Face à l’islamisme, retrouvons un État régalien au service des libertés

Justice by Michael Galkovsky(CC BY-NC-ND 2.0) — Michael Galkovsky, CC-BY

Étrange de voir la gauche tenter de récupérer une liberté qu’elle a tant contribué à réduire depuis trente ans.

Par Jonathan Frickert.

Quelle est cette étrange inversion des valeurs qui frappe la France ? En seulement 10 jours, le pays a connu un retournement particulier dans la lutte contre le terrorisme.

D’une part, le 12 octobre dernier, sur une plaque commémorative de la ville de Paris, Arnaud Beltrame, gendarme tué par un terroriste après avoir pris la place de ses otages a été qualifié de « victime de son héroisme ».

D’autre part, ce mercredi, un professeur a été décapité après avoir subi deux semaines de persécutions et menaces pour avoir tenté d’enseigner la liberté d’expression est devenu « un héros ».

Cette inversion en dit long sur l’état moral d’un pays chapeauté par un État incapable de défendre les valeurs de sa civilisation et la sécurité de ses administrés.

En pleine crise sanitaire et sociale, la mort de Samuel Paty nous ramène la double défaite, à la fois morale et politique de l’État français.

Communication et calinothérapie ont remplacé le combat idéologique et la question sécuritaire délaissés depuis longtemps par nos dirigeants.

Combattre efficacement l’islamisme suppose d’être ferme sur nos principes civilisationnels et un État capable d’assurer la sécurité de ses concitoyens tout en respectant l’État de droit. Force est de constater que nous sommes bien loin d’y parvenir.

Un combat idéologique

Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire de la droite politique, on se rend compte que son rôle historique se trouve dans la défense des acquis occidentaux. Pourtant, ceux-ci sont largement malmenés aujourd’hui, qu’il s’agisse de la gauche ou de l’adversaire islamiste, souvent alliés objectifs. Mais ces valeurs peuvent également être menacées par la peur.

Ainsi, nombreux sont les Français qui ont sans doute pensé, vendredi, qu’il faudrait peut-être ressortir la guillotine pour en finir avec ces terroristes qui décapitent nos compatriotes en pleine rue. L’idée est en soi parfaitement absurde, mais soulève un problème réel : il est très facile d’abandonner ses principes lorsque l’on est menacé.

Or, ce sont bel et bien ces principes qu’il faut à tout prix conserver si nous souhaitons gagner cette guerre. Notre ennemi l’est justement parce qu’il souhaite détruire les valeurs que notre civilisation façonne depuis des siècles.

L’histoire de l’Occident est parsemée d’acquis issus de ses racines chrétiennes, romaines et grecques et qui constituent chacune des digues à l’islamisme : la liberté individuelle, l’égalité, la démocratie, l’État de droit… Des valeurs en manque cruel d’incarnation, expliquant d’autant mieux le scandale qu’a constitué la victimisation d’Arnaud Beltrame. Par sa bravoure, le gendarme avait ainsi donné un visage à ces valeurs alors que l’opinion publique ne connaissait que celles de ses bourreaux.

La séparation du politique et du religieux pour vaincre l’islamisme

Une autre valeur occidentale résonne particulièrement en ces temps d’attaques islamistes : la séparation du religieux et du politique.

S’il est évident que l’islamisme a quelque chose à voir avec l’islam, la tentation de certains de les amalgamer serait un cadeau fait à l’ennemi. Issus d’une lutte de pouvoir entre les monarques européens et le pape, la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, du politique et du religieux, de ce qui relève des hommes et de ce qui relève des âmes, dont les démembrements iront jusqu’à la loi de 1905, est un des acquis de notre histoire.

Cette séparation, nous pouvons la comparer aujourd’hui à celle qui oppose artificiellement ou non selon les spécialistes de la question, l’islam religieux de l’islam politique. Artificielle ou non, il est de notre devoir de l’imposer, car telle est notre conception de ce qui relève du domaine cultuel.

Or, c’est bel et bien en renforçant cette distinction que l’Occident pourra vaincre intellectuellement les islamistes.

Il s’agit donc de traiter intellectuellement nos adversaires comme nous traitions hier des idéologies du même acabit, qu’il s’agisse du nazisme ou du communisme, qui ont également inspiré le terrorisme des années de plomb.

Panser les plaies

Défendre les valeurs que l’ennemi souhaite voir disparaître exige un État régalien fort. Or, ce dernier a largement périclité. La Légion d’honneur, symbole des égards les plus prestigieux, en est un premier exemple.

Elle a été décernée à Samuel Paty à titre posthume. La décoration, initialement destinée à récompenser les mérites « éminents acquis au service de la nation », a largement perdu de son prestige.

Hier honneur de la nation à ses serviteurs les plus remarquables, aujourd’hui décernée aux présentateurs de télévision, chanteurs, patrons de presse et désormais aux victimes de la barbarie, la Légion d’honneur sert dorénavant à panser des plaies qu’on est incapable de prévenir.

Masquer l’impuissance

Le deuxième exemple de cette déliquescence est sans doute l’incapacité de nos élus à proposer de véritables solutions.

Paradoxalement, en matière de problème religieux, chacun semble retrouver sa paroisse. À la gauche laïcarde, profitant du silence assourdissant des indigénistes depuis une semaine, on retrouve ses vieux réflexes de « bouffeurs de curé », à défaut d’avoir le courage de « bouffer » du salafiste.

On en profite donc pour mettre les chrétiens dans le même sac que les salafistes, à la manière de ce tweet surréaliste de France Culture, depuis supprimé, qui nous interroge une fois de plus sur l’intérêt de financer cette radio par nos impôts.

De son côté, la droite ne fait guère mieux. Du côté du gouvernement, Gérald Darmanin n’hésite pas à attirer l’attention sur les rayons hallal dans les supermarchés.

Du côté de la droite d’opposition, celui qui sera sans doute le challenger de 2022, Xavier Bertrand, n’a pas hésité à évoquer la constitutionnalisation du principe de laïcité, ce qui est déjà le cas depuis 1958, ce dernier étant évoqué dès l’article 1er de notre loi fondamentale…

Erreur de communication ou crasse incompétence, ces propositions, comme la posture de la gauche, sont deux faces d’une même pièce : l’incapacité à agir concrètement sur les problèmes, et pour cause, puisque l’État est incapable de remplir sa mission la plus élémentaire, à savoir assurer la sécurité des Français.

À la décharge des gouvernements successifs, en explorant les chiffres disponibles sur le site du ministère des Finances on constate entre 2009 et 2019 une relative stabilité du budget des trois principales missions régaliennes de l’État (défense, justice et sécurité), autour de 16 %. Et on retrouve à peu près la même stabilité s’agissant des effectifs de ces trois fonctions, soit autour d’un tiers du total.

À titre comparatif, le budget Défense, Justice et Sécurité de l’État d’Israël, considéré comme en pointe dans la lutte contre le terrorisme pour des raisons historiques évidentes, dépasse les 22 % du budget total au regard de la proposition de budget pour l’année 2018.

Le problème se situe davantage dans un aspect non pas comptable, mais humain.

D’une part, malgré cette stabilité et indépendamment de la question terroriste, le pays connaît une hausse de la violence, et donc une augmentation du travail des forces de l’ordre.

L’agence de conseil en sécurité Lead Advisor a ainsi révélé des chiffres repris par le service statistique de Beauvau ces dernières semaines.

Outre une baisse significative des atteintes aux biens, et hors terrorisme, les homicides ont augmenté de 175 % en 10 ans, +249 % de coups et blessures depuis 1996 et +136 % des violences sexuelles.

À cette hausse du travail des forces de police s’ajoute une part considérable de travail administratif. Un rapport sénatorial pointe ainsi des comptes-rendus dont la rédaction est souvent trois à quatre fois plus longue que l’intervention elle-même. Les forces de l’ordre sont frappées par la même hausse de la réglementation que les Français du quotidien, alors même qu’ils sont les mêmes personnes.

D’autre part, si les budgets restent stables, l’État régalien a cédé la place à un État de compassion, largement illustré par une phrase terrible de l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, pour qui « l’émotion dépasse les règles juridiques ».

Fin de la technique de la clef d’étranglement, manque de matériels (locaux décrépis, véhicules antédiluviens…), heures supplémentaires non payées et nouvelles contraintes régulières au nom du « pas de bavure ».

Résultat : un taux de suicide supérieur de 36 % à la moyenne nationale.

Toujours plus de répression

À cette déliquescence du régalien s’ajoute un flicage de plus en plus fort de la vie quotidienne.

Laissez-moi vous proposer un petit exercice de pensée. Un jour, lorsque j’étais étudiant, un professeur de sociologie avait commencé son cours par cette question : y a t-il, dans votre propre vie, un seul domaine dans lequel l’État n’a pas imprimé sa marque ?

Chacun a pu constater qu’il ne se passe pas une semaine sans que Jean Castex ou un préfet ne mette en place de nouvelles restrictions.

L’État a troqué ses missions de sécurité pour des missions de répression. Une aubaine pour les islamistes.

En matière de santé, on privilégie la répression. En matière de sécurité, on favorise les rapports, notes et circulaires. Des choix qui relèguent au second rang les actions concrètes sur le terrain.

La garantie de la sécurité a été remplacée par la négation des libertés. À l’État sécuritaire s’est substitué un État répressif.

Retrouver notre État de droit

Cette association de la guerre idéologique et de la guerre armée passe par un équilibre fondamental : l’État de droit.

Il y a quelques jours, sur Sud Radio, le politologue et ancien collaborateur de Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement, Guillaume Bigot expliquait que l’un des problèmes actuels dans la lutte contre le terrorisme était le « droitdelhommisme », accusation récurrente des milieux souverainistes. Une position qui omet une donnée fondamentale : la géométrie variable de notre État de droit.

Si aujourd’hui, la gauche accuse les populistes de faire de la récupération pour masquer sa propre tentative, n’oublions pas que ceux qui manifestent aujourd’hui pour la libre publication des caricatures de Mahomet sont les mêmes qui, hier, appelaient à la condamnation d’Éric Zemmour ou du magazine Valeurs actuelles pour une caricature de la députée Danielle Obono.

Loin d’être un carcan, l’État de droit constitue la manifestation juridique des principes de liberté, posant un cadre à l’épanouissement de la société et son rempart face à l’arbitraire.

Une des principales clefs de ce rempart se trouve dans l’isonomie, c’est-à-dire l’égalité devant la loi. Une liberté qui n’est pas exerçable par tous, mais par un petit nombre n’est donc pas une liberté, mais une loi privée, c’est-à-dire un privilège, avec lequel la gauche passe pourtant son temps à importuner la Terre entière.

Garantir la liberté d’expression

Ainsi, dans un État de droit efficient, la liberté d’expression doit être égale pour tous.

Étrange donc de voir la gauche tenter de récupérer une liberté qu’elle a tant contribué à réduire depuis trente ans. À croire que pour les champions de l’égalitarisme, certains sont plus égaux que d’autres.

La gauche a assurément une responsabilité dans ce qui arrive à notre pays, qu’il s’agisse de son laxisme ou de ses calculs électoraux. Son aversion pour les valeurs occidentales, l’État régalien et l’État de droit a sans doute également contribué à l’horreur qui nous a frappés. Par ses coups de canifs à nos libertés, elle a ouvert la porte aux islamistes.

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