État et, conséquemment, celle du swamp.

Les premiers résultats

Ceci dit, même avec le sabotage des élites et l’aide des médias, les gains de Joe Biden sont minuscules.

Pour le moment et sous réserve de recomptages multiples, Joe Biden a sous-performé à la fois Barack Obama et Hillary Clinton dans chaque État sauf, bien sûr, en Pennsylvanie, dans le Michigan, en Géorgie, au Wisconsin, en Arizona et en Caroline du Nord. Gains dans 6 États, certes cruciaux, baisse dans 44 États, certes moins importants à une victoire dans le collège électoral.

Bien sûr, les attaques continuelles des médias ont pesé sur les résultats mais elles ont aussi révélé que la démonisation des gens de droite – accusés de nombreux maux – a conduit ces derniers à ne pas dire aux sondeurs pour qui ils voteraient. Pour la seconde fois, Michael Moore avait bien compris ceci. Comme ils viennent de découvrir qu’ils sont 67 000 000, ils vont peut-être devenir un peu moins timides.

Un autre fait encourageant pour les républicains est que les gains enregistrés par Donald Trump en 2016 parmi les minorités ethniques se sont renforcés en 2020.

Les républicains – du parti d’Abraham Lincoln et de la déségrégation – a traditionnellement de très mauvais résultats avec les électeurs noirs. George W. Bush a eu 9 % du vote noir en 2000. Mitt Romney en a eu 6 %. Ceci est remonté à 8 % en 2016 pour Donald Trump. Il semblerait qu’il ait presque doublé en 2020. Le président a reçu le plus fort pourcentage de votes noirs des 60 dernières années au grand dam des médias qui choumiquent.

Il y a aussi des signes très encourageants pour les républicains avec le vote hispanique. Les prévisions selon lesquelles ce segment serait crucial en Floride s’est révélé spectaculairement vrai dans le comté de Miami-Dade et ont coûté l’État à Joe Biden.

Enfin, les sondages de sortie des urnes sont incroyablement favorables aux idées libérales ou conservatrices. Dans les sondages de sortie des urnes de 2016, les conservateurs étaient plus nombreux que les gauchistes de 9 points de pourcentage. Dans les premiers chiffres de 2020, la marge est de 13 points.

De plus, 57 % des électeurs se sont déclarés mécontents ou en colère (par opposition à satisfaits ou enthousiastes) de « la façon dont le gouvernement fédéral fonctionne ».

Encore une fois, ceci montre que Donald Trump a perdu l’élection et pas que Joe Biden l’a gagnée. Ce dernier n’a ni mandat, ni majorité. Le penchant conservateur de l’électorat, en particulier avec une telle participation, est de mauvais augure pour les démocrates.

Le vote libertarien

Il y a 40 ans cette semaine, Ronald Reagan était élu et Ed Clark devenait le premier candidat présidentiel libertarien à passer les 1 % du vote populaire.

Même si Jo Jorgensen n’a pas atteint les niveaux ubuesques que lui donnaient certains sondages, elle devient la seconde candidate libertarienne avec le plus grand nombre de votes.

Gary Johnson avait reçu 4 488 931 voix en 2016, mais tout porte à croire que Jorgensen ne fera pas loin de 2 millions de voix en 2020 quand tout sera enfin compté.

Fait amusant qui n’a pas fini de faire couler de l’encre : son score est supérieur à l’écart de voix entre Donald Trump et Joe Biden dans plusieurs États clefs.

Que va-t-il se passer ?

À court terme, le président Trump va probablement passer son temps à quatre choses :

  • Lutter d’arrache-pied – mais vainement – auprès de toutes les cours de justice du pays pour essayer de changer l’inévitable tout en se plaignant de l’image déplorable d’un dictateur du tiers monde.
  • Profiter du temps qu’il lui reste pour nommer autant de juges qu’il reste de places vacantes, environ 66 au moment où j’écris ces lignes. Le président ne manquera pas de renforcer son record de nominations dans l’histoire du pays.
  • Distribuer des pardons présidentiels à tout son entourage pour couper l’herbe sous le pied des futures commissions d’enquêtes inévitables. On peut se demander si Edward Snowden en sera bénéficiaire, un fort message potentiel aux agences d’espionnage qui ont joué pendant 5 ans contre Donald Trump.

À moyen terme, un président Joe Biden aura constamment à faire avec ce dernier aspect : le président Obama ayant violé la tradition qui veut que les anciens chefs d’État entrent dans la réserve, on imagine difficilement un ancien président Trump rester coi sur les réseaux sociaux. Pourrait-il même se mettre en campagne pour 2024 ?

Le Sénat, qui dispose d’importants pouvoirs d’enquête, ne manquera pas de garder les affaires sur le devant de la scène.

À plus ou moins long terme, les républicains auront à pratiquer une autopsie : comment, en partant des 17 bons à excellents candidats aux primaires de 2016 en sommes-nous arrivés à Donald Trump ? Qu’est-ce qui a bien fonctionné (ou pas) ? économie ? politique étrangère ? coronavirus ? budget ? réglementation ? guerres commerciales ?

Je pense que, contrairement aux démocrates en 2016, qui refusent toujours d’identifier leurs problèmes, les républicains en sortiront (très) renforcés.

Ceci est d’autant plus vrai que le Congrès sera divisé. Le nouveau président ne pourra pas faire beaucoup plus que de pousser du papier.

Cette élection est principalement une lourde perte pour trois groupes distincts :

  • Les troupes américaines qui n’ont pas été utilisées comme chair à canon dans des opérations au caractère stratégique douteux.
  • Les citoyens étrangers, en particulier de Corée du Sud et de Taiwan, d’Israël et de tous les pays européens de l’OTAN doivent beaucoup au président Trump : pour la première fois depuis Ronald Reagan, un président américain a osé rappeler les Européens à leur devoir de se doter de budgets militaires correspondant aux traités fondateurs de l’organisation, un fait que la fange journalistique a fait semblant d’interpréter comme « Trump n’aime pas l’OTAN ».

Pire encore, avec la minuscule majorité qui se profile à la chambre des représentants – 222 ou 223 sièges, peut-être, pour un total de 435 – le nouveau président sera pris en otage par sa quinzaine de députés d’ultragauche et la très grosse minorité républicaine. Avec un Sénat républicain – qui doit entériner toutes les lois dans les mêmes termes ! – il faudra bien composer.

De son côté, très insatisfaite, l’aile gauche des démocrates sort déjà les couteaux, bien décidée à en venir aux mains (ici et ). Les discussions de famille vont être hideuses.

C’en est fini du cabinet Trump composé principalement de non-politiciens de talent. Le cabinet Biden sera difforme.

Biden gagne à court terme, les démocrates perdent à long terme

Le futur président Biden gagne peut-être à court terme. Mais qui peut sérieusement penser à une campagne Biden 2024 ?

Kamala Harris est difficilement éligible aux États-Unis, tant elle est à gauche.

Dans une optique de long terme, si les républicains devaient perdre la présidence, chose inévitable en démocratie, 2020 était le moment parfait.

À cause du 22ème amendement, la politique présidentielle américaine impose que le pouvoir change après, au plus, deux mandats.

Une série Carter 1976 + Reagan 1980 + Reagan 1984 + Bush 1988 + Clinton 1992 est très improbable.

La norme est plutôt Clinton 1992 + Clinton 1996 + Bush 2000 + Bush 2004 + Obama 2008 + Obama 2012 + Trump 2016 + Trump 2020. Le fait que Trump 2016 + Trump 2020 ne se matérialise pas est dû au fait que Trump est le pire ennemi de Trump. Il s’est vaincu en 2020.

Si le président Trump avait gagné en 2020, les États-Unis se seraient probablement retrouvés avec Trump 2020 + Démocrate Radical 2024 + Démocrate Radical 2028 + Républicain 2032 + ???

L’âge et l’état mental de Joe Biden augmentent très fortement la probabilité d’une alternance en 2024.

Pour un républicain, il devrait être évident que Trump 2016 + Trump 2020 + Démocrate Radical 2024 + Démocrate Radical 2028 + Républicain 2032 + ??? est bien pire que Trump 2016 + lame duck Biden 2020 + Républicain 2024 + Républicain 2028 + ??? 2032. Ne serait-ce que pour les nominations judiciaires !

En ce moment, les États-Unis s’approchent (comme ailleurs) de deux ou trois années économiques moroses. De plus, la cour suprême est en situation stable après les trois nominations de Donald Trump. Et le Congrès sera probablement encore plus républicain après les élections de mi-mandat en 2022 : le parti du président perd, en moyenne, entre 20 et 30 sièges à chaque élection de mi-mandat.

La politique n’est pas un jeu avec une seule partie. Les élections présidentielles sont un « jeu répété », une succession de parties dont l’issue de chacune conditionne le début de la suivante.

Pour prendre une analogie, on peut considérer les échecs. Tout joueur, même débutant, comprend immédiatement qu’éviter de sacrifier une pièce à tout prix est une erreur stratégique. Ici, les républicains sacrifient un de leurs fous mais ils améliorent leur avantage positionnel, peut-être à l’avantage d’une reine future

Alors à tout prendre, pour penser – comme il se doit – en termes de valeur actuelle nette des flux de « paiements politiques » futurs, les républicains n’ont rien perdu le 3 novembre. Au contraire.

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.