Professeur décapité : et la France tomba des nues pour la millième fois

Screenshot_2020-10-19 Hommage à Samuel Paty « On est là pour montrer qu’on n’a pas peur » - YouTube - Le Parisien — Le Parisient ,

La méthode, quoique de longue haleine, est assez simple. Première étape : ne pas demander à un professeur de s’excuser quand il fait un cours sur la liberté d’expression.

Par Nathalie MP Meyer.

« Tout ça pour ça » titrait Charlie Hebdo le mois dernier en republiant ses caricatures du prophète Mahomet alors que s’ouvrait le procès des attentats de janvier 2015.

Massacre à la kalachnikov, couteau planté dans la gorge et maintenant décapitation de Samuel Paty, enseignant d’histoire et géographie dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine qui voulait éveiller ses élèves à la liberté d’expression, violence, haine et sang répandu – tout ça pour des dessins, de simples dessins d’un magazine satirique à la diffusion plutôt confidentielle qui caricature tout, le plus souvent dans l’indifférence olympienne des caricaturés. Tout ça pour seulement ça.

Mais un « seulement ça » qui revêt hélas une importance quasiment névrotique aux yeux d’un islam travaillé par de puissantes pulsions fondamentalistes et qui s’active depuis une vingtaine d’années pour que soit reconnu le délit de blasphème, c’est-à-dire l’interdiction de critiquer une religion, et ceci, attention renversement des charges, au nom de la lutte contre l’islamophobie et les discours de haine religieuse.

Si les manœuvres officielles sur la scène internationale et dans les assemblées de l’ONU ne suffisent pas, un peu de terreur chez les infidèles les plus récalcitrants ne sera pas de trop pour appuyer la cause. On se rappelle qu’au Pakistan, la chrétienne Asia Bibi a échappé de justesse à la pendaison pour ce motif dans un dossier monté de toutes pièces pour la faire condamner tant les fondamentalistes islamistes pensent détenir la seule vérité et ne supportent aucune liberté religieuse hormis la leur.

Dans ce contexte, il n’y a guère lieu de s’étonner que la tenue du procès des attentats de janvier 2015 et la republication concomitante des caricatures soient devenues l’occasion d’un regain de terreur de la part des fous d’Allah. Charlie Hebdo a d’ailleurs reçu le 11 septembre, c’est-à-dire le jour anniversaire des attentats du World Trade Center (délicate attention, non ?) des menaces très précises de la part d’Al-Qaïda qui incluent Emmanuel Macron dans le package pour avoir forcément « donné son feu vert » à la nouvelle parution :

Si votre liberté d’expression ne respecte aucune limite, préparez-vous à vous confronter à la liberté de nos actions.

Quand on lit le tweet que l’assassin tchéchène de l’enseignant a pris le temps de publier après son forfait et juste avant d’être abattu par la police, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a plus qu’une simple coïncidence :

De Abdullah, le serviteur d’Allah, à Marcon, le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment…

Mais en France, à ce moment-là, et en dépit d’une première alerte le 25 septembre devant les anciens bureaux de Charlie Hebdo qui a fait deux blessés graves, c’était pour ainsi dire business as usual.

Un enseignant a montré des caricatures du prophète dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression en ayant la délicate attention de laisser le choix aux élèves de confession musulmane de les regarder ou non (vidéo ci-dessous, 54″) et des parents viennent se plaindre que leurs enfants ont subi des atteintes intolérables à leur « intégrité psychologique » ? C’est à lui, l’enseignant qui a parfaitement respecté le programme, que l’on demande de s’excuser auprès des familles outragées. C’est à lui que la principale du collège envoie un inspecteur de l’Éducation nationale pour lui rappeler « les règles de laïcité et de neutralité » !

Et c’est ainsi que de réunions en excuses, aplatissements, flagorneries et médiations très citoyennes, les renseignements territoriaux dépêchés sur l’affaire peuvent conclure à un apaisement et à une situation redevenue merveilleusement calme et normale. Pas de tension à signaler. Aucun problème à l’horizon.

Comme d’habitude, on préfère mettre rapidement fin à une polémique en cachant la poussière sous le tapis. Comme d’habitude on préfère jeter un voile pudique sur les dérives et les exigences hallucinantes de l’islamiste à l’école ou à l’hôpital en enjoignant aux personnels de ne surtout pas faire de vague.

Comme d’habitude, on se préoccupe peu de savoir qui a tort, qui a raison et à qui on a véritablement affaire. Le professeur doit s’excuser et pourtant, c’est le parent d’élève qui a menti : sa fille prétendument traumatisée n’assistait pas au cours incriminé. Et c’est encore lui, le parent d’élève, qui a instrumentalisé son indignation en carton sur Facebook, divulgué publiquement les noms de l’enseignant et de l’établissement scolaire et s’est présenté au collège accompagné d’un prédicateur islamiste des plus inquiétants en menaçant de manifester si l’enseignant qualifié de « voyou » n’était pas promptement suspendu.

Sur ces entrefaites, arrive un jeune Tchétchène armé de pied en cap, prêt à tuer. Son lien avec les événements précédents n’est pas encore clairement établi au moment où j’écris mais sa radicalisation n’était pas totalement inconnue puisque l’un de ses tweets mettant en scène une fausse décapitation au sein d’un ensemble de publications très portées sur le djihad avait été signalé cet été par la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme.

Mais comme d’habitude, on préfère rétablir à la va-vite un « vivre ensemble » apparent plutôt que d’affronter enfin la gangrène insidieuse de l’islamisme radical qui se nourrit depuis vingt ans des renoncements quotidiens de notre État de droit et des multiples « petits arrangements » érigés en stratégie électoralistes, et pas seulement au PS et à l’extrême gauche. Pour n’aboutir finalement et systématiquement qu’à l’écrasement de nos libertés et au meurtre.

Et comme d’habitude, une fois la nouvelle de l’attentat connue, la France tombe des nues pour la millième fois comme si c’était la première, ses politiciens de tous bords s’indignent et exigent que le gouvernement « fasse quelque chose » et le président de la République assure que non, non et non, l’islamisme et le terrorisme ne passeront pas dans notre pays des droits de l’homme, des Lumières et de la liberté :

Puis comme d’habitude, on voit resurgir les hypocrisies et les larmes de crocodile de ceux qui, par une totale inversion des victimes et des bourreaux, estiment qu’il faudrait peut-être commencer par éviter de mettre de « l’huile sur le feu », qu’il aurait peut-être fallu agir différemment, mieux tenir compte de la sensibilité religieuse des élèves, ne pas montrer ces caricatures. Bref, une fois de plus reculer, céder au chantage, au caprice, et s’asseoir sur nos principes.

Puis comme d’habitude, on voit les pires idiots utiles de l’islamo-gauchisme se donner le beau rôle de défenseurs des valeurs de la République et participer fièrement aux nombreuses célébrations d’hommage et autres marches blanches qui ponctuent toujours ces événements tragiques :

On participerait volontiers si l’on ne voyait affleurer l’odieuse récupération politique de ces manifestations. Car ce sont les mêmes, les Mélenchon, les Corbière et toute la fine fleur de la France insoumise, qui participaient tout sourire il y a moins d’un an à une « Marche contre l’islamophobie » où l’un des meneurs connu pour ses proximités avec les frères musulmans a fait reprendre en chœur le fameux cri « Allahu Akbar » qui a accompagné et en quelque sorte signé tous les attentats islamistes perpétrés en France et dans le monde, drame de Conflans-Sainte-Honorine compris.

Dimanche soir arrive, les manifs sont finies, chacun rentre chez soi. Il ne reste plus qu’à attendre la prochaine fois avec la certitude que l’on nous rejouera exactement la même pièce de l’étonnement douloureux, de l’indignation républicaine et de la fermeté, promis juré.

Dans ce sinistre bal des hypocrites, des insouciants, des discoureurs et des lâches, une confirmation cependant : le grand projet d’Emmanuel Macron contre les séparatismes qui repose principalement sur la réduction des libertés scolaires par interdiction de l’enseignement à la maison et contrôle accru des écoles hors contrat – ce grand projet tombe complètement à côté de la plaque. Le Président reverra-t-il sa copie ? Rien n’est moins sûr.

Pourtant, la méthode, quoique de longue haleine après des années de confusion des valeurs, est assez simple. Première étape : ne pas demander à un professeur de s’excuser quand il fait un cours sur la liberté d’expression.

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