Hygiénisme et criminalisation des comportements déviants

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La dernière trouvaille gouvernementale consistant à employer des Brigades Anti Criminalité pour traquer les fêtards pourrait faire sourire, si elle n’était aussi consternante.

Par Marc André.

Notre beau pays, si bien dirigé par une administration que le monde entier nous envie, mais qu’il ne copie pas, ne cesse de s’améliorer. Il est faible de dire que l’épidémie actuelle fait à ce titre ressortir le meilleur de nous-mêmes.

Maintenant que l’on teste à tour de bras, nous trouvons un nombre toujours plus significatif de cas positifs dans une population en cours d’acquisition de son immunité collective ; et nos dirigeants, hantés par le souvenir de la canicule de 2003 n’ont de cesse de s’agiter dans tous les sens pour tenter d’enrayer l’inévitable. Le virus se répand, comme bien avant lui celui de la grippe espagnole et celle de Hong-Kong plus récemment.

Face à l’inéluctable, le gouvernement s’agite pour donner l’illusion qu’il sert à quelque chose, répète tout et son contraire et pense avoir trouvé la martingale en désignant un coupable : la covid c’est la faute des jeunes !

La covid, la faute des jeunes !

Ces inconscients s’exposent sans précautions et disséminent le fléau sans aucune considération pour les messages toujours limpides de l’exécutif. Cela est insupportable à tout esprit technocratique détenteur de LA vérité. Que cette dernière soit fluctuante et souvent contradictoire importe peu.

Le péril c’est la jeunesse et il faut se donner les moyens de la faire rentrer dans le rang. La dernière trouvaille gouvernementale consistant à employer des Brigades Anti Criminalité pour traquer les fêtards pourrait faire sourire, si elle n’était aussi consternante.

La criminalisation des comportements déviants

D’abord parce que les mots ont un sens et que s’appuyer sur ces brigades pour imposer la vision administrative du jour — qui ne sera pas celle du lendemain — revient à criminaliser, au sens littéral du mot, des comportements qui relèvent de la liberté individuelle.

Ensuite, si les jeunes se réunissent sans prendre nécessairement toutes les précautions, c’est parce que les bars où des mesures barrières pouvaient être appliquées ont été fermés. Oui, mais non ! Fermons ces lieux de dépravation et tout le monde s’en portera mieux… hé ben non ! Le virus n’attaque visiblement que la nuit, jamais le jour dans des amphis ou des salles de classe bondées !

La prochaine étape consistera certainement en toute logique à arrêter les contrevenants et les trainer devant les tribunaux pour mise en danger de la vie d’autrui.

Tout cela en toute décontraction, la même semaine où deux policiers ont été désarmés par des voyous qui les ont criblés de balles, une quarantaine de jeunes entrepreneurs en distribution de produits psychotropes a pris d’assaut le commissariat de Champigny-sur-Marne et qu’un fonctionnaire de police est entre la vie et la mort après avoir été délibérément renversé par un chauffard lors d’un contrôle routier.

Dans un pays où le calme règne de si parfaite façon, il est donc tout à fait normal de lancer les BAC aux trousses des étudiants.

Protéger les plus faibles d’entre nous est une bonne chose. Le faire en culpabilisant la population accusée de propager une infection dont notre État nounou a été bien incapable de prendre la mesure en est une autre. La jeunesse est insouciante, c’est un fait entendu, mais c’est aussi son charme.

Comment faire porter aux Français et surtout aux plus jeunes la responsabilité de cette crise quand les messages et les actions de nos gouvernants ont été aussi brouillons que consternants depuis le début de cette pandémie ?

Si d’aventure nous en arrivons au couvre-feu, ne doutons pas que nos zélites auront recours à l’armée. Pendant ce temps-là, les occupants des territoires perdus de la République pourront toujours se livrer à leur passe-temps favori et casser du flic… à condition qu’ils respectent des gestes barrières que personne ne viendra, de toute façon, jamais leur imposer.

Pauvre France !

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