Macronie : la vassalité, parce que l’allégeance ne suffit plus

Emmanuel Macron by Mutualité française 2018 (CC BY-NC-ND 2.0) — Mutualité française , CC-BY

La République en marche n’est pas un parti, mais une vassalité fondée uniquement sur la fidélité à Emmanuel Macron, et ce dans des proportions inégalées sous la Ve République.

Par Jonathan Frickert.

Alors que Benjamin Griveaux vient tout juste de jeter l’éponge dans une campagne parisienne faite de haines réciproques entre candidats se réclamant de la majorité, le dernier murmure en vogue dans les rédactions 2022 vaut son pesant.

Selon un reportage diffusé sur BFMTV ce mardi, l’Élysée s’inquiéterait d’une potentielle candidature de Cyril Hanouna aux prochaines présidentielles. Un écho direct à l’éphémère candidature Coluche de 1981 qui fait dire à un ministre que « [la majorité] serait très mal ». Ce même Cyril Hanouna qui recevait le plus médiatique des dissidents LREM, Joachim Son-Forget, ce mercredi, alors que ce dernier annonçait également sa candidature à la prochaine élection présidentielle.

Une anecdote insolite qui n’est pas sans faire écho à la récente tentative d’Emmanuel Macron de ressouder ses troupes à l’approche des prochaines municipales.

Dans les deux cas, la présidence de la République montre de plus en plus ses craintes, à un mois d’élections municipales qui s’annoncent catastrophiques.

Au cœur de la grogne, l’unique dénominateur commun de la majorité : Emmanuel Macron, dont l’impopularité fait tomber l’édifice du parti majoritaire.

Retrouver l’unité

Invités à l’Élysée ce mardi, les parlementaires de la majorité ont eu droit à une séance de câlinothérapie un peu particulière. Appelés à faire preuve d’humanité à la suite de la polémique sur le congé parental de deuil, les députés macronistes n’avaient pourtant fait que suivre les consignes gouvernementales. Suivant grégairement les consignes du parti, les voilà subissant des remontrances de la personnalité qui a inspiré leur engagement. De quoi renforcer la grogne croissante des élus majoritaires.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de constater la quantité astronomique de défections. L’objectif assumé de la législature était d’éviter les frondeurs qui firent tant de mal au gouvernement précédent, et donc une opposition au sein même de la majorité.

Suivant cette règle, il ne s’agit plus d’une opposition structurée, mais interne au groupe parlementaire auquel fait dorénavant face la macronie, mais à une multitude de défections. En tout, une dizaine de députés a claqué la porte du groupe, imitant le nombre de militants ayant fui le navire présidentiel depuis 2017.

Il n’est donc pas étonnant de voir un appel ferme à la responsabilité et à l’unité de la part du président, d’autant que ce dernier constitue le seul ciment du parti sur lequel il appuie sa politique.

L’allégeance comme seule unité

Aussi bien en tant que parti qu’en tant que groupe, la seule unité de La République en Marche constitue en effet sa principale figure.

Cette unité n’est autre que la partie partisane d’une présidence jupitérienne en voie de poutinisation avancée et faisant figure de partie immergée de l’iceberg présidentiel.

Car le parti présidentiel suit une logique analogue, et si l’élection-nomination du chef du parti majoritaire est une constante depuis 1958 – qui se souvient de Jean-Christophe Cambadelis ou d’Harlem Desir sous la présidence d’un François Hollande pourtant considéré comme mollasson  ? – l’élection interne de juillet 2017 fût particulièrement représentative de la centralisation du pouvoir, cette fois au niveau du parti lui-même et non plus des institutions françaises.

En effet, en juillet 2017, la République en Marche est officiellement devenue un parti. Les adhérents ont ainsi dû se prononcer sur les statuts du mouvement. En clair : il était temps de penser à l’architecture de la gouvernance du parti.

Il ne faudra pas attendre 4 mois pour qu’une centaine de membres du mouvement claquent la porte, le 14 novembre suivant, évoquant déjà un « culte de la personnalité » et une organisation proche de ce qui se faisait dans l’Ancien Régime.

Ces accusations ont un goût particulier en ce mois de février 2020. Outre la présidence actuelle, la réunion élyséenne de ce mardi a rappelé à quel point le local n’était pas un enjeu dans la tête du président. Ce dernier aurait en effet omis d’évoquer les échéances électorales futures.

Un oubli étrange quand on sait que la question de l’ancrage local est le principal défaut de la majorité dans ses relations avec les Français, et ce alors que le parti est fortement divisé, allant jusqu’à voir deux ministres du même gouvernement briguer la même mairie à Biarritz.

Dans ce sens, malgré l’annonce d’un remplaçant à Benjamin Griveaux prévue pour ce lundi, il est ironique de constater qu’une vidéo à caractère sexuel aurait pu davantage contribuer à l’unification des macronistes parisiens qu’un tête à tête à l’Élysée entre le chef de l’État et un candidat dissident un dimanche de janvier.

Le problème est double, puisqu’en plus de relais locaux inexistants pour porter la bonne parole, le président lui-même est plus qu’affaibli.

Un chef contesté

Le tollé provoqué par le vote sur le congé de deuil parental – sur lequel les entreprises ont été, comme souvent, des pionniers – n’est pas le premier. Il n’est qu’une représentation d’une situation qui dure depuis plus d’un an.

De quoi rappeler les différentes crises qu’a déjà connues la majorité au gré d’une cote de popularité qui frise la chute libre. D’un début de mandat autour des 60 %, le chef de l’État a vu sa côte d’opinion aujourd’hui titiller les 30 %.

De quoi donner du souci à de nombreux candidats du parti pour les prochaines élections municipales. À la manière de son opposant désormais principal, la légitimité des candidats macroniens repose en effet uniquement sur le soutien du chef incontesté.

En cela, le drame des soutiens du président de la République se résume en cinq mots : le macronisme est une vassalité.

Le macronisme est une vassalité

Comme évoqué plus tôt, le 14 novembre 2017, une centaine de membres a quitté la République en Marche en évoquant un fonctionnement digne de l’Ancien Régime. Ils ne devaient pas se douter de la pertinence de leur jugement, prenant les inconvénients sans les avantages.

Largement vanté dans la littérature libérale, le féodalisme était un système décentralisé permettant une concurrence des territoires. Historiquement, il a permis l’émergence du libéralisme anglais et est aujourd’hui vanté par les anarcho-capitalistes.

Compte tenu du système français et en particulier de la dynamique macronienne, il est difficile de voir ce qui lie le président de la République aux vertus de liberté et de décentralisation.

La réponse se trouve dans ce qui précéda directement cette tradition : la vassalité. Cette dernière consistait en un lien personnel de dépendance entre un vassal promettant fidélité et un seigneur promettant protection et surtout remise de fief.

Le parallèle avec la gestion présidentielle de ses propres troupes est particulièrement frappant. La République en marche n’est ainsi pas un parti, mais une vassalité fondée uniquement sur la fidélité à Emmanuel Macron, et ce dans des proportions inégalées sous la Ve République.

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