Masques obligatoires en entreprise : premier rétropédalage d’Élisabeth Borne

Elisabeth Borne By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

Si l’État bureaucratique s’en sort aussi mal avec les masques, comment fait-il d’habitude ?

Par Frédéric Mas.

Les aventures du port du masque obligatoire continuent. Ce dimanche, le ministre du Travail Élisabeth Borne a admis que certaines activités en entreprise étaient difficilement compatibles avec le port du masque.

Elle envisage maintenant d’en assouplir les règles dans certains cas, en particulier dans les espaces suffisamment ventilés et pour certaines activités qui nécessitent un effort physique certain. Tout cela sera discuté avec les « partenaires sociaux » avant l’entrée en vigueur de la règle dès demain, ce qui, il faut l’admettre, donne peu de temps au gouvernement pour y réfléchir intensément.

Des masques obligatoires à Paris

Ce rétropédalage à quelques jours de la nouvelle réglementation rappelle un peu ce qui s’est passé à Paris vendredi dernier, en moins caricatural peut-être. À 8 heures, le port du masque était obligatoire pour tous. Quelques dizaines de minutes plus tard, la préfecture admettait certaines exceptions à la règle, que ce soit pour pique-niquer ou pour circuler à deux roues.

Mais attention ! Les contrevenants risquent gros. La police contrôle les bars et les cafés pour vérifier que tout le monde respecte les règles. C’est l’occasion pour elle de montrer au contribuable qui pourrait en douter qu’elle est bien employée en cette période de radicalisation des violences urbaines.

Dans les deux cas, à Paris comme au niveau national, on distingue une façon de procéder qui nous donne une bonne idée du fonctionnement du modèle social que tout le monde nous envie.

Premièrement, les pouvoirs publics agissent dans la précipitation, par effet d’annonce de manière autoritaire et jacobine. L’exécutif impose une règle générale et autoritaire partout.

Ensuite, le préfet ou son ministre de tutelle ouvre le journal et s’aperçoit que le monde entier n’est pas une administration parisienne, et que ses règles sont impossibles à suivre correctement en l’état. C’est un problème d’information classique en économie, mais cette leçon semble un peu difficile à comprendre pour les planistes. On accepte alors une multitude de cas particuliers et d’exceptions laissés à l’appréciation de l’administration elle-même.

Plus d’exceptions, plus de fonctionnaires mobilisés

Le masque doit être porté au comptoir du bistrot, mais pas à table. On peut fumer, manger une glace et courir sans masque, ou même peut-être travailler dans un open space, mais pas dans les parcs publics, sur la plage parfois ou dans les rues de Paris.

La multitude d’exceptions mobilise une multitude de fonctionnaires pour faire respecter le nouvel empilement bureaucratique, achevant de rendre la consigne générale illisible et son application largement arbitraire, c’est-à-dire, au sens premier, à l’appréciation du Politique. La notion de sécurité juridique à ce stade devient une plaisanterie un peu utopique.

Mais si l’État bureaucratique s’en sort aussi mal avec les masques, comment fait-il d’habitude ? La réforme des retraites, le droit du travail, la guerre contre le terrorisme ? Si on osait la décentralisation des décisions ?

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