Avec Emmanuel Macron, l’argent tombe du ciel

Canadair by Luca Gambetti(CC BY-NC-ND 2.0) — Luca Gambetti, CC-BY

On a l’impression de voir passer le Père Noël en plein été… Le plan de relance européen « ne coûtera rien au contribuable français ». C’est notre Président qui nous l’assure.

Par Johan Rivalland.

En l’espace de quelques mois, nous sommes passés du « quoi qu’il en coûte », à cela « ne coûtera rien au contribuable français ».

Certes, je me livre à un petit raccourci, car notre Président n’évoquait pas exactement la même chose. La deuxième référence se rapporte au plan de relance européen. Mais quand même…

Nous sommes en droit d’être quelque peu circonspects et de nous poser quelques petites questions. Car les milliards pleuvent en abondance depuis quelques temps, et à un tel rythme que l’on a un peu de mal à imaginer que ce soit vraiment gratuit, tout en se demandant éventuellement (c’est du moins le danger que beaucoup entrevoient) pourquoi alors des tonnes d’argent n’ont pas été distribuées plus tôt.

L’hélicoptère monnaie

Ce sont d’abord plusieurs centaines de milliards d’euros qui ont été consacrés au soutien à l’économie, à la suite de la paralysie qu’a connue le pays et une bonne partie du monde lors de l’épisode de confinement.

Des sommes gigantesques en comparaison desquelles les pauvres petits 10 milliards distribués à la suite de la crise des Gilets jaunes semblent aujourd’hui faire pâle figure, alors que nous pouvions être impressionnés à l’époque, voire inquiets au regard de l’endettement français et des hausses d’impôts que cela allait sans nul doute occasionner.

Chômage partiel, mesures de soutien à différents secteurs d’activité, aides multiples, l’ampleur de l’intervention était à la hauteur des dommages occasionnés à l’économie par cette paralysie provoquée par ce strict confinement lié à la pandémie et la mise à l’arrêt prolongé d’une bonne partie de notre économie.

Puis se sont succédé de nouveau de multiples plans d’aide : quelques milliards pour les soignants par ci, pour les jeunes par là, sans oublier les agriculteurs, l’automobile, l’aéronautique, le secteur de la culture, le tourisme, les petits commerçants, la reprise d’une partie de la dette des hôpitaux, de la SNCF, l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire

La liste est tellement longue que je ne saurais la dresser de manière exhaustive. Et elle sera inéluctablement allongée de tous ceux qui risquent de se sentir laissés pour compte et ne manqueront pas de faire valoir leurs « droits ». Car on serait bien bêtes de ne pas « en profiter ».

Ce qu’ailleurs on appelle « l’hélicoptère monnaie », en référence à une image utilisée par Milton Friedman à la fin des années 1960, s’apparente à une sorte de vision magique, où il suffit de créer de la monnaie ou d’en distribuer massivement pour résoudre de nombreuses difficultés.

Le problème étant l’illusion dans laquelle on plonge le plus grand nombre : il existerait un moyen facile de créer de « l’argent gratuit ». Avec le danger que chacun entrevoie des lendemains difficiles, où il deviendra extrêmement difficile de tenter d’expliquer désormais que l’on ne peut pas émettre des chèques en blanc, distribuer des subventions, aides ou subsides de toutes sortes à chaque problème, éponger les dettes, mettre sous perfusion tel ou tel secteur ou activité ou encore corps constitué.

Le mirage de la gratuité

Et voilà qu’intervient, en sus de toutes les sommes faramineuses déjà engagées, le grand plan de relance européen dont notre président se glorifie de la signature, évoquant les 40 milliards d’euros de subventions reçus par la France, mais omettant d’évoquer le montant supérieur qui devra être déboursé.

Rien moins que 750 milliards d’euros, en partie sous forme de subventions, en partie de prêts remboursables. Un plan obtenu malgré la résistance de ces « égoïstes » de pays dits « frugaux », à qui on reproche, nonobstant la rigueur dont ils ont pu faire preuve ces dernières années contrairement à certains pays « cigales », de ne pas avoir accepté sans condition cette idée pourtant si lumineuse et absolument incontestable que constituait ce plan tel qu’il était présenté.

Et notre président de nous assurer que « ce n’est pas le contribuable français qui paiera ». Mais alors, au vu des sommes engagées, qui ? Il n’est pas question pour moi ici de tenter d’y répondre. J’ai lu et écouté de nombreuses analyses sur le sujet et je ne souhaite pas me substituer aux analyses brillantes que j’ai pu parfois entendre, ni les résumer.

Je me contenterai donc de poser simplement des questions légitimes que chacun peut se poser et de faire part des doutes que nous sommes nombreux à partager. Pour faire court, donc, nous pouvons nous poser les questions suivantes :

– Ne sommes-nous pas en train de créer ce que d’aucuns appellent avec ironie – mais non sans raison – de la « fausse monnaie » ?

– La signature de l’État français ne risque-t-elle pas, même si c’est sous couvert de la Banque Centrale Européenne, de perdre de sa crédibilité (les leçons de l’histoire en la matière pourraient être utiles…) ?

– Si le contribuable français ne paye effectivement pas (ou pas durant l’actuel mandat ?) la facture de toutes ces gigantesques sommes engagées, ne sera-t-elle pas payée sous d’autres formes (inflation notamment, même si ce n’est pas pour tout de suite) ?

– Le consommateur, qui est aussi le contribuable, ne paiera-t-il pas le prix du protectionnisme mis en place parmi les solutions envisagées par le président pour financer ces engagements ; car d’économies il ne saurait être question ?

Les taxes européennes

Revenons en particulier sur le dernier point. Le président évoque des taxes européennes dont il affirme qu’elles ne pèseront pas sur le contribuable français ou européen, mais sur les importations en provenance de nos partenaires extra-européens.

Qu’il s’agisse de la taxe sur le numérique qu’il imagine (et à supposer que l’ensemble de nos partenaires parvienne à trouver un accord sur la question), ou de la taxe sur le plastique (les deux faisant un peu court pour espérer trouver les sommes correspondantes au financement nécessaire), qui va les payer en réalité ?

Certes, on compte aussi sur le surcroît d’activité permis par l’ensemble des mesures du plan de relance pour récupérer une partie des recettes fiscales qui auraient sinon été perdues.

Mais le consommateur français ne va-t-il pas forcément payer – au moins partiellement – la facture via une répercussion de ces taxes dans les produits importés ?

Et pire encore, ne subira-t-il pas le revers de la médaille de tout ce qu’impliquent traditionnellement les mesures protectionnistes, c’est-à-dire les mesures de rétorsion ou les mesures similaires que ne manqueront pas d’imaginer de leur côté les partenaires avec lesquels nous échangeons ?

Ce qui se paiera en diminution des ventes de nos entreprises exportatrices, et de leurs ventes, puis des emplois ou de ceux qui auraient pu être générés dans les secteurs concernés ?

Bref, rien n’est réellement gratuit et c’est un bien grand raccourci que de prétendre ou de penser que le contribuable français ne paiera rien. Encore mon analyse n’est-elle que très partielle et très rapide (pour les raisons évoquées plus haut).

Mais, bien entendu Emmanuel Macron n’avait bien évidemment aucun intérêt à dire autre chose que ce qu’il a dit, s’il ne voulait pas miner le moral des agents économiques et assurer le succès de son entreprise, et de sa réélection ? L’économie demeure un domaine très complexe et sujet à de multiples interprétations.

Mais une chose est sûre (je l’évoquais plus haut) : il sera dorénavant plus que difficile d’argumenter à l’avenir en faveur de la gestion rigoureuse des finances de l’État. Et de refuser des chèques par-ci et par-là face à la moindre pression. Nos politiques avaient déjà une forte propension à y céder assez facilement et régulièrement. S’il y a un « monde d’après », alors loin d’être le monde enchanté dont certains rêvaient, il nous promet au contraire de sacrés conflits et de terribles difficultés.

Sans compter les effets diffus du prix à payer pour ce fantastique plan, dont l’origine mal identifiée conduira à n’en pas douter à de nouveaux conflits et demandes d’aides que nos politiques, englués dans « l’horreur politique », ne sauront pas vraiment refuser…

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.