Covid-19 : Donald Trump va-t-il être balayé par la crise sanitaire ?

Donald Trump By: Matt Johnson - CC BY 2.0

Le redressement amorcé à partir de 2010 – dont on peut penser qu’il s’était accéléré depuis début 2017, au moins sur le plan salarial – a été complètement annulé.

Par Philippe Lacoude.

Comment le président Trump va-t-il sortir politiquement de la crise du Covid-19 ? Omniprésent dans les médias grâce à sa conférence de presse quotidienne alors que son opposant démocrate, Joe Biden, se cache dans sa cave, le président ne parvient pourtant pas à se débarrasser des ratés du mois de mars.

Bilan économique

Jusqu’en février 2020, le président pouvait se prévaloir d’un excellent bilan économique sur les deux sujets les plus importants pour les électeurs, l’emploi et les salaires. Les 3,8 % de chômage et une croissance sinon exceptionnelle du moins décente s’accompagnaient de hausses de salaire substantielles dans un contexte d’impôts en baisse.

Les principaux ratés économiques – les nouvelles barrières au commerce international (ici, ici ou ) et l’exécution budgétaire catastrophique – pour importants qu’ils soient n’intéressent pas l’électeur médian.

Il faut probablement remonter aux présidences Reagan et Clinton pour trouver une conjoncture aussi favorable. Seuls les électeurs de plus de 50 ans s’en souviennent. Pour tous les autres, la base de comparaison serait les présidences médiocres, sur le plan économique, de George W. Bush et Barack Obama qui ont conduit à seulement 1400 dollars de hausse de revenus par famille en 16 ans !

Un second trimestre atroce

Avec l’arrivée de l’épidémie de Covid-19, la situation économique a dramatiquement changé et la situation budgétaire est devenue catastrophique.

En un mois, 20,5 millions d’Américains se sont retrouvés au chômage. Le gouvernement fédéral fait face à des recettes en berne (-55 % en avril) et des dépenses en hausse (+161 % en avril) qui produisent un déficit déjà avéré de 1935 milliards de dollars. Ajoutons un plongeon de -34 % du PIB au second trimestre !

La Réserve fédérale a tellement ajouté de liquidités que la croissance monétaire a explosé passant de 1110,4 milliards de dollars au premier mars à 2978 milliards au 27 avril !

Le redressement amorcé à partir de 2010 – dont on peut penser qu’il s’était accéléré depuis début 2017, au moins sur le plan salarial – a été complètement annulé.

Une gestion de crise désordonnée

Comme je le rappelais dans un précédent billet sur le sujet, le président Trump a pris le SARS-CoV-2 complètement à la légère. Il accumule maintenant une longue liste de déclarations qui se sont révélées complètement fausses ou particulièrement farfelues : celles-ci seront jouées en boucle dans les semaines menant à l’élection.

Si l’épidémie ne disparaît pas et si la crise économique qu’elle a engendrée perdure, l’opinion publique américaine se verra rappeler les conférences de presse quotidiennes où le président racontait n’importe quoi, contredisait ses propres experts et bataillait contre les gouverneurs de son propre parti.

Ses conseillers sont pris en tenaille : ils ne peuvent pas stopper les conférences de presse et ils ne peuvent pas empêcher le président de dire tout ce qui lui passe par la tête.

On peut compter sur l’acrimonie générale pour que les artifices les plus abjects soient utilisés à l’encontre du président comme ce compteur de morts dont il serait responsable.

Les sondages

Cette gestion chaotique du début de l’épidémie et ces conférences de presse désordonnées pèsent lourdement dans les sondages.

Comme nous pouvons le voir ci-dessous, dans une moyenne mobile des 1109 sondages depuis le début de sa présidence, le solde d’opinions défavorables est reparti à la hausse depuis fin avril :

En général, on ne peut pas se fier aux sondages d’opinion. Après la débâcle de 2016, personne ne les prend plus au sérieux. Je ne pense donc pas qu’il faille accorder de valeur aux niveaux constatés et que seuls les changements sont intéressants.

Après tout, si les sondeurs trouvent que le président avait 10 % d’opinions défavorables lors de son élection et pareil aujourd’hui, il n’y a pas de raison qu’il ne soit pas réélu.

Pour cette raison, le graphique ci-dessus représente un solde et ce solde est délibérément fixé à zéro au premier jour de sa présidence : le chiffre actuel d’environ -6 % est donc une variation depuis l’entrée en fonction du président Trump.

Depuis la fin du mois de mars, c’est-à-dire depuis Covid-19, le président a perdu énormément de capital politique.

Les marchés prédictifs

Les marchés de « paris » politiques sont de meilleurs prédicteurs que les sondages. En effet, les « parieurs » perdent leur propre argent s’ils se trompent, contrairement aux sondages d’opinion (où le client espère souvent un résultat conforme à ses opinions).

Par exemple, le 12 mai 2016, les Iowa Electronic Markets donnaient Hillary Clinton vainqueur avec une probabilité de 58 % contre 42 % pour son rival Donald Trump. Contrairement à certains instituts de sondage, les marchés prédictifs n’ont jamais donné Hillary Clinton gagnante à 96 %.

Comme je l’écrivais dans un billet le mois dernier, les marchés prédictifs font une petite place à Mike Pence et à Andrew Cuomo. Fait inquiétant pour le président, le contrat révèle que le vice-président et le gouverneur de New York ont chacun environ 3 % de probabilité de l’emporter en novembre.

Ronald Reagan disait que « la politique est la seconde plus vieille profession » et qu’il « avait appris qu’elle présentait une ressemblance frappante avec la première ». Il avait raison. La politique est aussi un excellent moyen d’attraper des maladies contagieuses. En ce moment, il est impossible de ne pas attraper le SARS-CoV-2 si l’on accumule les meetings en y serrant des mains.

La liste est longue : Boris Johnson, Jair Bolsonaro, Mikhail Mishustin, Justin Trudeau.

On ne sait pas trop qui a eu le Covid-19 parmi le personnel entourant l’ancien vice-président Biden. En revanche, nous savons que le virus se rapproche dangereusement du président Trump : un de ses valets, la secrétaire de presse du vice-président et une assistante de sa fille Ivanka (qui travaille à la Maison blanche) sont tombés malades cette semaine.

L’atout majeur du président Trump

Une élection présidentielle se joue toujours entre deux maux, l’électeur choisissant le moindre. Un candidat impopulaire, comme le président Bush en 2004 ou le président Obama en 2012, peut facilement être réélu si son adversaire est encore plus insipide.

En ce sens, il convient de rappeler qu’en dernière analyse, l’atout majeur du président Trump est finalement l’ancien vice-président Joe Biden. Quand il sortira de sa cave, il faudra qu’il s’explique sur ses penchants étatistes, sur l’enrichissement personnel de sa famille et sur ses supposées indiscrétions avec ses anciennes employées. S’il y arrive, le président Trump peut de toute façon compter sur le fait que son adversaire commettra au moins autant de bourdes grandioses que lui…

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