Présidentielle américaine : 1,58 million d’électeurs ont voté libertarien

Jo Jorgensen by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore, CC-BY

Cette année, la candidate du parti libertarien a été plus populaire que le candidat du Green Party Howie Hawkins ou encore que l’excentrique Kanye West, qui s’était présenté en tant que candidat du Birthday Party.

Par Frédéric Mas.

La candidate libertarienne Jo Jorgensen s’en tire plutôt bien face aux deux mastodontes politiques républicain et démocrate toujours occupés à compter leurs voix pour l’élection présidentielle américaine.

Avec 1,58 million d’électeurs, soit 1,14 % de l’électorat total, elle se place en second sur le podium des scores des candidats du Parti libertarien aux différentes élections nationales du pays.

Jo Jorgensen est enseignante en psychologie à Clemson et a été la candidate du parti comme vice-présidente en tandem avec Harry Browne en 1996. Elle avait été désignée le 24 mai dernier pour représenter le seul parti qui défend les libertés individuelles, le libre-échange, une réduction drastique de la place de l’État dans tous les domaines et un politique étrangère pacifiste.

Le premier des tiers partis

En 2016, Gary Johnson avait fait 3,28 %. Comme le remarque Matt Welch dans Reason, le parti libertarien américain a de bonnes raisons de se réjouir d’un candidat qui a battu tous les autres partis en compétition pour apparaître sur le tableau final.

En effet, si l’élection présidentielle est traditionnellement dominée par les partis républicain et démocrate qui finissent par s’affronter pour le poste de président, elle offre aussi la possibilité à une multitude d’autres plateformes politiques de se faire connaître.

La forme du scrutin, uninominal à un tour qui se fait au niveau de chaque État, pousse une multitude de petits candidats à se présenter sans pour autant concurrencer sérieusement les deux partis dominants. Cette année, la candidate du parti libertarien a été plus populaire que le candidat du Green Party Howie Hawkins ou encore que l’excentrique Kanye West, qui s’était présenté en tant que candidat du Birthday Party.

Avec l’enlisement de Donald Trump et la victoire de Joe Biden qui se profile, des voix s’élèvent de plus en plus pour accuser la candidate libertarienne d’avoir empêché la réélection du candidat président. Selon Ryan Cassin, directeur général de Beast Digital, interrogé par Fox News :

« Lors de cette élection, les électeurs libertariens auraient pu faire basculer le Collège électoral d’au moins 22 voix en soutenant Trump dans les États du Wisconsin, du Michigan et du Nevada, qui sont le champ de bataille. En jetant leurs votes, ils sont probablement devenus les saboteurs de l’effort de réélection de Trump »

Le Parti libertarien n’est pas une annexe du Parti républicain

L’accusation n’est pas nouvelle et réapparaît à chaque défaite du candidat de droite à une élection. Seulement, le Parti libertarien n’est-il qu’une réserve de voix pour le Parti républicain, ou une de ses variantes plus ou moins attachées aux libertés publiques ? Certainement pas.

La candidate libertarienne a été la seule à faire campagne sur le thème de la liberté, une plateforme qui en temps normal devrait être commune à la droite et à la gauche.

De manière assez symptomatique, les républicains comme les démocrates n’ont à aucun moment de leur campagne proposé de réduire l’interventionnisme étatique ou de promouvoir le libre-échange.

Comme l’expliquait Philippe Lacoude -qui vit et vote aux États-Unis- dans les colonnes de Contrepoints :

« L’argument habituel est que voter libéral, c’est favoriser le candidat X ou le candidat Y. J’entends ces sottises depuis plus de 20 ans mais, en pratique, aucun candidat libéral n’a jamais fait basculer une élection présidentielle américaine ou « gubernatoriale » (de gouverneur) aux États-Unis.

S’il existe quelques cas où ajouter toutes les voix libérales à l’un ou l’autre des candidats démocrates ou républicains au poste de gouverneur aurait changé le résultat (cf. ici), les sondages de sortie des urnes montrent en général que les voix libérales se divisent en trois parts à peu près égales : ceux qui auraient voté démocrate en l’absence d’un candidat libéral, ceux qui auraient voté républicain et ceux qui seraient allés à la pêche ou au stand de tir.

Pas de quoi faire basculer une élection ! »

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.