Covid-19 : début de rupture entre les Français et le gouvernement ? 

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Il semblerait que les Français soient en train de se rendre compte que l’épidémie de Covid-19 n’est pas seulement sanitaire, mais politique.

Par Sébastien Leblet.

Le dernier sondage Elabe relatif à la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement révèle le plus bas niveau de confiance des Français envers l’exécutif depuis le début de la crise sanitaire.

En effet, selon cette dernière étude, « alors que le gouvernement vient d’annoncer une nouvelle série de mesures », seulement « 35 % des Français font confiance à l’exécutif pour lutter efficacement contre l’épidémie », ce qui représente une « baisse de 3 points en 10 jours » et le « niveau de confiance le plus bas enregistré depuis le début de l’épidémie ».

Si « l’inquiétude vis-à-vis de la propagation du virus reste très présente », et « progresse » même « légèrement » (comment pourrait-il en être autrement compte tenu du bruit médiatique et des discours alarmants du gouvernement ?), les Français sont très partagés sur les mesures qui sont prises actuellement par le gouvernement.

Ce qui emporte majoritairement l’adhésion des Français

Les Français sont très majoritairement favorables aux « mesures d’interdiction ou de restriction des rassemblements d’un très grand nombre de personnes » (passage de la jauge de 5000 à 1000 personnes), qui sont « bien accueillies par près de 3 Français sur 4 ».

De même, « l’interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes dans l’espace public » des « 11 grandes villes est approuvée par 2 Français sur 3 ».

Enfin, ce sont « 70 % des Français » qui « considèrent qu’il faudrait renforcer les mesures dans les transports en commun, contre 29 % qui estiment que cela n’est pas nécessaire ».

Tout ceci laisse penser que les Français considèrent majoritairement que le risque de contamination augmente proportionnellement avec le nombre de personnes en présence, et que la contrainte exercée par l’exécutif est ici justifiée.

Ce qui laisse les Français indécis

L’étude Elabe nous apprend que « le souhait d’un renforcement des mesures dans les écoles (50% oui, 48 % non) et en entreprise (49 % oui, 50 % non) divise les Français ».

En effet, « les parents d’enfants scolarisés sont partagés sur le renforcement des mesures dans les écoles (51 % oui, contre 47 % non), tout comme les salariés pour un renforcement en entreprise (47 % oui, 52 % non) ».

Ce qui laisse penser que l’opinion des Français concernant la vie en collectivité (travail ou études) doit se répartir selon une courbe en cloche (fonction de Gauss) avec autant de personnes au centre et dans les extrêmes, à savoir par exemple, autant de personnes qui trouvent que le port du masque au travail ou à l’école est une absurdité, que de personnes qui voudraient que ces lieux collectifs soient, au contraire, proscrits et remplacés par du strict télé-travail ou de l’enseignement à distance.

Ce que les Français désapprouvent majoritairement

Pour finir, il semblerait que 3 points soient particulièrement en cause dans la perte de confiance des Français envers leur gouvernement :

1) Les Français ne comprennent pas pourquoi les bars ont été totalement fermés à Aix-Marseille et en Guadeloupe, alors que les horaires d’ouverture sont simplement restreints ailleurs. Très certainement, ils imaginent que cette mesure concernant Aix-Marseille est seulement, ou surtout politique, et que c’est là une manière de punir le professeur Raoult, et l’aire urbaine Aix-Marseille dans son ensemble, de sa liberté et/ou de ses critiques envers le gouvernement.

2) Les Français réprouvent que les décisions soient prises par le gouvernement sans concertation avec les acteurs locaux, publics ou privés. Ils se rendent très certainement compte, à mesure qu’elle se rapproche, que la crise économique va être terrifiante et compatissent de plus en plus avec ceux dont le métier ou le statut exposent fortement aux aléas ou l’impéritie des décisions gouvernementales.

3) Enfin, « 69 % des Français considèrent qu’Emmanuel Macron, le gouvernement et les autorités sanitaires ont mal anticipé le retour de l’épidémie ». Comment leur donner tort et ne pas pointer du doigt l’énorme contradiction qu’il y a d’un côté, pour le gouvernement, à annoncer chaque semaine depuis le mois d’avril qu’une seconde vague va arriver et d’affoler ainsi toute la population en continu, et de l’autre, de menacer les Français d’un confinement 6 mois plus tard si les services hospitaliers saturent, services hospitaliers qui semblent n’avoir fait l’objet d’aucune embauche ou investissement particulièrement notable ?

Pour conclure, il semblerait que les Français soient en train de se rendre compte que l’épidémie de Covid-19 n’est pas seulement sanitaire, mais politique. Les décisions concernant Marseille, de manière générale, la verticalité des décisions, comme les contradictions de l’exécutif (par exemple, sur les fameux masques, d’abord inutiles, maintenant obligatoires, même à l’extérieur où rien ne prouve qu’ils soient pertinents) sont en train de venir à bout de leur confiance.

Privés de nombreuses libertés depuis maintenant 7 mois, les Français ont été jusqu’à présent patients et relativement indulgents envers l’exécutif, considérant qu’il était de bonne foi et que les mesures étaient temporaires et médicalement nécessaires. Aujourd’hui, cette confiance est au plus bas et le doute s’installe. Désormais, les Français souhaitent de la transparence dans ce qui fonde les décisions gouvernementales et qu’on cesse de les infantiliser, soit en les menaçant, soit en les culpabilisant, soit en ne les consultant pas.

En somme, il appartient à Emmanuel Macron et à son gouvernement de prouver qu’ils sont attachés au principe de la démocratie.

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