États-Unis : Donald Trump sera-t-il réélu en 2020 ? (2)

President Trump returns By: The Epoch Times - CC BY 2.0 — CC-BY

Le président Trump n’est vraiment en campagne que contre lui-même… In fine, il décidera de son éventuelle réélection !

Par Philippe Lacoude, depuis les États-Unis.

Première partie de l’article ici

Qui sera élu président des États-Unis en 2020 ? Comme nous l’avons vu, si l’élection se joue sur le même ton que celle de 1992 – « it’s the economy, stupid ! » –, cette question est réglée.

Mais il n’en va pas ainsi. Tous les sondages sont franchement mauvais. Seuls les marchés politiques prédisent l’élection du président (à 43 % de probabilité et 51,2 % contre l’ancien vice-président Joe Biden)… Certains contrats prédisent même que le président a 28 % de chances d’emporter le vote populaire ce qui correspondrait probablement a une forte défaite en grands électeurs pour le candidat démocrate. Est-ce un remake de 2016 ? Ou les sondeurs ont-ils appris à faire leur métier ? Si oui, quels sont les éléments qui pèsent si fort contre le président en plein boom économique ?

Le budget

Lors des six premiers mois de sa présidence, grâce au gel complet de l’embauche de nouveaux fonctionnaires, les déficits s’étaient annulés et la dette publique avait même baissé ! Hélas, le président Trump a été complètement incapable de tenir ses dépenses. Il a signé à plusieurs reprises d’« horribles lois » de finances publiques et les déficits sont repartis à la hausse, à environ 1000 milliards de dollars l’an, soit 3,81 % du PIB pour 2018.

S’il n’y a absolument rien de positif – d’un point de vue libéral – dans les gabegies fédérales, il convient cependant de noter que la dette publique se stabilise. Comment est-ce possible ? En fait, quand la croissance est très forte, comme la dette est généralement exprimée en pourcentage du PIB, la hausse de la dette est minime.

De toute façon, nos électeurs médians de Pennsylvanie, du Wisconsin, du Michigan et de Floride se fichent probablement de ces discussions de salon pour les wonks.

Guerres commerciales

Par contre, nos électeurs médians aiment bien les guerres commerciales du président. Le président Trump, qui ne comprend rien au commerce international (depuis des décennies !), répète à l’envi que les tarifs douaniers sont nécessaires parce que « notre déficit commercial avec le monde l’année dernière était de près de 800 milliards de dollars. Nous avons perdu 800 milliards de dollars ! » C’est idiot. Mais ça plaît.

Des tarifs douaniers sont de nouvelles taxes que les consommateurs américains doivent payer. Les petits et les gros entrepreneurs le comprennent très bien.

Un « déficit » commercial est toujours exactement égal à un excédent de la balance des paiements : les étrangers ont envoyé 800 milliards de dollars de biens de plus que les Américains en ont envoyés. L’excès de cash que les étrangers ont reçu est égal à la somme des titres financiers qu’ils ont acquis. En d’autres termes, les étrangers investissent massivement aux États-Unis et c’est ce qui engendre le déficit commercial. La Chine va mal, l’Europe va mal. Les citoyens de ces pays en profitent pour investir aux États-Unis. Pour ce faire, ils vendent des biens – pour 800 milliards – pour acquérir des dollars.

Plus le président Trump agite les menaces, plus les citoyens des partenaires commerciaux des États-Unis achètent de papier aux États-Unis. En particulier, les riches Chinois mettent leur argent à l’abri… aux États-Unis. Qui dit accroissement de l’excédent d’achat de titres financiers américains par les Chinois dit nécessairement accroissement des ventes de biens et services chinois, c’est-à-dire un accroissement du déficit de la balance commerciale, l’effet inverse de celui recherché par le président :

Pour le moment, le seul effet vraiment palpable des hausses de tarifs douaniers est une série de mini-chutes des indices boursiers que les électeurs pourraient ne pas remarquer à cause de la tendance généralement haussière du marché. Les effets délétères des hausses de tarifs douaniers (ici, ici, ici ou ) sont souvent anecdotiques. L’impact économique total – pour le moment, environ 200 milliards de coûts supplémentaires pour les ménages – est quatre fois plus faible que les effets positifs des baisses d’impôt !

Tant que nos électeurs médians ne réalisent pas la supercherie, ces guerres commerciales sont probablement favorables à la réélection du président mais la situation pourrait se retourner si la conjoncture mollit.

La criminalité

Pendant les huit années de la présidence Obama, les activistes avaient pignon sur rue et la Maison Blanche a conduit ce que certains appelaient une guerre contre la police. Si l’idée que la police est systématiquement raciste a été réfutée à maintes reprises, cette fraude intellectuelle a perduré, le système judiciaire a été paralysé et le crime est monté en flèche. Le président Trump a hérité d’une situation catastrophique : pour la première fois en 22 ans, les meurtres étaient en hausse et les overdoses tellement nombreuses que l’espérance de vie a baissé !

Pour le président Trump, redresser la situation sans remplir les prisons et transformer le pays en dictature policière est une gageure. Pour le moment, l’administration Trump essaie d’endiguer l’épidémie de drogues dures en soutenant la police et les douanes tout en réformant le système de justice criminelle.

Dans un rare succès bipartisan, en décembre 2018, le président a réussi à faire adopter une loi pour alléger les peines des criminels non-violents, essentiellement des trafiquants de drogue… S’il est libéral de ne pas incarcérer à tort et à travers, et si ça l’aide parmi les électeurs démocrates noirs, certains ne manqueront pas de poser la question de la pertinence de réduire les peines des délinquants toxicomanes lors d’une épidémie de drogue…

Les chantiers inachevés

Les chantiers inachevés – en particulier l’annulation de l’Obamacare, la réfection des infrastructures, la réforme de l’immigration et la construction d’un mur avec le Mexique – vont aussi peser en 2020. Ils montrent tous son incapacité à négocier avec le Congrès même sur des réformes où la vaste majorité des électeurs sont d’accord : les objectifs changent de jour en jour…

Si certains efforts ont porté leurs fruits sur ces sujets (ici, ici, ici et ), presque rien ne passe au travers du corps législatif et le corps électoral dans son vaste ensemble n’a pas apprécié les fermetures intempestives et infantiles du gouvernement (ici et ).

Une opposition déterminée

Après deux ans d’enquête sur les liens de la campagne de 2016 avec la Russie, le président Trump n’était finalement pas un agent du KGB, mais il fait maintenant face à un barrage massif de la part de la Chambre des Représentants démocrate. À coup sûr, il y aura deux ans de plus du spectacle déplorable qui a été donné aux électeurs. Même si les démocrates accumuleront les bourdes grossières, les affaires ne manquent pas, elles seront au mieux une distraction interdisant de parler du fond et au pire un véritable boulet en 2020.

Pendant tout le temps qui reste d’ici novembre 2020, les démocrates agiteront le spectre de l’impeachment, la mise en accusation du président par la Chambre. Ce serait probablement électoralement contre-productif – 80 % des Américains sont contre selon un sondage – mais tant que ceci se confine à une menace permanente, ce sont autant de points de marqués par le camp démocrate.

Les multiples affaires de mœurs – certaines sordides, certaines probablement vraies, certaines rocambolesques – continueront aussi de plus belle. Les démocrates les plus radicaux n’ont rien appris de l’affaire Kavanaugh-Ford et pousseront probablement ces affaires au-delà de la légalité (ici et ) mais elles laisseront des traces électorales qui sont difficiles à mesurer. Certains observateurs, comme Piers Morgan, pensent que cette chasse aux sorcières renforce le président. Je pense au contraire qu’elle explique en partie ses piètres scores dans les sondages dans un contexte de plein emploi.

Enfin, les médias et les grands noms de la technologie – en particulier Facebook et Google – feront tout pour piper les dés comme on l’a vu avec le scandale de cette semaine.

Son opposant

Si l’ancien PDG de Starbucks, Howard Schultz, est candidat à la présidence des États-Unis aux élections générales de 2020 ou si Michael Bloomberg, fondateur de Bloomberg L.P., devient lui aussi candidat, ces milliardaires occuperont le centre gauche. Dans ce cas, le président Trump gagne très probablement comme le président Clinton contre le président Bush et le milliardaire Ross Perrot en 1992.

Cette année, les candidats démocrates sont très à gauche et si une faible majorité (51 %) des Millennials a une vision positive du terme de socialisme, Gallup rapporte cependant qu’un pourcentage record d’Américains considèrent le gouvernement comme « la menace la plus importante à laquelle sont confrontés les États-Unis ». De plus, seulement 25 % des électeurs démocrates veulent un candidat promettant un « agenda nouveau et audacieux » ce qui correspond pourtant exactement à ce que les élites des partis et des médias vont essayer de leur imposer.

En ce sens, les démocrates sont en train d’accumuler d’énormes erreurs stratégiques : non seulement ils se divisent mais en faisant assaut de gauchisme, ils préparent des munitions électorales pour leur adversaire. La nullité des récents débats démocrates n’a échappé ni à la presse (ici, ici ou ), ni aux humoristes.

Pour Nick Gillespie, le rédacteur en chef de Reason.com, « le discours du président à CPAC était un mélange éblouissant de bravade, de fariboles, d’humour et de vision positive qu’aucun démocrate ne sera en mesure de dépasser ». De fait, même les démocrates remarquent que leurs discours endorment des salles municipales éparses pendant que le président Trump, ancien présentateur de télévision, remplit des stades en liesse.

La personnalité du président Trump

Enfin, on ne peut pas discuter de ses chances d’être réélu sans évoquer la personnalité du président. Il est encore plus polarisant que ses quatre prédécesseurs : depuis son élection, je lis tous les jours des commentaires dithyrambiques qui le décrivent comme le « plus grand président des États-Unis » (après Washington, Adams, Jefferson, Cleveland, Coolidge et Reagan, j’imagine…) À l’inverse, certains de ses détracteurs semblent mentalement instables… Plus personne ne semble capable d’isoler les succès et les échecs de cette présidence sans invoquer l’homme !

Une partie du problème provient des microcosmes créés par les médias traditionnels et sociaux. Certains n’hésitent pas à mentir, par exemple, sur ses opinions supposément racistes ou antisémites. Peu importe que son cabinet compte de nombreuses personnalités de couleur. Peu importe qu’aux réunions de famille, une dizaine de personnes de confession juive entoure le président, faisant de lui le moins ardent des antisémites.

Pareillement, les efforts incroyables pour le peindre comme un menteur sont un déshonneur pour la presse qui fait semblant de ne pas savoir interpréter les hyperboles d’un grand commercial comme le président Trump pour ce qu’elles sont, du baratin de vendeur. La plupart des gens sont trop fainéants pour aller chercher les faits et il restera toujours quelque chose de la calomnie… Je suis persuadé que ceci pèse grandement sur la perception des électeurs médians de nos États du Midwest.

Une autre partie du problème provient bien évidemment du président Trump lui-même : dans l’ère moderne, jamais un président des États-Unis n’a eu un langage aussi cru. Aucun d’entre eux n’a jamais insulté ses collaborateurs par Twitter. Il est difficile de comprendre comment on peut entrer en guerre avec des hommes intègres et compétents comme Rex Tillerson, Jeff Session ou James Mattis.

Contrairement à ses prédécesseurs, la majorité de la rotation du personnel présidentiel ne provient pas d’erreurs de casting – la très vaste majorité du cabinet est éminemment compétente – mais de sautes d’humeur présidentielle. Les électeurs sont conscients du chaos perpétuel qui règne à la Maison-Blanche.

Il y a une ligne assez mince entre la grossièreté et l’anti-« politically correct » qui dépend de chacun d’entre nous et certains électeurs du président en 2016 sont las de ce qu’ils considèrent comme des franchissements. Dans une récente interview de 30 heures (en deux parties, 1 et 2), accordé par le président Trump à George Stephanopoulos, un des plus grands reporters américains, on voit très bien que les électeurs de l’Iowa profond en ont marre : finalement, le président Trump n’est vraiment en campagne que contre lui-même… In fine, il décidera de son éventuelle réélection !

 

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