Sibeth Ndiaye ou l’autre « bodyguard » du Président

Sibeth Ndiaye fait partie de la petite garde rapprochée du Président qui pense que tous les coups sont permis pour protéger le président.

Par Nathalie MP.

Sibeth Ndiaye vient de faire une grande découverte : la discrimination positive peut causer plus de tort que de bien. Invitée sur BFM TV quelques jours après sa nomination au poste de porte-parole du gouvernement, elle constatait non sans amertume que « quand vous êtes une femme et qu’en plus vous êtes noire, on met toujours en doute la raison pour laquelle vous êtes là » :

On vous dira que c’est la discrimination positive, on vous dira que c’est un peu du hasard, on vous dira que c’est le fait du prince, on vous dira que ce sont vos amitiés. (vidéo du tweet ci-dessous, 46″)

Que n’alerte-t-elle pas son collègue du gouvernement Bruno Le Maire qui a intégré dans la loi PACTE des sanctions pour les entreprises qui ne respecteraient pas les quotas de femmes dans les conseils d’administration et qui envisage sérieusement d’obtenir à terme une « stricte parité dans l’entreprise » ! On tremble à l’idée de toutes ces femmes étouffées par la sollicitude absurde de Bruno Le Maire, qui vont devoir affronter les doutes sur les raisons qui ont motivé leur nomination à tel ou tel poste.

Ceci étant, le choix de Sibeth Ndiaye pour la fonction de porte-parole du gouvernement ne relève probablement pas d’un souci prioritaire de parité et de minorité visible de la part d’Emmanuel Macron. Il s’agirait plutôt de récompenser une vraie fidèle de la première heure tout en essayant de mettre un terme aux manières aboyeuses qu’elle n’employait que trop souvent envers les journalistes dans son job précédent de conseillère presse et communication du Président.

Née en 1979 à Dakar, mariée et mère de trois enfants, Sibeth Ndiaye appartient à une famille de notables très impliqués dans la vie politique de leur pays. Sa mère, magistrate, fut présidente du Conseil constitutionnel du Sénégal. À l’adolescence, elle arrive en France (dont elle obtiendra la nationalité en 2016) pour poursuivre sa scolarité au lycée Montaigne puis à l’université où elle obtient un DESS en économie de la santé.

À partir de là, son parcours devient typique des jeunes pousses de la gauche : elle rejoint l’UNEF pendant ses années étudiantes et adhère au Parti socialiste sous le coup du « choc » du 21 avril 2002 qui a vu Jean-Marie Le Pen accéder au second tour de l’élection présidentielle. Lors des primaires de gauche de 2006, elle soutient Dominique Strauss-Kahn puis se tourne vers Martine Aubry en 2011.

François Hollande étant élu en 2012, elle devient chargée de mission presse et communication auprès d’Arnaud Montebourg, nouveau ministre de l’Économie sous le titre de ministre du Redressement productif. Elle fait alors la connaissance d’Emmanuel Macron dont elle dit qu’ « il était d’un abord agréable, avec beaucoup d’humour ». Il deviendra son patron quand il sera nommé à Bercy en 2014 et n’aura guère de mal à l’entraîner à sa suite dans l’aventure En marche ! à partir de 2016.

Sibeth Ndiaye est véritablement entrée dans le paysage politico-médiatique français quand on l’a découverte dans le documentaire passablement hagiographique « Emmanuel Macron, les coulisses d’une victoire » diffusé sur TF1 dès le lendemain de l’élection présidentielle. Omniprésente, dynamique, aux petits soins pour son candidat et toujours prête au combat pour le défendre, on la voit aussi décrocher son téléphone pour tancer vertement un journaliste.

La conversation commence gentiment par : « Je me permettais de vous appeler parce que j’étais un peu étonnée par un titre dans un papier sur votre site internet » et se termine sauvagement par : « Ça, c’est pas du travail de journaliste. C’est du travail de sagouin. C’est pour ça que je suis un peu vénère. » 

C’est malheureusement une habitude qu’elle va garder une fois Macron élu et, elle, nommée conseillère communication du Président. Que la qualité de la presse laisse souvent à désirer, que la propagande prenne souvent le pas sur l’information, nul ne s’en étonnera, mais les innombrables coups de fil pour demander des correctifs ou faire pression sur les rédactions dans un langage de fond de taverne deviennent éminemment problématiques quand ils émanent du cercle élyséen.

Pour Sibeth Ndiaye, cependant, rien de plus normal :

Nous appelons les médias quotidiennement quand on a des divergences d’interprétation.

Pour nous, individus qui constituons l’opinion publique, rien de plus suspect.

Pas étonnant dès lors que Sibeth Ndiaye soit attendue au tournant dans sa nouvelle fonction de porte-parole du gouvernement. Et l’on voit bien que sa qualité de femme d’origine africaine n’est nullement en cause dans les réticences de fond qu’elle suscite.

Il est vrai qu’elle a dû subir des remarques parfaitement désobligeantes et totalement déplacées à propos de sa coiffure ou sa tenue. Permettez que j’en dise deux mots.

Je connais bien ce type de chevelure, c’est absolument ingérable. Il faut des heures pour ajouter des tresses et si vous laissez les cheveux au naturel comme elle le fait maintenant, ils deviennent rapidement tout emmêlés. Un vrai défi pour toutes les femmes qui possèdent sa texture capillaire.

Quant aux baskets qu’elle portait lors de l’investiture d’Emmanuel Macron, c’était en fait des chaussures plates de chez Repetto. Sujet clos.

Plus fondamentalement, on reproche d’abord à Sibeth Ndiaye d’utiliser un langage trop cavalier, trop « bande de potes qui dégomme tout ce qui bouge » – pour reprendre l’expression d’un proche de Macron pas très emballé – dans des circonstances où l’on attendrait davantage de considération et de hauteur de la part d’une conseillère du président de la République. Encore tout récemment, elle parlait familièrement de job pour annoncer sa nomination sur Twitter :

Plus grave, elle aurait répondu « yes, la meuf est dead » à un journaliste qui l’interrogeait par SMS sur la mort de Simone Veil en juin 2017. Elle a toujours démenti et il s’avère finalement que l’échange avec le journaliste fut le suivant :

Aura-t-elle des obsèques nationales ?
— Aucune idée, la meuf est morte depuis moins de vingt-quatre heures.

Mais franchement, est-ce tellement mieux ?

Jusque là, il ne s’agit que de forme, mais le fond laisse aussi beaucoup à désirer. En juillet 2017, elle déclarait au magazine L’Express :

J’assume parfaitement de mentir pour protéger le Président.

On voit bien ce qu’une telle théorie pourrait devenir dans la bouche de celle qui est devenue entre-temps porte-parole du gouvernement. Elle n’a d’ailleurs pas tardé à voir débouler les remarques mi-ironiques mi-sceptiques à ce sujet. De Guillaume Meurice, chroniqueur sur France Inter, par exemple :

Interrogée sur ce point lors de son premier compte-rendu du Conseil des ministres, elle a plaidé la décontextualisation des propos rapportés sur un sujet concernant la vie privée du Président :

Les paroles auxquelles vous faites référence sont des paroles qui ont été sorties de leur contexte, des paroles qui ont été tronquées. (…) Elles visaient à protéger la vie privée du Président de la République. 

D’après une enquête du journal Libération, Sibeth Ndiaye aurait répondu « non » à un journaliste qui lui demandait si le Président allait profiter des élections législatives (juin 2017) pour s’offrir un bain de foule. Finalement, les journalistes ont appris ensuite que Macron était sorti pour jouer au tennis… et avoir pris un bain de foule au passage. Suite à quoi Sibeth Ndiaye a expliqué au journaliste en question qu’elle « assumait » sa réponse négative pour protéger le Président.

Quant à la journaliste de L’Express qui l’a interviewé sur ce sujet un mois plus tard, elle considère que la discussion lui a semblé beaucoup plus générale que le simple cas de la partie de tennis.

Admettons le bénéfice du doute. Il reste néanmoins une circonstance gravissime à propos de laquelle le doute n’est pas permis : Sibeth Ndiaye fait partie de la petite garde rapprochée du Président qui a jugé bon, pour tenter de disculper Alexandre Benalla, d’utiliser les images d’une vidéosurveillance obtenue illégalement et de les mélanger à d’autres images sans aucun rapport afin de véhiculer l’idée que les coups assénés par le désormais célèbre garde du corps de l’Élysée étaient parfaitement justifiés compte tenu du contexte de violence dans lequel toute la scène se déroulait.

Selon le journal Le Monde, Emmanuel Macron et sa conseillère presse étaient en déplacement à Périgueux à ce moment-là (juillet 2018), mais c’est bel et bien Sibeth Ndiaye qui a eu pour mission de suggérer à quelques oreilles journalistiques disponibles de consulter un certain compte Twitter sur lequel la vidéo soigneusement trafiquée venait d’être publiée :

Va voir un compte qui s’appelle French Politic. Tu verras que Benalla n’est pas celui qu’on dit.

Qu’en conclure, sinon que Sibeth Ndiaye, plus inconditionnelle et plus « bodyguard » que jamais, « assume parfaitement de mentir pour protéger le Président » très largement hors du champ de sa vie privée et n’hésite pas à le faire sans sourciller ? Ça promet.

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