Port du masque : gérer le problème cognitif

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3 questions à Isabelle Barth, Professeure agrégée des Universités et Chercheuse en sciences du Management.

Dans une tribune publiée dans Le Monde en date du 7 septembre, vous affirmez que si le masque protège de la covid, il altère cependant la « capacité d’autocontrôle ». Qu’est-ce qu’on ne voit pas dans le port du masque dans notre vie quotidienne, et surtout, dans notre vie professionnelle ?

Le port du masque parasite nos fonctions cognitives à 3 niveaux : l’inconfort physique, l’absence de toutes les expressions qui complètent le verbal et enfin, un rappel constant à la pandémie, au danger, à la maladie, à la crise, aux privations dues à la Covid. C’est dans ce dernier registre que se joue l’affaiblissement de nos fonctions cognitives.

Nous ne sommes pas multitâches et la charge mentale grève nos capacités de discernement ou d’apprentissage. Comme le traduit l’expression courante : « ça me prend la tête ».

Vous prenez un exemple très parlant, qui vient des sciences cognitives, portant sur les ours blancs. Pouvez-vous nous expliquer en quoi il consiste ? Moins de temps de cerveau disponible, c’est donc le travail qui est impacté ?

C’est une des multiples expériences menées en psychologie sociale  : on parle d’ours blanc à un groupe de personnes et ensuite on leur demande d’exécuter un test ou remplir un questionnaire. Seulement, on demande à la moitié du groupe de « ne pas penser » aux ours blancs… cette moitié va avoir des performances moindres que l’autre groupe qui n’a pas eu cette consigne.

On peut donc faire l’hypothèse que les pensées qui vont nous encombrer à propos du masque pèseront sur les collaborateurs et les élèves avec une baisse de productivité ou d’apprentissage, très variable selon les individus bien évidemment.

Nous pouvons aussi affirmer que nous sommes en mode apprentissage et que tout cela s’aplaniera avec le temps quand nous entrerons en mode routine.

La rentrée va être l’occasion concrète des problèmes cognitifs posés par le masque. Quelles solutions pour les enseignants et les professeurs qui reviennent en cours et sont confrontés au problème ?

Mon propos n’est surtout pas de mettre en cause le port du masque mais bien de nommer les choses pour savoir que ce problème va exister et appeler les managers comme les enseignants à plus de vigilance et plus de bienveillance.

Connaître ce phénomène peut aussi rassurer des personnes en leur donnant une explication à d’éventuelles défaillances qui ne s’expliquent pas.

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