Aurore Bergé, favorite écartée de la cour

Capture d'écran Youtube de BFMTV 14 fevrier 2017 : "Passée de Juppé à Macron, Aurore Bergé y voit de la cohérence"

Davantage qu’un simple épisode individuel, les larmes d’Aurore Bergé en disent autant sur son propre rapport à la politique qu’à une présidence d’Emmanuel Macron fondée sur la fascination et l’allégeance.

Par Jonathan Frickert.

Qu’y a-t-il de commun entre un ancien ministre du Redressement productif chantre de la démondialisation et un candidat malheureux à la présidence des Républicains se revendiquant « national-libéral » ?

Hormis leur terre d’élection et leur fibre patriotique marquée, Arnaud Montebourg et Guillaume Larrivé, deux Bourguignons, ont en commun d’avoir été pressentis pour rejoindre le tout jeune gouvernement Castex.

Contrairement à certains autres candidats malheureux, ils semblent avoir su digérer ce refus en élus responsables.

Tel ne semble pas être le cas de la transfuge des Républicains Aurore Bergé, qui aurait fondu en larmes en public en apprenant qu’elle ne serait pas dans la nouvelle équipe exécutive, elle qui estime « avoir tout donné » à la Macronie.

Un comportement de courtisane une nouvelle fois révélateur de la nature profonde de l’élyséeologie du macronisme, fondée sur l’allégeance au chef.

Aurore Bergé : les larmes d’une recalée

Grande déception pour nos enfants : Caliméro n’entrera pas au gouvernement.

En effet, selon les indiscrets sortis la semaine dernière dans Le Point, la salve finale de nominations du nouveau gouvernement Castex n’a pas fait que des heureux.

En témoigne ce moment hallucinant qui se serait déroulé le 6 juillet dernier à Matignon. Ce jour-là, Jean Castex, tout juste nommé Premier ministre trois jours plus tôt, organise un pot d’arrivée auquel les élus de la majorité sont conviés.

Aurore Bergé, transfuge des Républicains devenue députée des Yvelines, aurait eu un comportement particulier. Apprenant qu’elle ne serait pas nommée secrétaire d’État à la communication audiovisuelle, la fille de la voix française de Sylvester Stallone se serait illustrée par un comportement bien loin de celui de l’icône reaganienne.

Pour cause, la trentenaire, membre de la commission des Affaires culturelles aurait tout simplement fondu en larmes à l’annonce de son absence du prochain gouvernement, estimant avoir « tout donné à la Macronie ».

En pleurs, Aurore Bergé se serait réfugiée dans le jardin de l’Hotel Matignon avant de revenir, quelques minutes plus tard les yeux rougis par le chagrin.

Aurore Bergé, une habituée du retournement de veste

Celle qui aurait dû être sa ministre de tutelle ne serait pas étrangère à son éviction. Roselyne Bachelot connaît bien Aurore Bergé. Alors étudiante à Science Po, cette dernière avait fait un stage auprès de celle qui n’était encore qu’eurodéputée et avec qui elle semble avoir tissé des liens puisque l’ancienne ministre de la Santé sera ensuite son témoin de mariage.

Malgré ces liens, le maroquin tant espéré rue de Valois a donc glissé des mains d’Aurore Bergé sous le refus de Roselyne Bachelot, mais également celui d’Emmanuel Macron lui-même, selon un proche de l’Élysée, qui révèle que la députée des Yvelines insupporterait largement le chef de l’État par sa manière de « survaloriser les attaques dont elle fait l’objet ». Une spécialité pour l’ancienne cadre des Jeunes Populaires.

Engagé à l’UNI durant mes études, je me souviens encore des railleries dont Aurore Bergé faisait déjà l’objet il y a 10 ans. Des moqueries qui n’ont guère cessé à mesure que la jeune Magnycoise gagnait en notoriété, au point de provoquer aujourd’hui l’exaspération du milieu politique.

En cause : une impressionnante capacité à se plaindre, pour tout, tout le temps. Toujours prompte à dénoncer la haine et le cyberharcèlement dont elle serait victime, Aurore Bergé arrive dans le même temps à se dire inspirée par Margaret Thatcher. Une référence proche de l’insulte tant le parcours et le tempérament d’Aurore Bergé sont les antithèses de ceux de la dame de fer.

Car Aurore Bergé est connue depuis longtemps pour manger à tous les râteliers. Avant d’être élue députée et nommée porte-parole du parti majoritaire – un poste où elle croisera des cadors du macronisme tels que Benjamin Griveaux et Laurence Haïm – Aurore Bergé est connue pour avoir toujours suivi le sens du vent.

En témoigne un photomontage qui fait le tour des réseaux sociaux depuis 2018, la montrant avec les différents favoris de la droite selon la tendance du moment et suggérant le caractère arriviste de la députée.

Des retournements peu enviables pour les candidats en question dont les candidatures finissent régulièrement dans le fossé : Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et même François Fillon s’en souviennent, confortant la réputation de chat noir de l’yvelinoise.

Outre ces changements réguliers de chapelle, ce sont bien les derniers mois de l’élection présidentielle qui en disent le plus long sur la personnalité de l’actuelle députée.

À la manière d’un Bruno Le Maire peu avare en critiques contre un candidat dont il sera pourtant ministre quatre mois plus tard, Aurore Bergé cofonde avec Virginie Calmels un mouvement destiné à être le bras armé de la droite anti-Macron nommé DroiteLib’, en janvier 2017. Quelques jours plus tard, elle rejoint l’équipe de campagne du futur président élu, allant jusqu’à publier une tribune dans L’Obs.

Aurore Bergé montre donc une nouvelle fois qu’elle est davantage une arriviste dont le seul intérêt pour ses compagnons de route du moment est sa qualité de prise de guerre interchangeable du président de la République.

Davantage qu’un simple épisode individuel, les larmes d’Aurore Bergé en disent autant sur son propre rapport à la politique qu’à une présidence d’Emmanuel Macron fondée sur la fascination et l’allégeance.

De la girouette à la courtisane

Avant d’être un livre écrit par Dominique de Villepin et sorti il y a maintenant 10 ans, l’esprit de cour désigne une tendance du pouvoir royal à réunir autour du souverain un certain nombre de personnes suivant le monarque dans ses moindres faits et gestes.

Le sociologue Norbert Elias inscrit cette mécanique au sein d’un processus de civilisation consistant à la médiation des pulsions individuelles qui s’étendra plus tard aux autres classes sociales avec la démocratie parlementaire.

La cour est composée de courtisans et de courtisanes, et si ce dernier terme est très souvent connoté, il désigne surtout le pendant féminin de courtisan, ayant pour objectif principal la satisfaction matérielle ou le prestige d’un titre de noblesse.

Aurore Bergé se comporte donc d’une façon propre à cette tradition, à l’exception notable que la cour a pour objectif la canalisation des émotions, là où la députée n’a pas hésité à laisser libre cours à leur déchainement.

Ce point est symptomatique de l’esprit de cour par son dévoiement dans l’acceptation des passions au coeur d’un milieu politique fondé sur la ruse.

Cet esprit de cour bien particulier s’inscrit dans la nature même du macronisme.

Un rapport de vassalité

Cet esprit de cour favorise davantage l’allégeance que la compétence, selon un rapport de vassalité. En témoigne le profil des porte-parole successifs aussi bien au gouvernement que dans le parti majoritaire, de Griveaux à Bergé et de Ndiaye à Attal.

Cela est également montré par une longue série d’événements allant jusqu’à la défaite de LREM aux élections municipales dont la campagne, focalisée sur des enjeux locaux bien loin de celle des élections législatives fondées sur l’image d’un président élu auquel on prête allégeance, y est sans doute pour beaucoup.

Cette dérive se ressent jusque dans l’esprit, le président de la République ayant lui-même évoqué son manque d’intérêt pour le scrutin local, phénomène touchant jusqu’aux parlementaires. Le co-rapporteur de la réforme des retraites avait ainsi estimé que les élus d’opposition n’étaient rien, étant entendu que tout ce qui ne doit pas sa légitimité du monarque n’existe pas.

Dernier exemple en date : le remplacement d’Agnès Buzyn au pied levé en pleine crise sanitaire.

Aurore Bergé fait pleinement partie de cette logique, elle qui fin 2017 était considérée comme appartenant à la garde rapprochée du chef de l’État et que le journal Le Monde qualifiait de « dévouée corps et âme » à ce dernier.

L’ère de l’hyperprésident

Cet épisode est donc symptomatique d’un rapport particulier au pouvoir qui est induit par la dérive des institutions de la Cinquième République. Un rapport vassalique qui n’est pas une spécificité de la présidence d’Emmanuel Macron, mais la cristallisation de pratiques remontant aux origines même de la pratique présidentielle.

Le seul élément semblant être nouveau ici est la révélation au grand jour de l’hyperprésidentialisation née du quinquennat, transformant ce qui était auparavant décrit comme une monarchie républicaine en une république hyperprésidentielle, centralisée aussi bien dans son administration que dans la nature du pouvoir.

Là où le monarque absolu se fondait sur le droit divin, mais tentait d’incarner le royaume, le président absolu se fonde sur un suffrage populaire pour incarner son camp.

Seulement, à la manière des chiffres qu’Alfred Sauvy définissait comme « des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce qu’on veut leur faire dire », il est aisé de faire dire au peuple ce qu’on veut qu’il dise. Nombre de mathématiciens ont ainsi travaillé sur des modes de scrutin pouvant aboutir à des résultats antagonistes alors même que l’expression du peuple restait inchangée.

Il s’agit donc bien d’un problème institutionnel.

L’hyperprésidentialisation désigne ainsi la concentration des pouvoirs dans la seule fonction présidentielle. Le quinquennat, et en particulier l’inversion des calendriers législatifs et présidentiels, faisant dépendre toute la vie politique du seul scrutin pour l’accès à la magistrature suprême, le locataire de l’Élysée devient l’alpha et l’oméga de la vie politique française, attirant jalousies et convoitises.

L’élection présidentielle voit donc son enjeu décuplé. Il ne s’agit plus de savoir qui sera le mieux à même d’incarner la Nation, mais de savoir quelle faction aura la mainmise absolue sur l’appareil d’État.

Cette hyperprésidentialisation est à la fois la cause et la conséquence du maintien du Vieux Monde dont Emmanuel Macron s’était pourtant fait le fossoyeur. Aurore Bergé l’a très bien compris, même si l’éternelle courtisane de la politique française, à force d’attirer sur elle le mépris de ceux qu’elle prétend servir, reste incapable de devenir la favorite du Prince.

Un indice de ce qui attend sans doute la députée des Yvelines après s’être ce samedi déclarée candidate à la succession de Gilles Le Gendre à la présidence du groupe LREM au Palais Bourbon.

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