Arnaud Montebourg, le ministre devenu entrepreneur

La conversion en libéral d’un chantre de l’État centralisateur et vertical comme l’était Arnaud Montebourg, revendiquant liberté d’action et autonomie face à l’État, illustre à quel point l’administration et la technocratie doivent être réformées.

Par Alain Goetzmann.

Ces dernières semaines une vidéo d’Arnaud Montebourg, interviewé par Xerfi Canal, fait le buzz sur les réseaux sociaux. Ex-ministre de l’Économie, du redressement productif et du numérique, auparavant avocat et leader politique régional, il avait déjà surpris lorsqu’évincé du gouvernement, il décidait de suivre l’Advanced Management Program de l’INSEAD, dont l’objectif affiché est de transformer les cadres supérieurs en dirigeants d’exception.

Dans cette vidéo, il livre une sorte de rapport d’étonnement sur son expérience d’entrepreneur, à la tête du petit groupe de TPE qu’il a créé en 2018.

C’est décoiffant !

 

Il y affirme :

L’entreprise est un outil de transformation de la société parce qu’à travers elle, on conquiert une clientèle. (…) À travers l’acte de commerce, il y a beaucoup plus que du commerce, il y a des idées, un projet, une vision sur la manière dont on produit, dont on distribue, sur la manière dont on consomme.

Il ajoute :

L’entreprise est un outil aussi intéressant que l’action publique pure, régalienne, unilatérale. Celle-là est contractuelle, elle est faite de conviction et de travail avec les esprits. Elle est aussi importante qu’une ONG. Bien sûr qu’on doit équilibrer nos comptes : on doit gagner de l’argent pour le redistribuer aux salariés, aux actionnaires, aux partenaires.

Il conclut en appelant à réformer le secteur bancaire, trop bureaucratisé et méfiant vis-à-vis des entrepreneurs. Il demande que soit allégé l’environnement réglementaire et normatif qui rend le respect de la loi incompréhensible pour eux, les mettant à la merci de l’appréciation forcément subjective du moindre fonctionnaire.

Tout ce qui n’est pas interdit doit être par principe autorisé, conclut-il.

Le ministre aux nouvelles convictions

En l’écoutant, je me prends à rêver de son retour au ministère de l’Économie pour assister à la mise en œuvre de ses nouvelles convictions. Nous le verrions alors, peut-être, lancer un grand nettoyage de printemps du tissu réglementaire et normatif qui étouffe nombre d’initiatives, alléger l’administration de tous ses petits chefs de services qui empoisonnent la vie de leurs concitoyens, accepter enfin de reconnaître l’incompétence de l’État dans la gestion des entreprises qu’il contrôle, que ce soit dans le secteur marchand ou dans le secteur public.

Allons plus loin…

Ce discours nouveau amène à se demander si tous les ministres spécialisés ne devraient pas être des femmes et des hommes issus de leur milieu professionnel, qui savent de quoi ils parlent, non des grands patrons du CAC 40, ça s’est déjà vu, mais des entrepreneurs, de ceux qui ont vécu et subi, parfois dans leur chair, les fourches caudines de l’administration.

C’est aujourd’hui le cas des ministres de la Santé, de l’Éducation nationale, du Travail. Par le passé, c’est un grand avocat qui fit voter l’abolition de la peine de mort.

Au Président et au Premier ministre, les vrais politiques, l’un élu par la Nation, l’autre sous le contrôle du parlement, reviendraient le soin de soumettre l’administration française aux politiques définies par le gouvernement et mises en forme par les ministres, sans qu’elle ne rechigne ni ne traîne les pieds.

La conversion d’un chantre de l’État centralisateur et vertical comme l’était Arnaud Montebourg en libéral, revendiquant liberté d’action et autonomie face à l’État, illustre à quel point l’administration et la technocratie doivent être réformées.

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